Pirette enterre 2014

De Michel Ierà Nabilla, des Diables Rouges à Gaza,  l'humoriste règle son compte à l'année écoulée. Et comme d'autres personnalités belges, nous livre ses attentes et ses bonnes résolutions pour 2015.

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A Charleroi, le marché de Noël qui fait face au Comédie Centrale n'attire pas la grande foule. "Il n'y a pas grand monde non plus dans les magasins, nous confie François Pirette. On voit que c'est une région qui souffre, ici." Mieux vaut en rire. Depuis trois semaines, l'humoriste a posé ses valises dans cette petite salle carolo qu'il affectionne tout particulièrement, avec plusieurs de ses personnages fétiches (Amédée, l'octogénaire visionnaire, la maman de Nathalie et ses bigoudis), leurs répliques cultes ("On est ce qu'on mange… Mange ton boudin!"), mais aussi quelques flèches bien senties inspirées par l'actualité: "Charles Michel est parfait bilingue. Il paraît qu'il parle aussi très bien le français." A ce programme déjà chargé, il a quand même trouvé le temps d'ajouter un énième succès télévisuel sur RTL-TVI, le 14 décembre dernier, avec son nouveau show Tu parles, Charles! (733.000 téléspectateurs).

Au grand désespoir de certains, il n'arrête jamais. On le retrouve juste après sa sortie de scène pour évoquer cette année 2014 qui commence tout doucement à refroidir. Sauf que l'adrénaline n'est pas encore retombée. Et que François Pirette est chaud. Certains vont d'ailleurs en prendre pour leur grade…

Vous sortez d'un gros succès télé avec votre spectacle Tu parles, Charles!, pourtant assez différent de ce que vous présentez d'habitude. Pourquoi cette incursion dans la politique?  

François Pirette – Je n’ai pas l’impression d’avoir commis un programme fondamentalement différent. J’ai pour habitude de puiser dans l’air du temps les ressources de mon inspiration. Il se fait que l’instant est éminemment politique et que je ne pouvais l’ignorer. C’est la situation elle-même qui était inédite. Pour la première fois, la droite est seule à la barre et une seule famille francophone se retrouve au fédéral pour représenter nos intérêts. Mais ne devrais-je pas plutôt dire pour les défendre?

Ça inquiète le francophone que vous êtes ou cela réjouit le comique parce que les occasions d'en rire sont nombreuses?

F.P. – Ni l’un ni l’autre, et je n’ai par ailleurs jamais été du genre à aiguiser mes crayons avec gourmandise devant le JT. La nouvelle réalité politique belge me déprime bien plus qu’elle ne m’inspire et le spectacle que certains nous donnent à voir est tellement médiocre qu’en forcer le trait par la caricature risquerait de mener inévitablement au vulgaire.

Qu'est-ce qui est caricatural, qu'est-ce qui est vulgaire?

F.P. – Voir Bart De Wever s'exprimer comme le Premier ministre (alors qu'il se défend d'être la belle-mère de ce gouvernement) pendant que Charles Michel se donne un mal de chien à faire croire qu’il est seul aux commandes, ça c'est pour le burlesque. La vulgarité, c'est le mensonge éhonté sur lequel s’est constitué ce gouvernement. Quand Charles Michel proclame à la veille des élections: "Nous, jamais avec la N-VA!", il ment, et avant tout à l’électeur du MR qui, ne l’oublions pas, restera le premier dindon de cette bien triste farce. Et quand il renie sa promesse en se justifiant avec une décontraction glaçante: "Ah, mais depuis on a voté et il s’agit dès lors de respecter la donne démocratique qui rend Bart De Wever incontournable…", il ne fait que confirmer ce mensonge puisque tout le monde savait que la N-VA risquait d’emporter les élections en Flandre et haut la main! Il ne s’agissait donc pas de devoir tout à coup composer avec le score inattendu de Groen ou avec celui d'un nouveau groupuscule embusqué. C'est la première fois que je vois un homme politique assumer un parjure avec un tel culot et se dédire avec autant de cynisme.

Vous avez fait de Charles Michel la marionnette de Bart De Wever. Vous n'accordez pas au MR un autre rôle que celui d'otage de la N-VA?

F.P. – Si le MR n'est pas l'otage de la N-VA, comment expliquer que Theo Francken et Jan Jambon soient encore de ce gouvernement? L’auraient-ils d’ailleurs été et le seraient-ils restés s’ils avaient été encartés au MR? Ce n'est plus du compromis politique, c'est de la compromission. Et on voudrait nous faire croire qu’il n’y aura pas de communautaire pendant cinq ans avec un parti dont le projet revendiqué est le démantèlement du pays? Ils n'ont même pas l'élégance de mentir avec finesse lorsqu’un soir Jambon évoque les cahiers Atoma et que le lendemain on veut nous faire croire à une boutade. Ce mépris pour le discernement du citoyen est hallucinant. 

Vous êtes un homme de gauche. Vous auriez été sévère avec un Premier ministre libéral de toute façon, non?

F.P. – Je me revendique comme un "romantique de gauche" (…)

La suite de la rencontre avec François Pirette et les souhaits d'autres personnalités (Paul Magnette, Sandra Kim, Alex Vizorek,…) dans le Moustique du 31 décembre 2014.

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