Pour les 30 ans de Canal+, deux figures emblématiques se confient

Pierre Lescure est le plus grand pif (au sens propre et figuré) de l’histoire de Canal +. Plus qu’un patron charismatique, ce glandeur génial est le père de l’esprit Canal. A la tête de Nulle part ailleurs pendant dix ans, Philippe Gildas a vécu la plus belle expérience professionnelle de sa vie. Il nous raconte, en quatre flashes, de 1985 à aujourd'hui. Extraits.

1207099

Pierre Lescure – Le père et le pif

Ce qu’il dit de lui . "Lescure? Canal. Pour le grand public je suis avant tout cela. Un homme de télé, cofondateur puis patron de la première chaîne française à péage, qui a bouleversé le PAF. La chaîne qui a apporté, entre autres, les Nuls, le foot, le film porno. (…) Canal: ma vie, mon œuvre. Il y a de ça." (Dans son autobiographie In The Baba, sortie en 2012.)

De l’évolution de la chaîne . "Le Canal chaudron bouillonnant des années 80-90 agissait en aiguillon quand aujourd’hui il tend à reconduire les recettes éprouvées, à entériner, à consacrer." (Dans In The Baba, 2012.)

De l’esprit Canal . "Je ne sais pas ce que c’est. On fait une confusion, on mélange ce qui se passe à l’antenne, et qui fait un certain style, avec l’état d’esprit supposé régner entre des gens qui se sont tous choisis entre eux et qui formeraient une petite bande bien sympa. (…) Comme d’autres médias, on a une marque forte, mais bon, qu’on ne me dise pas que c’est une famille! (…) Les abonnés sont insensibles à ces dissertations sur l’esprit machin ou l’esprit truc. Dès lors qu’on critique la chaîne, on dit: il n’y a plus d’esprit. Mais le téléspectateur voit-il qu’il n’y a plus d’esprit?" (Dans L’aventure vraie de Canal Plus, 2001.)

 

Philippe Gildas "Je n'avais aucun humour"

Débuts. "Pierre Lescure était mon stagiaire à RTL. Un jour, il m'a contacté pour me proposer de présenter une émission sur une chaîne en création qu'il allait dirigée: Canal +. Pendant deux ans, Nulle part ailleurssera calé sur l'horaire en clair de la pause déjeuner avant d'obtenir la soirée en 1987. Je n'ai mis qu'une seule condition avant de dire oui: que les petits jeunes d'Objectif Nulme suivent. Ils deviendront Les Nuls."

Liberté. "On pouvait faire ce qu'on voulait, on y a eu toutes les audaces. Dans ce créneau presque confidentiel, on devait en permanence se réinventer. Pour moi c'est ça l'esprit Canal +, l'obligation d'être différent. C'est de là que vient le nom de l'émission. Par rapport à l'info tradi coincée et tragique, on voulait faire rire. La tranche en clair de notre émission faisait aussi la promo de la chaîne, ce qui n'est plus du tout le cas pour Legrand journal."

Dérapages. "En fait, j'étais un bon journaliste capable de diriger un gros train. Personnellement, je n'avais aucun humour. Tout le succès de Nulle part ailleurstient à la richesse de l'équipe. Les plus belles émissions, c'est quand tout dérapait malgré le schéma immuable du programme. Antoine transcendait NPA, comme avec Patrick Bruel ou Yannick Noah, en se ramenant déguisé en Tarzan ou Pine d'Huître. Ça ne se voit plus aujourd'hui. Pour moi, NPAs'est arrêté avec le départ d'Antoine. Il nous a pris de court et le remplacer a été impossible. Finalement, ça tombait bien, je n'avais plus la santé pour assumer une quotidienne et j'ai arrêté."

Moins fun. "On ne peut pas vraiment parler de filiation directe entre NPAet Le grand journal. Michel Denisot, pilier de la première heure de Canal +, a eu l'idée géniale et LGJest une vraie grande réussite. Mais la notoriété de Canal n'est plus à faire, du coup on s'y amuse moins. Tout y est extrêmement cadenassé. Antoine est toujours excellent animateur mais je regrette que le cadre qu'il a hérité soit aussi étriqué pour lui. J'espère qu'il retrouvera suffisamment d'espace pour s'amuser encore."

Sur le même sujet
Plus d'actualité