Pukkelpop: la tragédie

Le drame qui a coûté la vie à cinq personnes au Pukkelpop est dû à la fatalité mais remet en question toute la logistique des festivals.

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Organisée du 18 au 20 août à Kiewit (Hasselt), la 26e édition du Pukkelpop devait clôturer en beauté une saison des festivals rock marquée par des records de fréquentation du public et une météo capricieuse. En quelques minutes (voir ci-contre), la fête à laquelle participaient jeudi quelque 65.000 personnes s'est transformée en tragédie. D'une violence inouïe, l'orage a frappé. Au mauvais moment, au mauvais endroit. Le bilan est lourd. Quatre spectateurs, tous Belges et âgés de 15 à 35 ans, ont perdu la vie.  Parmi les 140 blessés, 11 se trouvaient toujours ce lundi matin dans un état grave. Et on apprend ce mercredi le décès d'un des blessés graves. Le bilan monte donc à 5 victimes.

Comme toujours après pareille catastrophe, l'émotion a très vite laissé place aux questions. L'organisation est-elle responsable? Quid des indemnités? Faut-il encore organiser des manifestations en plein air lorsqu'on prévoit des intempéries? Pour nous, qui couvrons les festivals depuis vingt ans, le drame est dû à la fatalité et l'organisation n'a rien à se reprocher. N'empêche, les festivals ne seront plus jamais les mêmes à l'avenir et il faut s'attendre à un renforcement des mesures de sécurité. Analyse.

Conditions météo exceptionnelles

Des orages avaient été annoncés jeudi en Belgique, mais personne n'aurait pu s'attendre à un tel déchaînement des éléments au-dessus du site du festival. L'Institut royal de météorologie (IRM) a enregistré des vents de plus de 130 km/h à Kiewit. Il est tombé 36 litres de pluie par mètre carré en vingt minutes, soit la quantité d'eau pour un mois entier.

Intervention du Fonds des calamités?

Il revient au ministère de l'Intérieur d'examiner si cet orage meurtrier peut être considéré comme catastrophe naturelle, ce qui peut donner le feu vert pour l'intervention du Fonds des calamités. Comme le veut la procédure, le Parquet a ouvert une enquête. De son côté, le Pukkelpop propose à tous les festivaliers de laisser leurs coordonnées sur leur site (www.pukkelpop.be) pour les questions de remboursement des tickets. Ils répondront d'ici le 15 novembre. Le Pukkelpop a aussi ouvert un Fonds de secours pour toutes les victimes.

Le Pukkelpop: une référence

La réputation du Pukkelpop a dépassé nos frontières depuis longtemps. Le festival limbourgeois est un modèle en matière de programmation, de logistique et pour le soin qu'il apporte au confort du public ainsi qu'à sa sécurité. Jeudi, après le drame, le plan catastrophe a parfaitement fonctionné.

La communication chaotique

Après le drame, toutes les communications mobiles étaient saturées. Un zéro pointé. Les réseaux sociaux ont pris le relais, apaisant certaines inquiétudes mais diffusant aussi beaucoup d'inexactitudes. Sur place, les médias ont dû attendre 21h, soit plus de 2h30 après les faits, pour une communication officielle donnée par l'organisateur Chokri Mahassine et la bourgmestre de Hasselt Hilde Hass (SP.A). Le bilan était alors de deux morts et il n'était pas encore question d'annuler le Pukkelpop. Mais qui avait encore envie de voir des concerts? Ce n'est que vendredi matin, qu'ils ont annoncé l'arrêt du festival. Jugée tardive par certains, cette décision a toutefois permis d'étaler le départ des festivaliers, d'organiser le retour via un système gratuit de transports en commun et d'éviter tout mouvement de panique.

Sécurité oui, mais pas de paranoïa

Fadila Laanan, ministre de la Culture, a d'ores et déjà convié à la rentrée tous les organisateurs de festivals en Communauté française pour une table ronde sur ce thème. Le Pukkelpop a reçu, de son côté, de nombreux messages de soutien. Nous y serons l'année prochaine si le festival a lieu. Certains ont déjà proposé l'annulation d'événements en cas de risque d'orages. Imaginez à quoi aurait ressemblé la Belgique cet été si pareille mesure était appliquée. Pas de fête nationale, aucun festival, pas d'animations sur les plages, pas de camps pour les scouts. Ridicule.

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