Que cache l’affaire De Decker?

L’ancien président du Sénat et bourgmestre d'Uccle aurait perçu 734.346 euros pour changer la loi au profit d’un richissime homme d’affaires. Eclairage sur une affaire où la légalité le dispute à l’obscurité. Apparemment.

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Paris, mercredi 25 février. L'article "Pots-de-vin kazakhs, armagnac et hélicos rattrapent un sénateur sarkozyste", publié dans l'hebdo satirique français Le Canard Enchaîné, fait grand bruit. En cause? Des commissions encaissées par des ex-collaborateurs de Nicolas Sarkozy en marge de la vente d’hélicoptères au Kazakhstan en 2010 ont poussé les juges français à demander la levée de l’immunité parlementaire du sénateur Aymeri de Montesquiou. Voilà qui ternit un peu plus la rentrée politique de Sarkozy qui, durant sa présidence, avait fait de celui-ci son représentant spécial pour l’Asie centrale. Une casserole de plus pour l’ancien président qui n’en manque pas.

Mais la quincaillerie passe la frontière franco-belge. L’article, qui se base sur une note de cinq pages rédigée par des juges, souligne le rôle qu’aurait joué Armand De Decker dans la vente d’hélicoptères: le président kazakh aurait mis comme condition à cette vente l’arrêt de poursuites judiciaires qu’encourait, à l’époque, en Belgique, son richissime ami Patokh Chodiev, homme d'affaires belgo-kazakh. Le MR Armand De Decker, alors vice-président du Sénat, aurait fait voter une loi pour y parvenir.

Le Canard Enchaîné avait déjà évoqué en 2012 le rôle de l’homme politique belge dans cette affaire. Mais il va cette fois plus loin, en pointant les 734.346 euros qu’aurait touché "l’influent représentant de la droite bruxelloise" pour "arranger les affaires de Chodiev".

Mais de quelles affaires s’agit-il et comment se seraient-elles arrangées? C’est en 1999 qu’elles démarrent: Tractebel, le groupe d’ingénierie énergétique belge, devenu depuis lors propriété du GDF Suez, dépose plainte contre Chodiev et deux de ses acolytes parce que les commissions de consultance facturées par ceux-ci (55 millions d’euros) sont "suspectes". De fait, la justice belge poursuit le trio pour faux en écriture, blanchiment d’argent et association de malfaiteurs. Renvoyés, en février 2011, devant un tribunal correctionnel, les membres du "trio kazakh" risquent la prison et la confiscation de leurs biens en Belgique. Le trio, par l’entremise d’un cabinet d’avocats français, fait appel pour sa défense à Armand De Decker qui, en plus de ses activités politiques, continue, tout à fait légalement, à exercer sa profession d’avocat d’affaires. Et c’est dans ce qui va suivre, que Le Canard Enchaîné, jette, sur cette affaire, une obscurité qui relève sans doute plus de la politique-fiction que de la vérité. "Les juges français, malgré les dénégations de l’intéressé, soupçonnent fortement Armand De Decker d’avoir monnayé son intervention politique."

La suite de l'interview dans le Moustique du 4/03/2015.

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