Pierre Rapsat: Le chanteur qui reste dans le cœur

Pour célébrer les dix ans de sa disparition, diffusion télé du beau film de Serge Bergli. Focus sur un artiste qui a marqué la scène belge.

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"La maladie, c'est chiant. C'est moche. C'est pesant, voire dégueulasse. Bref, tout le contraire de la musique". Le 20 avril 2002, Pierre Rapsat nous quittait. Il avait 53 ans et s'était encore produit en concert deux semaines auparavant à Ath.

Dix ans plus tard, Aimons les étoiles,un film réalisé par Serge Bergli, rend un hommage plein de vie et, of course, plein de musique, au chanteur verviétois. Ce documentaire, diffusé en deux parties ce 20 avril sur La Deux, débute par cette phrase extraite d'une des dernières interviews de l'ami Pierrot. Pas vraiment du genre à se plaindre, pas vraiment non plus du genre à fuir la réalité, Rapsat n'élude pas ses problèmes de santé face caméra.

Mais il préfère regarder devant lui, évoquant, l'étincelle dans les yeux, des projets de chansons, de tournées et de futures collaborations. Respect.

Si on étudie aujourd'hui ses textes dans les écoles de la Communauté française (c'est le cas pour Les rêves sont en nous)et qu'une nouvelle génération a l'opportunité de découvrir ses compositions au travers d'une réédition CD, c'est parce que Pierre Rapsat avait un immense talent. Ça, tout le monde le sait.

Mais il reste aussi un modèle pour la manière dont il a mené sa vie. Un artiste, oui. Mais aussi un homme avec sa sensibilité, sa face sombre et son côté lunaire. Et l'un des grands mérites du documentaire de Serge Bergli, c'est de remettre en perspective toutes les facettes de cet ami qui nous manque tant. "Chaque fois qu'on évoque Pierre Rapsat, c'est le mot "détermination" qui revient",déclare ainsi dans le reportage Mario Guccio, chanteur de Machiavel.

D'autres qualificatifs ressurgissent au fil des interviews. "Honnête", "simple", "humain", "sincère", "sans compromis". Autant de traits de caractère qui lui ont permis de mener une carrière unique. Une vraie carrière, faite de hauts et de bas, d'espoirs perdus et de succès critiques, de traversées du désert et de reconnaissance publique.

En Wallonie, mais hélas rien qu'en Wallonie, Pierre Rapsat reste le seul artiste à avoir réuni dans les mêmes salles fans de rock américain et de variétés, jeunes et moins jeunes, filles et garçons, addicts de riffs incendiaires et amoureux de mélodies pour briquets.

Cette détermination évoquée avec émotion par Mario Guccio, on la retrouve dès "New York", premier album solo de Rapsat paru en 1973. "Personne n'en voulait",nous confiait son épouse Marie-France dans une interview parue dans Moustique en 2007. "On l'oublie souvent, mais bien avant Trust ou Téléphone, Pierre a l'un des premiers artistes à faire un disque de rock en français. Il a été boycotté par les radios à cause de ça, mais il n'a jamais dévié de sa route."

C'est peut-être cette même fermeté qui explique pourquoi Rapsat n'a jamais réussi à s'exporter en France, malgré la reconnaissance de ses amis chanteurs Souchon, Balavoine, Lavilliers et autre Yves Simon. "C'était un homme d'honneur et de parole",analyse, pour sa part, le guitariste Thierry Plas, son complice pendant de longues années. "Mais il manquait peut-être d'une attitude, dans le sens anglo-saxon du terme. A un moment, il n'a peut-être pas assez joué le jeu de la séduction pour percer à l'étranger. Mais il était comme ça."

Plusieurs témoins rencontrés par Serge Bergli laissent entendre que si Pierre Rapsat n'a pas eu de succès chez nos voisins, c'était sans doute parce qu'il ne l'a jamais recherché à tout prix. Le producteur de la RTBF Philippe Longtain parle d'"injustice", d'autres évoquent encore le mauvais timing. "Trop en avance sur son temps avec certains albums, pas assez avec d'autres." Mais pour son fils Thomas, l'explication est à chercher ailleurs. "Il était bien loin des mondanités et de l'esprit strass et paillettes. J'ai toujours pensé que si mon père se sentait bien ici, à Verviers, c'était plus parce qu'il voulait fuir cet aspect-là du business que parce qu'il avait vraiment envie de vivre ici."

Comme chez les plus grands – on parle ici des Cabrel, Springsteen ou Cohen -, c'est en accumulant du vécu et des années d'expériences, bonnes ou mauvaises, que le style de Pierre Rapsat s'est affirmé. Paru en 2001, son seizième album studio "Dazibao" est considéré à juste titre comme son chef-d'œuvre.

Pas parce qu'il s'agit de son dernier enregistrement, mais parce que tout y est à sa place. Les mots, les notes de musique, la voix, l'émotion. "C'est l'album que je conseillerais à un jeune qui ne connaît pas encore Pierre,affirme sa femme. "Pierre n'a jamais aussi bien chanté. Tant au niveau des textes que des mélodies, c'est son disque le plus abouti."

Pour Thierry Coljon, qui signe la biographie Pierre Rapsat: ses rêves sont en nous,la réussite de "Dazibao" tient au côté autobiographique des chansons. "Il ne s'est jamais autant dévoilé. Chaque chanson parle de lui." De la rage rebelle extériorisée sur "New York" aux sentiments les plus intimes exprimés sur "Dazibao", son parcours aura été exemplaire. Comme sa vie.

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