Profession: chasseur de séries

Ils scrutent le Net et parcourent la Terre entière à la recherche de la perle rare. Rencontre avec Erwin Lapraille, chasseur de séries pour le groupe RTL.

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En quoi consiste votre travail de chasseur de séries?
Erwin Lapraille – Il faut pouvoir dénicher les meilleures séries pour nos trois chaînes et le plus tôt possible. Alors forcément, il y a d'abord un gros travail de prospection avec nos équipes qui traquent le Net, visualisent des séries et se rendent sur les marchés américains et européens pour essayer de sentir l’air du temps et voir ce qui va se faire dans les mois et les années à venir.

Où achetez-vous ces feuilletons?
Le plus gros filon, c’est ce qu'on appelle les "screenings". Chaque année, vers la fin du mois de mai, les six plus grands studios américains dévoilent leurs séries à Los Angeles. On nous présente alors les pilotes qui ont été sélectionnés quelques semaines auparavant lors des "upfronts", des présentations spécialement organisées pour le marché US où les annonceurs donnent leur feu vert sur les projets qu'ils comptent soutenir à coups de gros investissements publicitaires. On passe donc une bonne semaine dans une salle de cinéma à visionner les pilotes de chacun des networks. Reste ensuite à choper la série désirée avant tout le monde ou s'assurer de proposer la meilleure offre…

Quid des séries qui ne sont pas (ou pas encore) distribuées par une major?
Il faut trouver nous-mêmes ces perles… En général, ce sont des séries improbables produites en Espagne ou en Suède dans des studios qui n’ont pas de représentation internationale. On doit alors faire confiance à des intermédiaires qui agrègent ces contenus et nous présentent des fictions qui sortent clairement du lot. Comme Epitafios, série d’horreur qu'on a découverte sur une chaîne payante espagnole et qui correspondait parfaitement au créneau de Plug. L’histoire de Dexter est identique. Au départ, elle était vendue par un indépendant et non par CBS qui a récupéré ensuite la franchise comme il l’avait fait pour Les Experts. On l’a vu sur Showtime et on a trouvé ça dingue. On a donc pisté le producteur et on l’a achetée via un petit intermédiaire européen qui avait acquis les droits pour une version française. Ce qui nous a permis de la diffuser avant tout le monde.

Les chaînes câblées ne sont pas présentes lors de ces "screenings"?
Si, aujourd'hui, les séries des chaînes payantes sont également présentées lors de cette grand-messe. Ce sont des fictions de très haut niveau comme Boardwalk Empire par exemple, mais elles sont en général trop pointues pour nous. On va donc plutôt les retrouver sur Arte ou sur la RTBF…

Sur quels critères vous basez-vous pour choisir une série "pour RTL"?
Tout dépend de la chaîne et du public cible visé. Pour RTL-TVI, on traque la série la plus fédératrice possible, c'est-à-dire la moins feuilletonnante. En général, ce sont des enquêtes fermées au sein d'un milieu policier ou médical et dans lesquelles on peut rentrer et sortir rapidement sans en perdre le fil. Des séries avec un personnage fort ou une équipe qui va marquer les gens et qui permet de s'identifier à Hugh Laurie dans Dr House ou à Emily Deschannel dans Bones, par exemple. On reconnaît le héros et l’univers mis en place. C'est rassurant. Et on ne doit pas poireauter 15 ans avant de coonnaître la fin de l’histoire.

Et pour les deux autres chaînes?
Sur Plug, on peut se permettre de diffuser des séries pointues car on vise un public plus jeune. Ce sont des fictions décalées avec des thématiques inhabituelles et une certaine aspérité en terme de contenu, comme Supernatural par exemple. De l’horreur, de l’anticipation,… On sait que cela va être segmentant mais c’est justement ce que l’on veut. Sur Club RTL en revanche, on vise deux cibles différentes: les enfants avec des séries Disney comme Hanna Montana mais aussi des fictions qui risquent de séduire les hommes de 18 à 54 ans. On a d'ailleurs acquis Sons of Anarchy qui, avec ses motards rebelles, correspond parfaitement à cette cible masculine. On attendait d’avoir assez d’épisodes avant de l’exposer mais on va la diffuser en prime dans les mois à venir.

Quelle est la récente acquisition dont vous êtes le plus fier?
Je vous annonce en exclusivité que nous venons de mettre la main sur Homeland, une excellente fiction qui raconte l'histoire d'un soldat américain qui a passé 8 ans dans une prison irakienne et qui revient au pays. Quand a vu le pilote, on s’est dit waouh, il se passe quelque chose, il y a une vraie narration. Elle vient d'ailleurs de remporter deux Golden Globes avec les titres de meilleure série dramatique de l'année et de meilleure actrice pour Claire Danes. C'est tout de même une grosse prise de risque car c'est une fiction dont l'intrigue court sur toute la saison…

Et vous avez encore en mémoire l'échec de Lost en prime…
Exactement. On avait pourtant eu un gros coup de cœur pour cette série et on l'a portée à bout de bras jusqu’au moment où les audiences ne nous permettaient plus de la laisser en primetime. Une série fantastique et feuilletonnante n'est pas assez fédératrice pour TVI.

Après vous avoir piqué le catalogue Warner (The Mentalist), la RTBF a pris une solide option sur celui de Sony. Inquiet?
Non, c'est le jeu! Et nous avons renouvelé notre partenariat avec la FOX et gardons notre collaboration historique avec Disney. Sans compter que la RTBF n'a mis la main que sur une partie du catalogue Sony. Le reste? C'est désormais au plus offrant…

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