Pukkelpop 2014 : Le top 5 de la première journée

Le retour gagnant d'Outkast, la pop nonchalante de Mac De Marco, la confirmation de The Strypes, Janelle Monae en miss Dynamite et Magnus qui fait danser sous les néons...

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Avec pas moins de septante-deux (!) artistes ou groupes répartis sur huit scènes, il a fallu faire des choix cornéliens lors de cette première journée du festival limbourgeois. Histoire de résumer tout ça, on vous livre notre top 5 ainsi que quelques mentions spéciales du jury.

1) Outkast

Après sept ans de silence, Andre 3000 et Big Boi ont annoncé la couleur sur le site Internet d'Outkast avant leur prestation au Pukkelpop. "Nous fêtons le vingtième anniversaire de la sortie de notre premier album "Southernplayalisticadillacmuzik". Ne vous attendez pas à un gâteau d'anniversaire et encore moins à de nouveaux morceaux. Juste une grosse fête pour les fans avec un hip-hop bien gras et des beats salaces!"  Et c'est un putain de foutu bon concert que le duo d'Atlanta  nous a offert ce jeudi en début de soirée sur la scène principale. Avec The Editors et Disclosure qui se produisaient plus tard dans la nuit, ce fut, du reste, la prestation la plus fédératrice de cette première journée. Salopette de mécano, perruque blonde platine, T-shirt avec logo "I Love You Plural" et sticker "Soldout" collé sur la guibolle gauche, Andre 3000 a un look d'enfer et le timbre toujours aussi sexy. Bermuda des Bermudes et veste multicolore, son "brother in law" Big Boi n'est pas en reste. Aidés d'un dj et de deux choristes black masquées, ils enchaînent les tubes en pagaille (So fresh, so cool, Prototype, B.O.B.), balancent une version époustouflante du torride  Ms Jackson qui vaut à elle seule le cachet astronomique qu'ils ont dû recevoir, invitent des adolescentes en folie à monter sur le podium pour la bombe Hey Ya! et dégagent de bout en bout,  une énergie positive. "On ne fait pas des chansons pour les blancs, on ne fait pas des chansons pour les Noirs, pour les gays ou pour les aliens. Non, nos chansons sont pour tout le monde ", lâche André 3000 en fin de set. Bien vu les mecs. Leur hip-hop/funk/soul suave n'a pas pris une ride et a fait mouche auprès d'une nouvelle génération qui regardait encore Dora l'exploratrice lors de leur dernier passage en Belgique.

2) Janelle Monae

La native de Kansas City a des caprices de diva dans le backstage, mais elle ne se moque pas de son public. Looké comme elle en "black and white", son groupe est riche d'une dizaine de membres et multiplie les prouesses musicales avec une bassiste impressionnante, des cuivres qui claquent, un guitariste dont la ressemblance avec Rick James ne s'arrête pas au qu'au physique, deux danseuses/choristes  et un batteur au jeu groovy.  Janelle danse comme une féline,  passe d'un timbre aigu à des vocalises plus basses, se roule par terre, s'enrobe d'une cape noire comme le Godfather Of Soul James Brown dont elle reprend joliment le I Got You (I Feel God), descend dans la fosse pour en claquer cinq à ses fans et ne semble même pas essoufflée au bout d'une prestation enflammée qui  nous redonne  l'envie de replonger dans son dernier album "The Electric Lady" accueilli pourtant timidement dans notre rubrique musicale. "Lançons une révolution pour la nouvelle génération", lance-t-elle entre deux refrains funky. On y croit, on y croit. Si le nouveau Prince doit être  une fille, il s'appellera Janelle Monae.

