Poulet aux prunes

Après sa BD Persepolis devenue dessin animé, Marjane Satrapi adapte une autre de ses œuvres. Avec des personnages en chair et en os cette fois.

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Ressortir d’une projection en sifflotant What a Wonderful World ne nous est pas donné tous les jours. "Mais ce titre serait pourtant bien l’un des messages du film", nous confirme Marjane Satrapi. Même si, musicalement, elle "n’est pas trop Louis Armstrong mais plutôt Iggy Pop (pour qui elle a dessiné la pochette de l’album "Préliminaires") ou Nick Cave, des artistes sans concession. Et dans ce registre, j’essaie d’être aussi butée qu'eux. Après le succès de Persepolis, tout le monde m’attendait avec un deuxième dessin animé. Et j'ai décidé de surprendre." Avec un film en images réelles, à la fois esthétique, ludique et poétique. Et à plusieurs niveaux de lecture.

Au-delà de l’histoire de ce musicien qui décide de se laisser mourir car le bris de son violon ne lui donne plus aucune raison de créer, et donc de vivre, se tisse un hymne à la vie. Il en sort un conte souvent naïf, anachronique, fantasque et fantastique. Qui pratique volontiers l’ellipse pour gagner en dynamisme ce que son scénario à tiroirs lui fait parfois perdre en spontanéité. Où Jamel Debbouze se transforme en génie de la lampe et Mathieu Amalric en dépressif lyrique. Le tout porté par un titre bien moins anodin qu’il n'y paraît. "Chez moi, petite, je me souviens que les hommes disaient que les prunes qui accompagnaient le poulet les faisaient penser à l'actrice Sophia Loren. Car elles étaient douces, appétissantes, et juste enrobées comme il faut. D’ailleurs, encore aujourd’hui, quand on évoque la femme absolue, c’est plus l’image de Sophia que celle de Keira Knightley qui vient immédiatement à l’esprit", conclut-elle avec un sens de la formule à la fois tendre et épicé. Exactement le fumet qu’exhume ce Poulet aux prunes.

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Poulet aux prunes
Réalisé par Marjane Satrapi (2011). Avec Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros – 93’.

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