Pourquoi la Belgique participe-t-elle encore à l’Eurovision?

Ça nous coûte de l'argent, ça ne rameute plus les foules et on n'y a plus rien gagné depuis Sandra Kim. Que fait donc encore la Belgique à l'Eurovision?

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Bien sûr, on croise les doigts pour notre représentante flamande Iris, qui dispute ce mardi les demi-finales avec son titre Would You. Evidemment, si elle parvient à décrocher son ticket pour la finale de Bakou, en Azerbaïdjan, nos regards se tourneront vers elle et le fameux décompte ultime des votes par pays. Mais il faut raison garder: durant ce dernier quart de siècle, l'Eurovision n'a fait que perdre des points dans le cœur des téléspectateurs belges. Côté audiences, c'est vachement bof. Côté raillerie, ça empire (et on n'ose pas imaginer ce que ça va donner sur les réseaux sociaux…). Enfin, côté financier, on s'interroge vraiment sur la nécessité et l'intérêt d'une RTBF qui sort de The Voice à encore cautionner le show kitschissime. Questions en 7 "points"…

1. La Belgique est-elle obligée d'aller à l'Eurovision?

Aucun pays n'est obligé de se rendre à l'Eurovision. Mais les traditions ont la peau dure. Et vu que la Belgique s'y rend depuis la création du concours en 1956, on peut parler d'une histoire d'amour qui, malgré la faiblesse de la flamme, refuse le divorce. "Ça reste une institution, analyse Jean-Michel Germys, directeur du Divertissement à Reyers. Et n'oublions pas que la RTBF fait partie de l'Union européenne de radio-télévision (UER), qui organise l'événement et qui est présidée depuis 2008 par notre administrateur général Jean-Paul Philippot…"

2. Quel intérêt pour la RTBF?

C'est un rendez-vous seulement annuel, d'abord. C'est aussi l'une des émissions les plus anciennes de notre petit écran et le plus gros show de variétés du monde. Jean-Pierre Hautier, commentateur de l'événement depuis 1994, va plus loin: "Beaucoup de gens continuent à regarder l'Eurovision par nostalgie, en famille ou avec des amis. J'ajouterais aussi un argument culturel. Ça permet aux téléspectateurs de découvrir – même en surface – des pays et de les situer sur une carte. Qui connaît vraiment l'Azerbaïdjan? Et pourquoi les candidates russes, cette année, sont des petites vieilles issues d'un village profond? Il y a moyen de s'instruire un peu, si on le veut. C'est comme les gens qui regardent le Tour de France pour les paysages ou la traversée des régions".

3. Les audiences baissent d'année en année. Irrémédiable?

Il y a peu de chances, en effet, que l'Eurovision reprenne miraculeusement du poil de la bête. L'an dernier, la RTBF attirait à peine 185.000 regards pour la finale. A titre comparatif, en 1998, à Birmingham, elle était montée jusqu'à 800.000. A l'époque, bien sûr, la Belgique était d'office conviée à la grand-messe finale (les demi-finales n'existaient pas). Aujourd'hui, il faut à la fois un artiste emblématique, une chanson originale et une place en finale pour exciter l'audimat. Mais comme dirait Johnny, il suffit d'une étincelle. Telle Urban Trad en 2003, ou Tom Dice en 2010…

4. Qu'y gagnent nos artistes?

Nombreux sont les chanteurs qui n'osent même pas y mettre les pieds, de peur de voir leur carrière en prendre un coup. "Ça peut se comprendre, estime Jean-Pierre Hautier. Il y a clairement plus de déceptions que de réussites à la sortie du concours. Mais les artistes qui utilisent le tremplin avec intelligence, avec un bon entourage, peuvent s'en sortir. Tout dépend de l'ambition: quand Patricia Kaas ou même Anggun cette année font l'Eurovision, c'est pour accroître leur notoriété internationale. Ça peut fonctionner, à condition que leur classement soit bon. Et chez nous, Mélanie Cohl, Philippe Lafontaine, Urban Trad ou d'autres artistes néerlandophones ont réussi à ne pas se faire oublier." Euh… mouais: pas instantanément, disons…

5. A-t-on vraiment encore une chance de gagner?

"Bien sûr!", ont répondu nos deux interlocuteurs. "On ne sait jamais ce qui peut arriver. On parle toujours des votes de copinage entre les pays de l'Est, mais il faut rappeler que, parmi les récents vainqueurs, on trouve l'Allemagne, la Norvège ou encore la Finlande", insiste Jean-Michel Germys. "Mais c'est vrai que, contrairement à nous, les pays de l'Est envoient des vraies vedettes au concours. Et souvent avec de meilleures chansons. Leur participation est plus récente, ils sont donc plus enthousiastes que nous…"

6. Ça coûte beaucoup d'argent à la RTBF?

La sélection des candidats belges a un coût "tout à fait absorbable", prétend le patron des divertissements. Oui mais voilà: cette année, la RTBF a décidé de ne pas envoyer Jean-Pierre Hautier et Jean-Louis Lahaye sur place, en Azerbaïdjan. Raison invoquée: la RTBF doit faire des économies tous azimuts, et l'Eurovision n'y échappe pas. Nos interlocuteurs ont ajouté que le prix des hôtels (peu nombreux à Bakou) et l'organisation parfois foireuse de ce genre de pays les avaient définitivement convaincus de faire l'impasse. La Flandre et d'autres pays font de même depuis plusieurs éditions. N'empêche, c'est la première fois que la RTBF reste à quai… Un signe? C'est vous qui le dites.

7. Si on gagnait, est-ce que ça nous ruinerait?

Les bonnes mémoires se souviennent qu'en 1987, suite à la victoire de Sandra Kim, la Belgique avait tremblé face au coût de l'organisation d'un tel événement l'année suivante. On avait même prétendu que la RTBF s'était ruinée dans l'histoire. "Faux, affirme Germys. Ça a été très lourd à supporter, mais on s'en est sorti avec un très léger bénéfice (grâce au sponsoring – NDLR). Et aujourd'hui, l'UER offre la somme de 6 millions d'euros au pays hôte. On prendrait donc en charge cette organisation, avec la VRT et les instances dirigeantes. Ce serait même une très belle vitrine." Pour ça, il faudrait que l'on trouve un artiste capable de déclencher des "Belgium, twelve points". Loin d'être gagné. A moins qu'en lançant The Voice, la RTBF avait une petite idée derrière la tête… Et si le télé-crochet n'avait été qu'un casting géant pour faire triompher Roberto ou Lubiana à l'Eurovision en 2013?

57E CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON
MARDI 22 1RE DEMI-FINALE LA UNE 21H00
JEUDI 24 2E DEMI-FINALE LA UNE 21H55
SAMEDI 26 FINALE LA UNE / FRANCE 3 21H00

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