3) Mac De Marco

Entre une averse et un timide rayon de soleil, Mac De Marco s'est imposé une nouvelle fois (après sa prestation cinq étoiles aux Nuits Botanique) comme le roi de la pop lo-fi nonchalante. Bouteille de Jacks Daniel's à portée de la main, cigarette au parfum douteux accrochée à ses cordes de guitare, le hipster canadien joue au faux glandeur et balance sur le mode freestyle ses jolies chansons artisanales extraites du recommandable "Salad Days". Un beau délire traversé de sonorités hawaïennes, de rythmes doo-wop oniriques  et de private jokes avec ses musiciens. Mais qu'on ne se leurre pas… Derrière l'esprit fun/jouette d'un artiste à qui on ne veut que du bien se cachent un vrai savoir-faire, un don inné pour pondre la mélodie instantanée et des références musicales délicieusement alambiquées.

4) The Strypes

Oui, encore The Strypes dans notre top comme ils le furent déjà dans le bilan de Rock Werchter au début de l'été et dans celui de l'Eurosonic en janvier dernier. Mais, c'est mérité. Ces gamins ont tout pour eux: la classe, la désinvolture et la talent. Sur la Main Stage, le quatuor irlandais a livré une prestation turbo et vivifiante. Du rock primal, des solos d'harmonica, des refrains rebelles et une bande-son à fortes inspirations sixties pour les générations à venir.  Dignes héritiers des Stones de la période "Aftermath" des Kinks et des frères Gallagher,  The Strypes ont une longueur d'avance sur toute la concurrence. Ne cherchez pas ailleurs, les nouveaux Oasis/Arctic Monkeys, c'est eux.

5) Magnus

C'était sans doute voulu pour créer le buzz, mais le chapiteau Wablief! était bien trop minuscule pour accueillir tous les noceurs venus découvrir en live le nouvel album de Magnus "Where Neon Goes To Die" qui sortira ce 1er septembre. Dix ans après leur première collaboration ("The Body Gave You Everything"), les vétérans Tom Barman et C.J. Bolland ne reprennent pas tout à fait les choses au même endroit. La volonté de faire bouger les filles et les garçons est toujours là, mais la recette n'est plus exclusivement électro. En invitant sur disque et sur scène le génial guitariste Tim Van Hamel (ex-dEUS, ex-Evil Superstars, ex-à peu près tous les groupes flamands de ces 15 dernières années), Magnus enrichit sa musique et dès lors son propos. Oui, Tom Barman se ferait éliminer dès le premier casting de "Danse avec les stars", mais son chant et son charisme font toujours la différence. Van Hamel, qui a piqué la chemise du chanteur Antoine et la coupe de cheveu de Marouane Fellaini, ressuscite les solos de gratte de Funkadelic tandis que C.J. Bolland distille ses beats électro/pop élégants. Les nouveaux titres passent très bien (Puppy, Singing Man), les anciens titres reprennent des couleurs (French Movies, Summer's Here) et malgré l'inconfort d'un chapiteau trop exigu, on se dit que Pétula Clark avait décidément bien raison quand elle chantait jadis "la nuit n'en finit plus".  Vous vous posez  maintenant de manière légitime deux questions. Tom Smith des Editors est-il venu chanter Singing Man comme il le fait sur le disque? Non.  Et l'interview de Tom Barman, c'est pour quand? Elle sera publiée dans le Moustique du 27 août.

 

Trois infos pour faire ton malin avec tes amis (même si tu n'étais pas au Pukkelpop).

 

Andre 3000 (Outkast) a fait du shopping à Hasselt la veille de son concert au Pukkelpop.  On l'a vu ressortir du Mediamarkt avec un sac plein comme une hotte du Père Noël.

 

Le DJ anglais Paul Woolfoord est un veinard. Alors qu'il se produisait dans un Boiler Room à moitié-vide, il a vu venir vers lui des festivaliers par milliers alors que les cieux crachaient toute leur haine sur Kiewit. Mieux encore, à la fin de l'averse, le public est resté sous le chapiteau pour onduler sur son set -subtil il est vrai- d'électro-house minimaliste.

 

Outkast (encore eux)  rejoint le cercle -de plus en plus large- des rappeurs recalés en géographie. Après Public Enemy, 50 Cent et Eminem, c'est Andre 3000 qui a scandé au moins une quinzaine de fois "Come On Brussels" pendant son concert. Pas contents nos amis limbourgeois, pas contents.

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