Pukkelpop: Le réçit de nos journalistes sur place

Le Pukeklpop est un festival de masse. Cette 26e édition du festival limbourgeois affichait complet pour les trois jours avec quelque 60.000 personnes (dont 40.000 campeurs) attendus quotidiennement.

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Au total, 200 groupes devaient se produire sur huit scènes différentes. Le site de Kiewit (Hasselt) est très étendu et comprend des zones boisées. Le Pukkelpop est réputé pour la qualité de son organisation et le soin apporté au confort du public. De l'avis général,  il s'agit d'un des meilleurs festivals de Belgique, si pas d'Europe.

18h00

Ce jeudi, premier jour du festival, la fête bat son plein; A 18h00, nous nous trouvons au Dance Hall, le plus grand chapiteau du site, où se produit le rappeur américain Wiz Khalifa. Le chapiteau est archi-bourré. Un public très jeune. La chaleur est suffocante. Dehors, on constate que le ciel commence à s'assombrir. Au Boiler, la scène voisine, le public danse aussi.

18h10

Nous quittons le Dance Hall sous les premières gouttes de pluie pour nous rendre au Club, tout à l'opposé du site du festival. L'Anglais Miles Kane doit y jouer à 18h25. On fait un arrêt au Press Village, juste derrière la grande scène en plein air. Plusieurs milliers de spectateurs y suivent la prestation de Skunk Anansie. Notre photographe part au Club.  "Ça va tomber dans quelques minutes", est la phrase que nous entendons le plus backstage.

18h20

Orage, tempête, tornade, cataclysme? On ne sait comment décrire ce qui s'est passé. Nous suivons les festivals depuis vingt ans et nous n'avons jamais vu ça.  Les scènes de chaos défilent sous nos yeux . La plaine de Kiewit est balayée par les éléments: l'orage, les coups de foudre, le vent, la grêle.  Le ciel est noir. Les gens crient, courent dans tous les sens, glissent dans les flaques, escaladent les barrières de sécurité pour se protéger. Le service d'ordre et les services de secours s'agitent sans perdre leur sang froid mais sont dépassés par la situation. "Ongelooflijk, Ongelooflijk!"

On voit un auvent s'envoler comme un vulgaire cerf-volant. Un arbre centenaire s'est brisé net et s'écroule sur un stand Proximus. Les branches volent partout. Les grelons fouettent les visages. A quelques mètres de nous, une structure métallique avec une bâche du sponsor Humo placée à côté de la grande scène s'écroule. Heureusement, elle ne tombe pas du côté du public mais vers le backstage où se trouvent les locaux de la presse et voit sa course s'arrêter sur un semi-remorque de la production. Plus loin, le chapiteau du Château s'écroule, lui aussi, alors que le groupe Smith Westerns vient de commencer son concert. Notre confrère et ami Didier Stiers, journaliste au Soir s'y trouvait. Il l'a échappé belle: "la toile du chapiteau a commencé à bouger dans tous les sens. Les gens criaient "uit uit uit",  dans la course, j'ai perdu mes lunettes. Quand je suis sorti du Château, je me suis retourné et le chapiteau était sur le sol et formait des petites bulles sous lesquelles j'entendais des gens crier. C'était horrible."

18h30.

Plus aucun son ne sort des enceintes, les premières sirènes des services de secours retentissent, on voit des gyrophares partout. Des gens pleurent, d'autres sont assis dans les flaques de boue le regard halluciné. Tous utilisent leur GSM pour rechercher et/ou rassurer leurs proches mais les réseaux sont saturés. Notre photographe repart sur le site. "J'ai eu la peur de ma vie. J'étais sous le chapiteau du Club quand ça éclaté." Le ciel s'éclaircit peu à peu et laisse apparaître un spectacle de fin du monde. "C'est le jour le plus sombre de toute l'histoire des festivals belges", déclarera Chokri Mahassine, organisateur du festival, le lendemain lors d'une conférence de presse. Un jour que nous ne sommes pas prêts d'oublier.

Toutes nos pensées vont aux victimes et à leurs proches. – L.L.

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