[POLEMIQUE]L’anti-racisme en question

Affaires Vandewalle et Pauwels, scandale du père Fouettard... A force de voir du racisme partout, on lance de nouveaux amalgames, voire des accusations injustifiées. Pendant ce temps, une parole vraiment condamnable s'exprime ailleurs. Sur Internet.

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"On a trop dit au Belge lambda modérément xénophobe que c'était un salaud. Parfois, il a ses raisons d'avoir sa vision des choses."

La Belgique est-elle tombée dans le politiquement plus que correct? Plusieurs cas ont agité la presse et les réseaux sociaux ces deux dernières semaines: Stéphane Pauwels et Serge Vermeiren, pour avoir dit de Stromae qu’il était "un garçon de couleur bien intégré". Philippe Vande Walle, viré de l’équipe de consultants foot RTBF pour avoir voulu défendre les "purs Belges"face à des binationaux qui hésitent entre notre équipe nationale et celle d’un autre pays.

Quant à Thierry Willemarck, le président de la Chambre de commerce et d’industrie bruxelloise, il s’est fait vertement taper sur les doigts pour avoir sugéré dans une interview qu’on donne "un coup de pied au cul" aux jeunes d’origines étrangères qui brossent les cours, au risque de plomber leurs études. Àchaque fois les mêmes accusations: racisme, discrimination, préjugés, valeurs incompatibles avec notre sacro-sainte démocratie. Et à chaque fois la même défense: "Non, je ne suis pas raciste, j’ai simplement dit quelque chose de personnel, un peu extrême dans la forme, je suis navré si j’ai blessé quelqu’un, etc."

Les polémiques passent, les questions restent: ces propos et leurs auteurs sont-ils vraiment racistes? Ne risque-t-on pas au final de diluer le sens du mot en chargeant des personnes qui ont simplement manqué de finesse ou d’intelligence? Et enfin, à vouloir donner une image absolument lisse et respectable, les médias n’ont-ils pas eux-mêmes déplacé dans les forums, sur Twitter et Facebook le flot de haine vraiment raciste pour lui permettre de s’exprimer à loisir?
 

"La Belgique et l’Europe ne sont pas les États-Unis ", observe Nicolas Baegert, chargé de cours à l’IHECS et chercheur à l’UCL. "Là-bas, on voit le Ku Klux Klan manifester en rue. Ici pas. Notre système privilégie la protection." Àla RTBF, le directeur de l’info Jean-Pierre Jacqmin confirme, en évoquant le cas Vande Walle: "Nous sommes un service public avec des valeurs et une mission de cohésion sociale. C’est cela le guide de nos journalistes et chroniqueurs."

Plus catholiques que le pape?

Paradoxe: ceux que l’on voudrait voir comme les manitous de l’antiracisme apparaissent dans ces affaires plus nuancés que les patrons de médias. Ainsi Patrick Charlier, le vice-président du Centre pour l’égalité des chances, rappelle que "les affaires Pauwels, Vande Walle, Willemarck ou même la campagne publicitaire de Gaia (NDA: qui compare le sort des moutons emmenés à l’abattoir à des humains déportés) ne sont pas du racisme pur. Ceux-là jouent certes sur des stéréotypes, mais le racisme, c’est quelque chose de nettement plus grave". Pour que des propos soient qualifiés de racistes, il y a en effet quatre choses à prendre en compte: le contexte, l’intention, la répétition et la volonté de stigmatiser. En gros, qui dit sans le vouloir quelque chose de blessant est certes maladroit mais pas raciste pour autant.

La suite dans le Moustique du 30 octobre 2013

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