Quand Elio passe à table

Bilan de l'année, réflexion sur l'économie, la Flandre et mignardises: Di Rupo Premier ministre dresse son assiette anglaise. Où l'on apprend qu'il raffole de Rihanna, de Gand, des carrelages bien propres et qu'il vit toujours sans portefeuille. Parce qu'il n'aime pas trop les banques? Peut-être...

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Bonjour monsieur le Premier ministre. Avec quel sentiment terminez-vous cette première année à la tête de la Belgique?
Elio Di Rupo – Avec de la satisfaction, bien sûr, car un travail intense a été réalisé. Ce fut une année certes épuisante mais passionnante avec, à la clé, le sentiment d’avoir été utile.

Le restaurant où nous nous trouvons s’appelle La Table des Matières. Avec le recul, quelle matière justement vous a donné le plus de fil à retordre?
Le budget! Car derrière les chiffres, il y a les gens. Et si on ne consacre pas à ces chiffres le temps qu’il faut, on peut prendre des mesures aux conséquences très dommageables pour le citoyen. Jusqu’à présent, on a déjà fait des efforts budgétaires pour 18 milliards! C’est énorme! Vertigineux! Et cela a été réalisé sans fondamentalement altérer ni la mécanique économique ni le pouvoir d’achat des gens. Avec humilité, je me dis que cela tient quand même du tour de force. Je sais, on dit: "Di Rupo, il est lent". Mais ce temps est nécessaire car il faut mettre tout le monde d’accord – nous sommes six partis à décider – et pas n’importe comment.

Quelles sont les réalisations de votre gouvernement dont vous êtes le plus fier?
D’abord avoir apaisé le pays sur le plan institutionnel avec, entre autres, la solution du dossier BHV. C’était le caillou dans la chaussure, qui ralentissait tout le corps et surtout risquait de le faire souffrir jusqu’à provoquer son arrêt. On a aussi réussi à faire des réformes importantes en matière de pension et on a créé, malgré les difficultés budgétaires, la stratégie de relance. Nous, Belges, sommes parmi les rares Européens à avoir réussi à réduire nos dépenses tout en trouvant le fil qui permettra de créer une certaine dynamique économique.

Un bon bilan donc! Si vous deviez coter sur dix votre action personnelle en tant que Premier, vous vous donneriez combien?
Je dirais 7. Parce que tout est améliorable. Mais s’autoévaluer n’a pas beaucoup de sens car mon action est le fruit des compromis entre six partis et des contraintes extérieures. Si j’étais seul à décider, ce serait différent… Et j’aurais 10 (rire)! Allez, pas 10, personne n’est infaillible…

A comparer la période des négociations et votre année de Premier ministre, laquelle fut la plus éprouvante?
La plus épouvantablement difficile fut la période de négociations. Mais la plus lourde est celle de Premier ministre. Dans une vie, cette tâche est en même temps une chance et un honneur. Mais elle ne laisse pas beaucoup d’heures de sommeil. Les gens peuvent mal s’imaginer ce qu’est la vie politique. C’est d’abord une vocation, en tout cas pour moi. Et si on veut l’exercer à un certain niveau, c’est du 100 %. Du matin au soir, jour et nuit.

Vous l’avez dit, votre action est le fruit d’un compromis, de concessions. Quelle est celle qui a fait le plus de mal au socialiste que vous êtes?
Rien n’a été fait contre ma conscience. Je ne l’accepterais pas. Je suis un grand modéré, mais j’ai des limites. Ce dont je suis convaincu, c’est que nous devons absolument créer de l’activité économique, surtout nous, les francophones. Et pour y arriver, on est parfois obligé de prendre des décisions délicates qui touchent directement les gens, comme ces mesures de modération salariale. C’est vrai, quand nous faisons cela, nous commettons, qu’on le veuille ou non, une mauvaise action. Mais l’altération de la compétitivité de nos entreprises au niveau européen est une chose potentiellement bien pire encore.

Et que penser de la dégressivité des allocations de chômage? Pas très socialiste non plus…
Elle était inscrite dans l’accord du gouvernement, en particulier à la demande du monde néerlandophone, pour limiter en partie les transferts Nord/Sud. Vous savez, au départ, plusieurs partis néerlandophones voulaient qu’on ne garantisse des revenus du chômage que pour deux ans, et puis basta! Quand on regarde les mesures prises au final, je dirais que le résultat est exceptionnellement positif.

Sauf pour les personnes concernées.
Mon rôle est de travailler dans le faisable. J’ai vécu dans un milieu extrêmement défavorisé, je sais ce que c’est d’être sans le sou, pas besoin de lire des livres pour le savoir. Et quand quelqu’un défend les plus démunis et la masse ouvrière, c’est bien moi. Mais je dois le faire dans un contexte belge. Si on veut garder un pays uni, on doit trouver un compromis entre les exigences du Nord et du Sud. Mais n’oubliez pas que nous avons aussi réussi à accroître les salaires minimum, bloquer les prix de l’énergie – c’était inimaginable il y a 10 mois -, augmenter les pensions les plus basses, garder l’indexation… Dans un pays avec des déficits budgétaires colossaux comme les nôtres, c’est un petit miracle.

Interview complète dans le Moustique du 26 décembre

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