Philomena? Courez

En mère courage, Judi Dench bouleverse les cœurs dans un mélo poignant devenu phénomène de box-office.

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C’est un thème qui a déjà inspiré le cinéma britannique: l’adoption forcée, dans les années cinquante-soixante, d’enfants irlandais issus de grossesses non désirées de filles-mères cachées dans des couvents. On les appelait "les mères de la honte." Après l’acteur-réalisateur écossais Peter Mullan (qui y consacrait le superbe The Magdalene Sisters), c’est au tour de Steve Coogan de s’emparer de ce sujet difficile, à partir de l’histoire vraie de Philomena Lee qui, séparée de son fils âgé de 7 ans, va passer sa vie à essayer de le retrouver. Avec l’aide de Martin Sixsmith, un journaliste désabusé, elle va reconstituer sur le long terme le puzzle inattendu de la vie de son fils. Et découvrir ce à quoi elle ne s’attend pas.

Porteur du film (qu’il a coécrit, coproduit et dans lequel il joue), Steve Coogan se départ brillamment de son étiquette comique (énorme star du rire outre-Manche, l’acteur a aussi cartonné aux Etats-Unis dans La nuit au musée aux côtés de Ben Stiller) pour se mettre au service d’une histoire poignante. Magnifiée par la caméra expérimentée de Stephen Frears (Les liaisons dangereuses, Tamara Drewe) et surtout la performance de Judi Dench, exceptionnelle dans le rôle de cette mère irlandaise qui s’élève, sans colère mais avec une force, un bon sens et un espoir inaltérables, contre le poids écrasant de la culpabilité catholique.

 

Et là, il faut s’arrêter un peu. Et saluer l’actrice. Adulée du "public mature" depuis le très bon Best Exotic Marigold Hotel (sorti chez nous sous le titre Indian Palace), et connue d’une plus large audience grâce au rôle de M dans les James Bond, l’actrice anglaise de 70 ans est devenue avec ce film aussi bancable que Jude Law ou Kate Winslet. Et pour cause. Parfaitement maîtresse de son art, "Dame Judi" parvient à transmettre avec une émotion rare et un humour à chaque instant palpable les accès d’espoir et de désespoir que peut traverser une mère orpheline de son enfant. Son âge ne faisant que décupler la force de son jeu, dont chaque note et chaque clignement de ses yeux bleus sonne au plus juste, au plus vrai, au plus proche. Face à elle, la sobriété de Coogan est la bienvenue, et la caméra de Frears vient recueillir l’émotion sans jamais la noyer, avec ce qu’il faut de pudeur et de retenue pour nous bouleverser complètement. Et nous offrir un mélo inattendu qui oscille sans cesse entre le rire et les larmes, au plus près du cœur. Bénéficiant d’un irrésistible bouche à oreille depuis sa sortie dans les salles en Angleterre comme aux Etats-Unis (où il est distribué par Harvey Weinstein, toujours bien placé dans la course aux Oscars), ce film outsider tient du petit miracle d’émotion. Courez.

PHILOMENA, réalisé par Stephen Frears. Avec Steve Coogan, Judi Dench – 98’.

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