Protéger vos enfants des inconnus

La vidéo fait le buzz: des enfants suivent sans hésiter un quidam dans un parc. Comment leur apprendre à se protéger, sans pour autant virer à la parano? Les conseils d'une psy.

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C'est devenu une vidéo virale, que vous pouvez visionner sur le site du Moustique: un jeune Américain spécialiste des caméras cachées, Joey Salads, demande à des mères dans une plaine de jeu si elles pensent que leur enfant accepterait de suivre un inconnu. Non, évidemment, répondent-elles. Les petits sont drillés. C'est "tous les jours", qu'on leur répète de se méfier des quidams. Joey fait le test, avec un chiot sous le bras. En quelques secondes, littéralement, les gamins lui prennent la main pour aller "voir d'autres chiots chez (lui)". Les parents sont évidemment horrifiés. N'y a-t-il vraiment aucun moyen de les protéger d'éventuels prédateurs. Et, à l'inverse, ne risque-t-on pas de les rendre paranos? Les conseils d'Evelyne Josse, psychologue et psychothérapeute.

Ce genre de vidéo où des enfants suivent sans hésiter un inconnu vous étonne?

Evelyne Josse – Pas du tout. C'est un des "trucs" souvent utilisé par les pédoprédateurs. Outre la tentation (le chiot, le cadeau), ils utilisent aussi la peur (des menaces ou l'annonce d'une catastrophe touchant ses parents, par exemple) ou la demande d'aide. Ce qui fait souvent oublier aux enfants tous les conseils de prudence.

Dire aux enfants "ne suis jamais un inconnu" ne sert donc à rien?

E. J. – Il faut le faire, mais c'est loin d'être suffisant. D'abord parce que la plupart des agresseurs sexuels se trouvent dans l'entourage direct des enfants. Ils ne doivent donc pas se méfier "uniquement" des inconnus. Ensuite parce que les parents montrent en permanence des contre-exemples en s'adressant à des inconnus pour leur demander le chemin, dans la file au supermarché. C'est difficile pour eux de s'y retrouver. Qu'est-ce que ça veut dire un inconnu? Quelqu'un qu'on n'a jamais vu? Un voisin qu'on salue à l'occasion mais à qui on n'a jamais parlé? Sans compter que, dans les dessins animés et les livres, les méchants ont souvent la "tête de l'emploi", alors que dans la réalité, les pédoprédateurs savent se montrer souriants et sympathiques. En plus, leur dire de se méfier de tous les inconnus peut être contre-productif: un policier ou une caissière peuvent aider un enfant qui s'est perdu ou une maman à la plaine de jeu quand il s'est blessé… Donc la prévention ne doit pas reposer uniquement sur la notion d'inconnu.

Sur quoi d'autre peut-elle être basée?

E. J. – Sur la capacité à reconnaitre des situations anormales. Tout ce qui est demande d'aide: par exemple un pédoprédateur qui prétexte de chercher d'urgence un médecin pour faire monter une gamine dans sa voiture. Ou bien: "Peux-tu m'aider à porter mes courses jusque chez moi? Je te donnerai un chocolat chaud pour te remercier." Même si on apprend aux enfants à obéir aux adultes et à rendre service, il faut aussi leur enseigner que les grandes personnes en difficulté ne cherchent pas assistance auprès des enfants. C'est suspect. Les enfants doivent aussi savoir qu'un adulte n'a aucune raison de donner un cadeau à un enfant qu'il ne connaît pas. Et certainement pas en l'absence de ses parents. Mais le pire, c'est la tentation: les animaux, le shooting photo "parce que tu es vraiment jolie", l'audition "parce que tu as une très belle voix"… Ils risquent d'oublier de se conformer aux consignes qu'on leur a enseignées. Même chose par rapport à la menace: l'enfant est paralysé de peur et ne parvient pas à réagir. Donc pour une bonne prévention, il faut aller encore un cran plus loin.

Il faut "entraîner" les enfants à réagir?

E. J. – Il faut passer par la pratique, en veillant à ne pas traumatiser les enfants. On peut par exemple leur présenter une série de photos: des membres de la familles, des gens de l'école, l'épicier, un policier, une maman avec des enfants, des quidams… Et leur demander de sélectionner les personnes qu'ils jugent dignes de confiance et pourquoi. Ou alors, alors qu'on marche avec son enfant sur le chemin de l'école: "Tiens, si une voiture s'arrêtait ici et que tu te sentais en danger, où chercherais-tu assistance?" Ça peut aussi être une discussion à l'école, avec l'enseignant: "Si quelqu'un essaye de t'emmener contre ton gré, que crierais-tu? Si un conducteur s'arrête et te propose de te ramener chez toi, comment réagirais-tu?"

Ne risque-t-on pas de les rendre paranos?

E. J. – Il faut trouver le juste milieu entre stresser les enfants par les exercices pratiques et croire que simplement "parler" va être suffisant. La prévention envers la pédoprédation doit être insérée dans un cadre plus large sur la sécurité: routière, domestique… Parmi des concepts fondamentaux, plus larges, qui doivent être enseignés aux enfants: le respect de soi, de sa dignité, de son intégrité, de sa sécurité, de son intimité… Qu'est-ce qu'on peut ou pas leur faire?

Vers quel âge commencer à en parler avec eux?

E. J. – Les dangers sont liés à leur âge et aux circonstances auxquelles ils vont être confrontés. Les enfants devraient posséder les notions élémentaires de sécurité dès l’âge de 3 ou 4 ans. Vers 5 ou 6 ans, il devient possible d'avoir avec eux une vraie conversation au sujet de la pédoprédation. En fait, via le journal télévisé ou les séries, ils sont souvent beaucoup plus conscients qu'on ne le pense des dangers qui les entourent.

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