Polisse

Plongée à pic dans le quotidien de la Brigade des mineurs, Polisse est une énorme claque. À voir pour le croire.

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L'histoire est connue. Sa mère voulait faire d'elle la nouvelle Adjani, son père la battait. À 16 ans, elle épouse Luc Besson qui lui fait un enfant et la quitte pour Milla Jovovich. Avec un stylo et une caméra, Maïwenn se libère de ses démons. Autopsychanalyse dans Pardonnez-moi (à revoir mercredi 26 sur Arte), un premier film torturé, tourné avec le montant de son assurance vie – no comment. Radiographie de ses consœurs dans Le bal des actrices trois ans plus tard. Dans Polisse, prix du jury au dernier Festival de Cannes, elle met à nu le métier de flic à la Brigade des mineurs. Un milieu difficile qui traite essentiellement de dossiers de pédophilie. Retour à l'enfance difficile? "L'enfance me poursuit, concède Maïwenn. Truffaut disait qu'on fait toujours le même film. Alors moi, l'enfance, c'est mon truc."

Le film suit une dizaine de flics (c'est beaucoup) côté boulot et côté perso, sans jamais rien lâcher sur la crédibilité des scènes, toutes observées lors d'un stage en immersion à la Brigade. "Je n'ai pas voulu faire un film ostentatoire sur la police, explique Maïwenn. Je voulais que ça ressemble au quotidien, avec les moments où on s'emmerde et où on attend. Je voulais aussi qu'on puisse voyager dans le cerveau des personnages, comprendre leur vie, leurs points de vue." Dans les bureaux de la brigade de Polisse (clin d'œil au Police de Pialat), tout peut arriver. Les répliques fusent, les situations éclatent, s'enveniment, se dénouent ou se répètent. Comme dans la vie. C'est la vraie réussite du film, chaque personnage est vivant. Ambigu, réel, presque palpable.

En tête, l'étonnant duo Marina Foïs-Karin Viard (déjà présentes dans ses précédents films), qui ne tarit pas d'éloges sur la réalisatrice. "Maïwenn est toujours en mouvement. Ses personnages sont très justes parce que leurs réactions sont imprévisibles, et c'est pour ça qu'on y croit", résume Foïs. Maïwenn, cinéaste de l'inconscient? "C'est assez juste, concède Karin Viard. Elle s'autorise cette part d'inconscient parce qu'elle a réellement la nécessité de filmer. Sinon elle deviendrait dingue. Je lui tire mon chapeau."

Et puis, bien sûr, il y a le couple que Maïwenn forme avec Joey Starr dans le film. Un duo auquel elle tient beaucoup, presque plus que tout. "Ce film, je l'ai écrit pour lui: il a été mon moteur et ma muse, affirme la réalisatrice. Cette histoire d'amour entre nos deux personnages issus de milieux opposés est un contrepoint à la violence du film. Je voulais montrer que deux personnes peuvent se rapprocher et s'aimer dans la difficulté. Joey est compliqué et torturé, mais au cinéma, il est vrai." Le rappeur de NTM en muse! Il faut le voir pour le croire… À l'image de sa réalisatrice, Polisse est un film vrai et brut. À découvrir de toute urgence. –

Polisse
Réalisé par Maïwenn (2011). Avec Karin Viard, Joey Starr, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Maïwenn. – 127'

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