Plus belle la vie du Sud au Nord

La série quotidienne va souffler ses dix bougies. Un record de longévité. Pour fêter ça, elle nous couvre de bonus, dont un projet de spin-off dans le Nord.

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Après un rapide micro-trottoir, le portrait de Plus belle la vie pourrait se résumer à: "C'est un feuilleton français", "Les acteurs jouent mal" et "Ça raconte la vie des habitants du Mistral, un quartier fictif de Marseille." Une esquisse exacte, mais réductrice. Surtout que la série de France 3, bientôt dix ans d'existence, vient de franchir le cap du 2.500e épisode. Du jamais-vu dans le monde télévisuel français. NiNavarro, ni Julie Lescaut n'avaient réalisé un tel exploit. Pour fêter ce record, PBLV s'offre carrément une spin-off dans le Nord et promet d'autres surprises de taille. Alors oui, le feuilleton a ses défauts et ses détracteurs, mais force est de constater que pour s'assurer une telle longévité, il a surtout de nombreuses qualités, dont la principale tient en un mot: le renouvellement.

"Quand on a signé en 2004 pour Plus belle la vie, nous n'aurions jamais pu imaginer qu'elle serait toujours à l'antenne dix ans plus tard. D'autant plus qu'on a démarré avec de très mauvaises audiences", se remémore Hubert Besson, le producteur de la série. Avec à peine 6 % de parts de marché, le projet ne rencontre pas son public et fait frissonner d'effroi la direction de France Télévisions. "Un coup dur. Mais du coup, on a appris à être modestes et à se remettre en question en permanence. La dynamique de l'équipe est simple: ce qu'on produit n'est pas parfait et ne le sera jamais, nous devons travailler sans cesse pour nous améliorer."

Mistral gagnant

Ça tombe bien: pour réaliser les 260 épisodes annuels, du travail il y en a à la pelle. Façonnée à l'image de Sous le soleil, programme phare de TF1 dans les années 90, la machine Plus belle la vie n'a pas le temps pour les chichis. Un seul mot d'ordre: l'efficacité. Là où 4 minutes d'une série classique sont tournées par jour, le rouleau compresseur que représente PBLV produit un épisode entier dans les mêmes délais. Episodes qui se retrouvent à l'écran seulement six semaines après leur tournage. Un exploit qui permet à la série de coller au mieux à l'actualité, en couvrant les élections, par exemple.

Quoi de plus jouissif pour les fans que de retrouver son quotidien amélioré dans sa fiction préférée? Hubert Besson l'a bien compris. Pour y arriver, pas moins de 20 auteurs bossent d'arrache-pied pour imaginer de nouvelles intrigues où précipiter les habitants du Mistral sans trop tomber dans le cliché. "L'idée, c'est de ne surtout pas donner au téléspectateur ce qu'il a envie de voir, quitte à faire mourir un personnage emblématique et à créer la polémique."

Une recette à la Game of Thrones – toutes proportions gardées et en bien plus soft, on vous l'accorde – qui fait ses preuves et accroche les fans. 5,1 millions de Français regardent tous les jours les déboires des familles Marci, Chaumette et Torres. Un chiffre auquel s'ajoutent les 150.000 aficionados belges de PBLV, qui suivent quotidiennement les aventures de leurs voisins du Sud sur La Deux. Et ce avec une semaine d'avance sur France 3, s'il vous plaît!

Ces audiences record font baver d'envie tous les patrons de chaînes. La véritable poule aux œufs d'or garantit et engrange à la fois du boulot pour des dizaines de comédiens et des centaines de techniciens. "Dans certains milieux un peu snobs, il est de bon ton de polémiquer sur le jeu d'acteur ou sur les intrigues de la série. Et pourtant, même TF1 vient me piquer ces mêmes acteurs", tacle Hubert Besson."Mais qu'importe, souvent je me rends compte que ces recruteurs peu scrupuleux n'ont même jamais vu un épisode. Plus belle la vie, avec ses thèmes proches de la vie de tous les jours, comme l'homosexualité ou encore la marijuana, a un véritable impact social et ouvre le débat." Et ce même si la subtilité n'est pas la qualité maîtresse du programme.

Mieux, le feuilleton redore le blason de Marseille, plus souvent pointée pour son insécurité que pour sa qualité de vie. C'est simple, depuis le lancement de la série, les touristes se pressent dans les rues de la cité phocéenne à la recherche des lieux qu'ils ont vus à la télé. La ville organise même un "circuit Plus belle la vie" pendant les vacances. Bref, c'est tout bénef. Et nombreux sont les maires qui aimeraient avoir une part de ce juteux gâteau…

Une vie en Nord

Ce fantasme serait en passe de se réaliser pour Martine Aubry, maire de Lille. En effet, une spin-off du feuilleton préféré des Belges devrait bientôt venir s'installer sur le territoire chti. Son nom? Une vie en Nord, rien que ça. "L'idée de ce décrochage est née d'un désir de la chaîne et des auteurs", argumente Hubert Besson."D'une part pour que le diffuseur ait plus de souplesse dans la programmation, et pour nous, c'est aussi l'envie de sortir du feuilletonant. Jusqu'ici, pour les primes ou les numéros spéciaux, nous avions trouvé quelques subterfuges pour sortir de l'intrigue quotidienne avec des flash-back, mais ça ne tient pas sur le long terme. Nous tournions en rond. Du coup, on a profité de l'aubaine que représente le départ de Ninon et Rudy du feuilleton – deux personnages adorés dans Plus belle la vie – pour penser à une spin-off et nous renouveler."

Diffusé le 15 avril dernier, le numéro zéro de ce projet de grande envergure a su séduire le public en rassemblant 4.369.000 curieux devant leur écran. Un joli score qui augure une suite à la nouvelle vie du couple phare de Plus belle la vie, installé très exactement à Mons-en-Pévèle, dans la périphérie de Lille. "C'est une ville très dynamique, les équipes de tournage ont été super bien accueillies." La destination fleure bon la frite, la bonne humeur et la grisaille, spécialement choisie pour plaire aux téléspectateurs originaires du nord de la France et de Belgique avec l'ambition de créer un nouveau vivier de fans, qui ne se reconnaissent peut-être pas dans les accents chantants du quartier du Mistral.

"Nous travaillons sans relâche à la suite de ce produit dérivé. Là, on vient de proposer le scénario de deux nouveaux épisodes à France 3." Difficile de refuser un tel projet. La franchise, au contraire des nouvelles productions, a l'avantage de fédérer un public de base, et donc d'assurer un minimum de rendement. Pas bête…

 

A vos claviers // Toujours plus

Le plan d'attaque de Plus belle la vie ne s'arrête pas là. Pour séduire encore plus de monde, dont les plus jeunes, les équipes de production proposent un tout nouveau concept inspiré des nouveaux médias: l'ARG. Derrière cet acronyme se cache le terme d'Alternate Reality Game. Rien de bien compliqué. En bref, Plus belle la vie va proposer à ses internautes d'intervenir dans le scénario de la série par le biais du Web. Et s'ils avaient déjà tenté l'expérience en 2012 à l'aide d'un blog, ils la réitèrent cette fois-ci de manière plus franche pour qu'il y ait des interconnexions entre les plates-formes numériques et le feuilleton. Plus de réel dans Plus belle la vie… Un défi de taille. "Les propositions des téléspectateurs se retrouveront à l'écran 48 heures plus tard." Et quand on voit l'impact des tweets sur un show comme The Voice, on imagine bien à quel point ce genre de dynamique va fidéliser de l'audience. Bien vu.

 

PLUS BELLE LA VIE  

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France 3 20h15

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