Phoenix: « Nous ne sommes nulle part et partout à la fois »

Après le succès de "Wolfgang Amadeus Phoenix", les quatre Versaillais réinventent la pop insouciante avec un disque qui sent déjà l'été. Vous allez adorer.

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Enregistré dans les studios Oscilloscope des Beastie Boys à New York et chez Philippe Zdar (Cassius) à Montmartre, l'album "Bankrupt!" risque de surprendre par son traitement sonore.

Phoenix délaisse les guitares au profit de synthés de la première génération. Frappé comme tant d'autres (Justice, Daft Punk, The Strokes, Piano Club) par la tendance rétro-futuriste, Phoenix a acheté des vieux instruments dans des brocantes à Paris, a bossé sur la console de mixage de "Thriller" de Michael Jackson et avec un ancêtre de boîte à rythmes qu'utilisait Stevie Wonder. Un peu too much?

"Non, ce n'est pas seulement pour faire joli dans la notice qui accompagne l'album,se défend Thomas. Tout a été mis au service de la musique. C'est cette même recherche du détail qui nous a frappés lorsque nous avons bossé dans les studios des Beastie Boys. Adam Yauch (membre des Beastie Boys décédé le 4 mai 2012) était fan de Phoenix et nous a proposé de bosser aux Oscilloscope gratuitement et d'y rester le temps qu'on voulait. Il y avait un studio de cinéma, un autre pour faire de la musique, des instruments dans tous les coins. Tous les techniciens sont habillés en blouse blanche. On se serait cru dans un laboratoire dans lequel toutes les énergies sont mises au profit de la création artistique."

Remède anti-yéyé

Chantées en anglais avec l'accent de Versailles, les chansons de Phoenix n'ont pas des messages particuliers à transmettre. Sur des notes de claviers aux sonorités asiatiques qui évoquent à la fois Indochine et le China Girl de Bowie, Entertainement est un morceau qui a pour intention louable de nous regonfler le moral. Trying To Be Cool se moque gentiment de la branchitude et est peut-être aussi une manière de répondre aux critiques taxant Phoenix de groupe snob. Quant à Drakkar Noir, c'est – eh ben oui – un hommage au parfum masculin, symbole du machisme et des années yuppies.

En filigrane de ce disque à la fois naïf et joyeux, Phoenix montre aussi son attachement à ses racines françaises. "Nous nous inscrivons à contre-courant de la vague yéyé qui a sévi au début des années soixante. A cette époque, Johnny Hallyday, Dick Rivers et Frank Alamo reprenaient des standards américains, les traduisaient et en faisaient des classiques de la chanson française alors que ça parlait de Memphis, de palmiers et de motels perdus sur une route dans le désert. Nous, on fait l'inverse: on chante en anglais mais on évoque la culture française. En fait, c'est en restant éloigné pendant de longs mois de la France qu'on s'est rendu compte qu'elle nous manquait. Avant de voyager dans le monde entier, les films de Rohmer et de Truffaut m'emmerdaient car leurs personnages n'avaient rien d'extraordinaire. Maintenant, quand je rentre en France, c'est cette normalité qui me séduit."

Avant de prendre congé, Thomas Mars insiste encore sur un point. "Plus qu'une réflexion sur la crise financière mondiale, "Bankrupt!" ("Faillite!"), le titre de notre nouvel album, doit être compris comme une manière de nous protéger. C'est l'idée qu'on peut tout perdre du jour au lendemain mais qu'il faut repartir à zéro. Mon épouse Sofia Coppola réalise un film, The Bling Ring, qui s'inspire du même thème. "Bankrupt!" est aussi un mot qui est violent dans sa prononciation et qui a une forte connotation péjorative. Ça nous amusait de définir par un terme très dur une musique qui est joyeuse."

 

 

Article complet dans le Moustique du 24 avril.

Le 5/7 à Werchter.

PHOENIX
Bankrupt!
Warner

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