Pourquoi il ne faut pas lire la bio de Noir Désir

Entre révélations douteuses et vraies polémiques, ce qui était annoncé comme l'ouvrage ultime sur le groupe bordelais n'apporte rien. 

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Deux ans après la dislocation officielle de Noir Désir, le journaliste français Marc Besse publie une nouvelle biographie consacrée au groupe bordelais. L’ouvrage, intitulé Noir Désir, à l’envers, à l’endroit est annoncé par son éditeur comme "un document inédit et une véritable bible écrite sans concession".

Nous l’avons lu et n’avons envie de ne retenir qu’une seule phrase. En page 23, un témoin "officiel" du drame de Vilnius, se cachant bien sûr sous un pseudonyme, déclare: "Dans ce genre d’affaire, ceux qui savent se taisent et ceux qui parlent ne savent rien". Marc Besse aurait dû méditer là-dessus. Explications.

L’ouvrage

  Noir Désir, à l’envers, à l’endroit est édité aux éditions françaises Ring. Il compte 254 pages, dont une centaine couvrant la période 2003-2012, soit celle qui correspond au drame de Vilnius, à la condamnation de Bertrand Cantat, sa libération et les tentatives d’un retour aux affaires du groupe bordelais avant sa dissolution. Il n’y a aucune photo ni aucune note de bas de page. Pas facile à dénicher dans une librairie belge, le bouquin est disponible sur le site de vente en ligne Amazon pour 18,35 €. C’est par ce biais que nous l’avons acheté.

L’auteur

Marc Besse est présenté en quatrième de couverture comme "journaliste historique" du magazine Les Inrockuptibles. En introduction, Besse est annoncé comme "l’un des journalistes qui a sans doute le mieux connu le groupe" et celui qui "tente ici de donner les clés de l’incompréhensible". Pas étonnant qu’investi d’une telle mission – et d’une telle modestie -, il dépeigne ses collègues couvrant le drame de Vilnius ou assistant au retour sur scène de Bertrand Cantat (le 2 octobre 2010 avec le groupe Eiffel) comme des charognards, des rapaces ou encore "de prolixes locaux ne pensant qu’à alimenter le buzz". Soit.

Le pitch

Marc Besse se plonge dans la réalité de Noir Désir. Il relate – plutôt très bien – les débuts du groupe, son parcours discographique, son éthique, sa volonté d’avancer sans compromis et son engagement citoyen. Besse connaît parfaitement l’œuvre artistique du groupe et a interviewé à plusieurs reprises les musiciens. Mais trop souvent, il sème le doute en écrivant au présent, en restant vague sur ses sources, sur les dates et en romançant certains épisodes auxquels il n’a pu assister.

La révélation

Le fan de Noir Désir n’apprend rien de neuf dans ce livre. La seule révélation concerne un repas entre "huit yeux", en novembre 2010 dans une brasserie bordelaise, entre les membres du groupe. Besse n’est pas présent, mais le batteur Denis Barthe lui aurait tout raconté "à micro fermé". Le journaliste "historique" des Inrocks néglige les règles les plus élémentaires de la déontologie sous prétexte qu’il lui fallait "écrire le dernier chapitre de l’histoire de Noir Désir".

Selon le témoignage de Barthe, ce repas aurait tourné en dispute et aurait été la goutte d’eau poussant le guitariste Serge Teyssot-Gay à quitter Noir Désir, sonnant ainsi le glas du groupe. "Nous étions tous assis. D’un coup, Bertrand  a complètement changé. Il s’est comporté comme une ordure", peut-on lire en page 213. "Il s’est positionné comme une victime. Vilnius, ce n’était pas de sa faute, comme si Marie Trintignant avait glissé sur une savonnette. Kristina (la mère des enfants de Bertrand Cantat qui s’est donné la mort le 10 janvier 2010 – NDLR), ce n’était pas de sa faute à lui non plus, c’est elle qui était malheureuse."

Le malaise

Au nom de la vérité et "par intégrité envers Noir Désir", Marc Besse use de procédés plus que douteux. Denis Barthe a d’ailleurs démenti lui avoir tenu les propos tels qu’ils sont mis dans sa bouche. Il se réserve le droit de donner suite "à cette déplorable affaire". Mais il n’y a pas que ça. Plusieurs témoignages sont troublants. Ann Cantat, sœur du chanteur, est citée à plusieurs reprises dans cette biographie. Elle "raconte", "déclare", "confie" notamment tous les détails privés de la relation entre Bertrand Cantat et Marie Trintignant. Le hic, c’est qu’Ann Cantat n’a jamais été interviewée par Marc Besse. Il faut en fait attendre la page 250 pour comprendre que toutes ces déclarations datent d’une seule et unique interview accordée à une journaliste du Nouvel Observateur. Un autre média français, Sud-Ouest, vient, lui, de s’offusquer du fait que ses archives "aient été allègrement pillées" pour nourrir l’ouvrage de Marc Besse. Pourtant également cité dans la biographie, Xavier Cantat, frère de Bertrand Cantat, ne lui a lui non plus jamais accordé d’entretien. Ça fait beaucoup.

Notre avis

A moins d’écrire une thèse sur les dérives de la déontologie journalistique, cet ouvrage est sans intérêt. Et si un dernier chapitre doit être écrit un jour sur Noir Désir, c’est de la plume de ses membres et de personne d’autre qu’il devrait être signé pour qu’on s’y intéresse.

Noir Désir, à l’envers, à l’endroit
Ring, 254 p.

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