Pourquoi il faut voir Les géants

Le nouveau film de Bouli Lanners est une perle de sensibilité. Une de plus. En l'évoquant, il nous a surtout parlé de lui. Et c'est touchant.

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Bouli Lanners aime le bateau, l'Ecosse, la randonnée et la lecture. "J'ai viré la télévision, elle était de trop." Côté boulot, l'homme est un électron libre qui navigue entre superproductions et films d'auteur. Aussitôt terminé le tournage du prochain Astérix, il a filé sur le nouveau Jacques Audiard (Un goût de rouille et d'os) dans lequel il partage l'affiche avec Matthias Schoenaerts et Marion Cotillard.

Mais le seul métier d'acteur ne comblerait pas notre homme. En trois films en tant que réalisateur (Ultranova, Eldorado et Les géants), Bouli a construit une œuvre personnelle et singulière. Où transitent ses regrets, sa nostalgie. Son amour du pays, des hommes égarés et des familles à reconstruire. Son nouveau film, Les géants, primé à Cannes, raconte l'histoire de trois ados à qui la vie impose trop tôt de devenir grands. Nous avons été charmés. Outre les grands espaces, un trio de jeunes acteurs épatants et quelques scènes d'une beauté sidérante (ah, cette voiture dans le champ de maïs), voici donc pourquoi il faut aller voir ce film.

Parce que Bouli est un mec sympa

Ce que nous voyons de Bouli Lanners est un personnage talentueux, bonhomme, poétique et rigolo. Mais les étiquettes, ça l'énerve un peu…

On dit de vous: "c'est un mec sympa"…
Bouli Lanners – Les gens ont cette impression parce que je fais des films où l'on me donne souvent le rôle du gars sensible. Je ne suis pas un ange. Je suis plein de paradoxes et de contradictions. Je suis de mauvaise foi, je mens, je suis jaloux. Je suis un homme.

Est-ce qu'il faut de l'ambition pour faire ce métier?
Oui, et avoir un ego parfois mal placé, une réelle rigueur au travail. Tu ne peux pas faire ça à la légère. Tu dois batailler.

C'est quoi votre ambition? Être riche et célèbre?
C’est drôle… Il y a probablement l'envie d'être un peu célèbre mais dès que ça devient trop, ça m'énerve. C’est d’avoir une reconnaissance, avoir un public qui est ému par ce que je fais, que ça marche. Je pense qu’il n’y a pas de plus grand plaisir que de faire pleurer et rire les gens. Mais c’est un métier et il faut travailler. Parce que je veux parvenir à faire de bons films. Le jour où je me plante, j’arrête.

Vous avez peur de la sortie des Géants?
Oui, très. Parce que je sais que c’est fragile, que le marché est dur, qu’il ne suffit pas d’avoir un prix ou deux à Cannes, d’avoir une bonne presse. Il y a une concurrence féroce avec les autres films. Le succès dépend de tant de choses…

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Parce qu'il évoque l'adolescence

Bouli a filmé "l'histoire de trois gosses livrés à eux-mêmes, avec tous les dangers que ça comporte", bref un portrait de l'adolescence. Cette époque bénie, synonyme d'aventure, de danger, de passion, de désir, de folie qui nous quittent un jour, et que l'on regrette à vie.

Comment est né Les géants?
Par hasard. Un jour, je suis en voiture et je croise un ado en sueur sur une petite route de campagne en train de pousser sa mobylette. Je m'arrête, je lui paie un coup pas loin et on discute une heure. Trois jours plus tard, je rencontre deux autres ados qui arrivaient à Liège. À mon avis, ils avaient fait une fugue. Même chose, je les dépose en ville et on discute un peu. Et je réalise très vite que j'ai été vraiment touché par leur fragilité. Ça m’a rappelé plein de trucs de ma jeunesse. J'ai donc eu envie de faire un film sur les ados et leur confrontation avec le monde des adultes. J’aime bien cet âge-là.

Vous avez eu une chouette adolescence?
Oui. Enfin, chouette… Pleine de conflits et de rébellion. Mais gentille. À la campagne, en contact direct avec la nature. C'était un exutoire, la quête de l’éloignement. Et je suis parti d'ailleurs. Plusieurs fois, jeune, très jeune déjà. Mais ce sont de bons souvenirs. Une belle enfance, une belle adolescence.

Parce que la musique est splendide

Fan de Clash, Velvet Underground ou Mark Lanegan, Bouli adore la musique. Toujours en coulisses au festival Les Ardentes, on l'a vu se pavaner cet été devant le concert de Cascadeur aux Francofolies. À chaque film, il s'associe à un musicien. Jarby McCoy (Ultranova), Renaud Mayeur et An Pierlé (Eldorado) et aujourd'hui Bram Vanparys, un jeune Gantois talentueux qui sévit en groupe sous le nom de Bony King of Nowhere. Il nappe le film de guitares qui sentent bon le vide, la quiétude et les questionnements sur l'avenir. Et réussit l'exploit d'une musique qui colle au film. Parfaitement.

Votre rencontre avec Bram Vanparys?
Elle est belle. Et c’est ça que j’aime bien dans ce métier. Je n'aurais jamais rencontré un type comme Bram si je n’avais pas fait ce métier. Il est venu sur le tournage pour écrire la musique, ce qui se fait très rarement. Et il m'a subjugué. Je me suis dit: "Voilà, il a touché au sentiment premier qui m'a fait faire ce film".

Dans une des chansons, il chante "I'm not afraid/Je n'ai pas peur"…
Oui, ça m’a fait rire, parce que c’est tout le contraire de moi.

Les géants
Réalisé par Bouli Lanners (2010). Avec Martin Nissen, Zacharie Chasseriaud, Paul Bartel, Marthe Keller – 85'.

Hep Taxi! Bouli Lanners Dimanche 9 La Deux 22h50
Ciné Station Mercredi 12 La Deux 23h00
Ultranova Jeudi 13 La Trois 22h10

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