Quand je serai petit

Dix ans après avoir campé Cloclo et Polnareff, les deux potes incarnent un père et son fils dans une fable surréaliste et touchante. Gros coup de cœur.

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Ce qui nous touche dans les films? Probablement de nous y retrouver de temps en temps. De trouver une résonance entre le sujet et nos "vraies" vies. Et c'est aussi vrai pour les acteurs. Il n'est donc pas étonnant que Benoît Poelvoorde se révèle extrêmement touchant dans ce conte onirique et fantastique, dans lequel il incarne avec justesse et sobriété le… père de Jean-Paul Rouve.

Le tout avec une question lancinante à la clé: peut-on modifier le cours des choses? Pas d'effet tire-larmes. Mais une pudeur qui fait de ce film un objet délicat et rare en ces temps de blockbusters dopés aux artifices tape-à-l'œil. "Jean-Paul et moi avons le même âge, confie Poelvoorde. Quand il m'a proposé de jouer son père, j'ai trouvé que c'était un très beau cadeau et une magnifique preuve d'amitié de sa part. Il faut dire que j'ai été d'autant plus touché que j'ai moi-même perdu mon père à l'âge de 20 ans, exactement comme Jean-Paul dans le film avec moi dans le rôle du paternel."

Rouve confirme: "J'ai écrit le scénario en pensant à Poelvoorde. Le film est tourné en grande partie à Ostende. Ben est Belge, je viens du Nord. Il existe une certaine alchimie entre nous. Je me sens de la même famille d'hommes que lui". Bien vu!

Le choix était d'autant plus délicat qu'il ne s'agit pas d'un film linéaire ni de rôles classiques. Mais les rouages, tant de la mélancolie que de l'optimisme, sont parfaitement huilés. Un excellent choix au service d'un "film extraordinaire au sens littéral du terme",ajoute Rouve qui s'y est investi en tant que réalisateur et acteur. "On sort des sentiers battus. Je ne voulais pas signer une copie de Big ou de Retour vers le futur. Je visais des émotions vraies." Après une première réalisation, Sans arme, ni haine, ni violence (2007), polar où il incarnait le célèbre gangster Albert Spaggiari, Rouve réalise donc un deuxième film à l'opposé. Nettement plus intime et délicat. Effectivement bourré d'émotions mais réussissant aussi à éviter le trop-plein. Bref, notre coup de cœur de l'été et un possible prétendant au podium de l'année.

Mais au-delà de toute ressemblance intime pas si fortuite, le choix de Benoît Poelvoorde comme partenaire interpelle aussi d'une autre manière. Nettement plus publique et réjouissante, celle-ci. Puisque voilà reconstitué le tandem de Podium, neuf ans plus tard. Mais Rouve relativise l'effet souvenir. "Podium a sans doute plus marqué le public que les comédiens. Les gens se souviennent mieux que moi de mon déguisement de Polnareff. Pour Benoît et moi, c'était juste deux mois de notre vie lors d'un tournage. Depuis, notre amitié a évolué. Je ne suis pas pote avec le mec qui faisait Claude François. Mais profondément lié avec un type sensible et absolument pas exubérant."

Et d'enchaîner: "De fait, même si je n'en suis qu'à mon second essai en tant que réalisateur, je ressens presque un début de légitimité dans ce job. En fait, je me suis senti très à l'aise aux commandes de Quand je serai petit. Peut-être parce que, contrairement à Benoît, ce film ne parle pas précisément de ma vie privée et de mes rapports avec mon papa. En fait, c'est à la naissance de mon fils Clotaire que j'ai songé à l'écriture de cette histoire. Car comme tous les papas, je ne veux pas rater ma relation avec lui. C'est sans doute en cela que Quand je serai petit est universel. Même si vous n'avez pas carrément raté votre relation avec un membre de votre famille comme dans l'histoire que je raconte ici, le regret de ne pas avoir agi de telle ou telle manière passe de toute façon inévitablement un jour près de chez vous".

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Quand je serai petit
Réalisé par Jean-Paul Rouve (2011). Avec Jean-Paul Rouve, Benoît Poelvoorde, Arly Jover – 95'.

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