Philippe Lambillon: « Le Bourlingueur a traumatisé mes enfants »

Ses Carnets sont un incontournable de l'été, belle audience à la clé. On l'a coincé entre deux voyages, histoire qu'il nous raconte l'envers du décor, et le paquet d'anecdotes qui va avec...

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Philippe Lambillon est intarissable. Des anecdotes de voyage, il en trimballe par centaines. Il a tout vécu. Attaqué par des buffles et la malaria, il a mangé des araignées, des blattes, des larves. Et à soixante ans, ça lui plaît toujours autant. "Je fais toutes mes cascades moi-même. Je le ressens un peu dans le dos. L'âge avançant, c'est moins facile. Mais j'adore: pour rien au monde je ne changerais de boulot." Tant mieux, parce que après 23 ans d'antenne, les audiences de ses Carnets du bourlingeur, sur La Une RTBF, tournent toujours autour des 200.000 téléspectateurs. Un score plus qu'honorable, qui ne devrait pas le pousser de sitôt à s'arrêter…

D'où vous vient cette appétence pour les voyages?
Philippe Lambillon – Ça a commencé assez jeune, vers 16 ans. Pendant les vacances, j'avais déjà pour habitude de voyager. Je faisais du stop et je traversais l'Europe, seul. Et puis j'ai commencé à descendre vers le Maghreb, l'Afrique. Mais je ne travaillais jamais sur place, je préparais mon pactole à l'avance, je ne voulais pas voler le job des autochtones. Donc j'allais jusqu'au dernier franc, puis je remontais, toujours en stop. Ça signifiait la fin des vacances: ces longs voyages en voiture, c'était l'occasion de rencontrer des gens. Et c'est ce qui me plaisait particulièrement. Le hasard a toujours été de bonne compagnie.

Vous êtes déjà parti au Club Med?
Ah non, non, non! Je suis anti-club de toutes sortes. On me demande souvent si j'ai été scout, mais non, j'ai toujours été très individualiste. Je déteste devoir partager mon bout de plage ou venir coller ma serviette aux repas des autres, les activités organisées… Je comprends tout à fait que les gens qui manquent de temps aiment être sécurisés par un "all in". Mais personnellement, j'abhorre ce genre de vacances. Je suis aux antipodes de ça. Quand je pars en famille, je vais quelque part où je suis sûr de ne rencontrer personne que je connais. Je ne réserve jamais rien à l'avance, je prends un last minute, à l'aventure.

Votre famille partage votre passion du voyage?
Les carnets du bourlingueur a un peu traumatisé mes enfants quand ils étaient petits… Ils en ont beaucoup souffert. Ils avaient toujours peur que je ne revienne pas, ou pas entier, que je sois poursuivi par des lions. Des copines de ma fille se cachaient quand j'arrivais à l'école, elles disaient: "Ton père c'est Tarzan?", elles ne comprenaient pas comment je pouvais tenir mes enfants par la main alors que dans l'émission de la veille, je me l'étais fait couper. J'ai essayé d'expliquer que ce n'était que des trucages avec une fausse main et du faux sang, mais ça leur faisait peur. Ça les a clairement marqués.

Dans Les carnets, vous expliquez qu'on peut faire beaucoup de choses avec pratiquement rien. Dans la vie de tous les jours, vous n'êtes pas du tout matérialiste?
Ah non, j'ai toujours ma vieille voiture. Ça aussi, ça énerve mes enfants. Mais quand on apprend à se débrouiller dans des pays où on vit avec moins d'un euro par jour, il est difficile de revenir et de s'acheter plein de trucs. J'ai un téléphone bien sûr, mais l'ultra-consommation de nos pays me laisse pantois. Quand je reviens d'un tournage, j'ai d'ailleurs toujours besoin d'un temps d'adaptation, où je ne vois pas trop de monde.

Vous n'avez jamais pensé à tourner un épisode de type "un Indien dans la ville"?
Je laisse ça pour plus tard, on ne sait jamais! Peut-être qu'avec les années je vais m'assagir et essayer de trouver des lieux un peu plus bourgeois… Mais je ne crois pas, parce que pour moi, l'aventure ne peut se passer que dans des no man's land où la police, l'armée ne pénètrent pas. J'aime le domaine des marginaux, repérer des endroits extraordinaires.

Il y a toujours le risque de tomber dans le cliché… Vous y pensez?
Oui, bien sûr. J'ai peur de me répéter, alors j'invente des choses de plus en plus compliquées. Mais je vis toujours comme un gamin et c'est ça qui m'amuse, alors que j'ai plus de soixante balais. Mais si je tombe dans la caricature, les gens le sentiront et les audiences baisseront, je croise les doigts. J'arrêterai quand je sentirai que les gens en auront soupé du personnage.

En 23 ans d'émissions, quel est l'épisode qui vous a marqué au fer rouge?
J'ai tourné plus de 300 fictions, c'est un boulot énorme. Bizarrement, ce sont les émissions ultra-complexes à tourner qui me laissent le meilleur souvenir. J'ai vraiment une fascination pour l'Afrique, mais ça, tout le monde le sait (rire). J'adore arriver dans des villages, me mettre en dessous de l'arbre à palabres, boire de la bière de mil et puis commencer les transactions avec le chef du village. En fait, les plaisirs que j'ai réellement en tournage – et je sais que ce n'est pas gentil pour l'équipe -, c'est de me retrouver seul au bout du monde. Et là, peut m'importe le lieu, je rencontre des gens que je n'ai jamais vus et que je ne reverrai jamais. C'est ce nouveau départ qui me fascine, c'est le contact humain qui m'importe. Parce qu'au final, Les carnets, c'est toujours une suite de problèmes au quotidien.

[…]

Interview complète dans le Moustique du 24 juillet.

Les carnets du bourlingueur chaque mardi sur La Une 20H30

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