Plus de Moore

Enfin sacrée aux Oscars, l’actrice rousse de 54 ans nous éblouit dans Still Alice, touchée par un alzheimer précoce. Vive Julianne Moore.

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J’ai lu quelque part qu’un oscar faisait gagner cinq ans d’espérance de vie. Si c’est le cas, merci, car mon mari est plus jeune que moi!", lançait Julianne Moore dans un éclat de rire en recevant son premier oscar devant un parterre de stars médusées. Prouvant qu’on peut être l’une des actrices les plus douées de sa génération, avoir tourné avec les frères Coen, Spielberg ou Paul Thomas Anderson, et garder le sens de l’humour.

2014 et 2015 sont les années de la consécration pour Julianne Moore. C’est elle qui remporte le prix d’interprétation féminine au dernier festival de Cannes en actrice arriviste pour Maps To The Stars de David Cronenberg. Une reconnaissance plutôt tardive qu'elle accueille avec le sourire: "Les choses me sont arrivées très tard. J’ai fait mon premier film à 29 ans, et mon premier enfant à 37", confiait-elle récemment à Paris Match. Pourtant, l’actrice n’a jamais autant tourné que ces dernières années, alternant films indépendants (Don Jon, Crazy, Stupid, Love) et grosses productions (Le septième fils, Hunger Games). Même si elle n’a pas le poids au box-office d’une Angelina Jolie, sa seule présence est devenue le gage d’un film réussi. Il semble loin le temps où l’on disait que la vie d’une actrice hollywoodienne était finie à quarante ans.

La suite du portrait de Julianne Moore dans le Moustique du 18 mars 2015

 

L’art de la perte

Réalisé par Richard Glatzer et Wash Westmoreland. Avec Julianne Moore, Alec Baldwin, Kristen Stewart – 101’.

Brillant professeur de linguistique à Harvard, mère de trois enfants, épouse comblée, Alice Howland est une femme heureuse. Le jour où elle se perd dans son quartier, Alice se rend compte qu’elle est atteinte d’une maladie d’Alzheimer précoce. Adapté du roman de la neuroscientifique Lisa Genova (L’envol du papillon), Still Alice s’impose comme l’un des plus beaux drames familiaux de ces dernières années. Parce qu’il est à la fois précis sur la maladie (les scènes chez les médecins spécialistes sont très réalistes, notamment sur la question du langage) mais aussi en symbiose avec son personnage de mère et de femme frappée par le destin, le film échappe à l’évident mélo, tout en nous bouleversant profondément.

Coréalisé par un couple également touché par la maladie (Wash Westmoreland est atteint de sclérose en plaques), le film est à la fois une méditation sur la force de la personnalité et le récit d’un combat contre la maladie. Grâce à l’intelligence émotionnelle exceptionnelle du jeu de Julianne Moore, nous suivons les lents glissements d’Alice vers l’oubli, les stratagèmes qu’elle utilise pour gagner du temps, l’angoisse qui la prend quand elle ne reconnaît plus ses enfants (on souligne au passage la belle présence de Kristen Stewart en fille rebelle, aux côtés d’un Alec Baldwin très bien en mari lâche mais attachant). Jusqu’au bout, Alice tente de rester elle-même. Son combat devient une illustration magistrale de "l’art de la perte" dont parlait la poétesse Elizabeth Bishop. Mais ce qui persiste à travers Julianne Moore, par-delà la maladie, c’est l’amour. Merci.

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