Pixar: Ces peluches qui prétendent faire peur

Dans une banlieue-dortoir de San Francisco, on tombe sur Pixar, fabrique à fantaisie et chef-lieu d'un pop art qui réconcilie parents et enfants. Tour operator. 

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Réussi de bout en bout et de fond en comble, le nouveau Disney/Pixar Monstres Academy recycle des héros existants. Est-ce grave, docteur? Non! Monstrueusement non! Car si Disney n’a pas toujours exercé son droit de suite avec un total bonheur, par exemple dans Cars 2, ici, c’est du caviar! Prequel selon le jargon ad hoc, Monstres Academy se situe donc chronologiquement avant Monstres et compagnie. Et raconte comment les deux potes, Bob la boule de caoutchouc verte à un œil, et Sullivan, gros nounours cornu au poil mauve, se sont rencontrés. Et ont usé leur pelage ensemble sur les bancs de l’université.

Pour rejoindre les studios Pixar, il faut rejoindre Emeryville, village clean de chez clean, dans une banlieue-dortoir et endormie de San Francisco, au bout de routes interminables bordées de fast-foods et de chaînes proposant du café dilué dans de l’eau de vaisselle. Ici, on a l’impression que les trottoirs sont lustrés à longueur de journée par une Cendrillon en grève du zèle. C’est dans cette bourgade que se niche le Saint des Saints de l’animation. Chez Pixar, la grille du portail d’entrée figure la célèbre lampe du logo maison en fer forgé. Après des parkings gigantesques pour accueillir le bon millier de petites mains qui s’agitent ici, on débouche sur plusieurs hectares parsemés de bâtisses aérées et anodines, abritant bureaux et salles de réunion. Mais on aperçoit aussi des terrains de basket, un espace barbecue et un petit parcours de fitness pour les dessinateurs et infographistes désireux de se muscler les pouces.

A la manière d’autres grosses sociétés américaines qui cultivent une image friendly comme Google ou Yahoo, et mettent volontiers plus en avant le lieu de détente réservé aux employés que les espaces où ça bosse dur, Pixar exige que l’on pousse l’exploration un peu plus loin. Afin de saisir ce qui caractérise vraiment cette société usinant du rêve au kilomètre. Si le hall de réception plus qu’ostentatoire n’a pas changé depuis notre première visite pour découvrir la cuisine interne qui avait donné naissance à Ratatouille (chef-d’œuvre de 2007), ce sont toujours les personnages de Toy Story façon ombre chinoise qui distinguent les toilettes pour messieurs et pour dames. Mais  c’est aux étages, là où le commun des mortels n’est pas admis, que les bouleversements se font le plus sentir.

Car une fois abandonné ce rez-de-chaussée trop tape-à-l’oeil pour être honnête ("De fait, si vous ne voyez que le bas de l’immeuble, entre la table de ping-pong et les deux cafétérias, vous allez finir par croire que personne ne bosse ici", glisse notre guide du jour, sourire made in Disney en bandoulière), la montée dans les étages sent l’effort! Et exhume aussi un parfum de coupage de poils de monstre en quatre! "Auparavant, nous avions un ou deux employés responsables d’un personnage en entier. Mais dorénavant, des animateurs sont carrément en charge d’une seule partie du corps d’un personnage précis, explique le réalisateur de Monstres Academy, Dan Scanlon. Certains s’occupent juste des pieds de Sullivan, des mouvements de son torse, une équipe n’a travaillé que sur une séquence de quelques secondes où on le voit danser avec Bob." Soit! Mais cette méga segmentation qui ferait passer Les temps modernes pour un pique-nique du dimanche ne nuit-elle pas à la fluidité du tout, surtout si chacun travaille dans son coin?

"C’est là que j’interviens, nuance le réalisateur. Mon rôle de chef d’orchestre consiste à m’assurer que chaque personne, chaque département avance dans la même direction. Et que le chef de projets "doigts" travaille main dans la main avec le responsable "haut du corps". Nous travaillons à l’aide d’un gigantesque réseau informatique qui relie chaque personne impliquée dans le projet. Et chacun peut voir à tout moment si le mouvement, le personnage ou le morceau de décor qu’il a créés s’intercalent bien dans le storyboard fixé pour chaque scène. Au total, ce sont à peu près 500 personnes qui ont travaillé durant 4 ans sur Monstres Academy. Et je peux vous dire que les job descriptions de certains de nos employés sont pour le moins inhabituelles."

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