Philippe Gilbert: Le nouveau cannibale

Avec détermination mais sans se prendre la tête, il s'apprête à rejoindre Eddy Merckx au panthéon des cyclistes belges de légende. Un cool et sacré mec qui gagne à être connu.

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Le nouvau héros belge du sport, c'est lui. Quoi, vous ne le saviez pas? Le vélo, ça ne vous intéresse pas? Et encore moins ceux qui les chevauchent avec brio? Pourtant, Philippe Gilbert est un homme qui gagne sérieusement à être connu. Parce que c'est un sportif aux capacités physiques et mentales hors normes. Mais aussi parce que c'est un chouette type dont le palmarès a gonflé de façon inversement proportionnelle à l'ego. Un sourire sur selle qui se la joue à l'ancienne, ce qui le rapproche immanquablement d'une de nos icônes favorites: Eddy "le Cannibale" Merckx. Alors que Gilbert s'apprête à parfaire son parcours en or lors de compètes de renom – à commencer par les championnats du monde en ligne ce dimanche à Copenhague -, voici le tour du bonhomme en quelques questions clés.

Qu’a-t-il de plus que les autres?

Talent, appétit d’ogre, rage de vaincre et passion pour son métier, endurance et grandes facultés de récupération: peu de coureurs réunissent toutes ces qualités. "Je ne supporterais jamais de n’être qu’un simple numéro", dit-il souvent. Son ex-coéquipier Christophe Detilloux confirme que le travail est sa religion: "C’est un grand professionnel qui s’entraîne comme j’ai rarement vu. S’il neige l’hiver, ses coéquipiers se reposent. Lui, va pédaler, nager ou courir dans les bois. Il faut absolument qu’il bouge. C’est ancré en lui". Sans parler de la méthode Gilbert décrite par Dirk Dewolf, son directeur sportif: "L’ordinateur, ce n’est pas trop son truc. Il préfère bosser à l’instinct, avec de vieilles méthodes".

En quoi est-il comparable à Eddy Merckx?

Pour son tempérament offensif, son professionnalisme, son hygiène de vie, sa manière de cibler ses objectifs et sa capacité à résister à la pression. Mais dans le monde cycliste d'aujourd'hui, plus aucun coureur ne peut espérer gagner une course sur trois et obtenir un palmarès à la Merckx. Ceci dit, vu sa domination en 2011, Philippe Gilbert mérite le qualificatif de Cannibale des temps modernes. Il faut remonter dans les années 80 (Sean Kelly) ou 90 (Laurent Jalabert) pour se souvenir d’un tel règne.

Pourquoi est-il aimé?

Justine Henin et Kim Clijsters en savent quelque chose, être numéro un mondial dans sa discipline, ça fédère dans un pays qui en a rudement besoin. Parfait bilingue, Gilbert est adulé tant au nord qu’au sud du pays. Boute-en-train avec ses équipiers, disponible pour la presse et pour le public, ce diplômé en horticulture a gardé un équilibre et une simplicité rares pour un tel champion. Le bling-bling, très peu pour lui. Même s'il est aujourd’hui un citoyen de Monaco, endroit optimal pour sa trentaine heures d’entraînement hebdomadaire…

Pourquoi brille-t-il maintenant?

2011 coïncide avec ses 29 ans, soit l’âge de la maturité physique, auquel en général se révèle un grand coureur. Repéré en 2003, le citoyen de Remouchamps a gravi les échelons de manière progressive, sans brûler les étapes. Son évolution est parfaitement linéaire. Un gros déclic s’est produit en 2008, lorsqu’il a gagné son premier monument, Paris-Tours. 2009 (Paris-Tours encore et Tour de Lombardie) et 2010 (Amstel Gold Race et Tour de Lombardie) ont confirmé son éclosion.

À quoi roule-t-il?

Forcément, une telle domination dans un sport terni par d'innombrables affaires de dopage, cela crée des suspicions. "Par expérience, je doute de tous les coureurs. Mais j’aimerais croire avec Gilbert que c’est possible,a déclaréJean-Pierre Mondenard, éminent spécialiste du dopage. Il a des qualités de puissance et d’explosivité haut de gamme et connaît une progression qui n’a rien de surnaturel." Rappelons que le coureur brille avant tout sur les courses d’un jour. Il n’a pas, comme certains, gagné plusieurs Tours de France consécutifs haut la main… Issu d’une famille de cyclistes, naturellement doué et dominateur, Philippe Gilbert grimpait déjà la célèbre Côte de la Redoute à 9 ans. Donc, tout porte à croire qu’il est clean. "Jamais je ne mettrai ma santé en péril pour le vélo. Et surtout pas avec des produits interdits, clame-t-il souvent. Moi, toutes mes victoires m’appartiennent."

Jusqu’où peut-il aller?

Ses prochaines cibles sont Milan-San Remo, Gand-Wevelgem et le Tour des Flandres. Ses deux victoires sur les pavés du Volk et ses talents d’acrobate ont prouvé que les pavés de Paris-Roubaix étaient aussi à sa portée, même s’il y a souvent renoncé pour éviter une chute. Et fait, il pourrait tout rafler: il fait partie de ces rares coureurs à pouvoir triompher dans toutes les classiques. Et les Grands Tours? Sans préparation spécifique, il a réussi à terminer 32e du Giro en 2004 et 38e du Tour de France cette année. Il répète souvent ne pas pouvoir y briller. Pourtant, il a les atoûts physiques et mentaux pour se hisser au top 10. Pour cela, il faudrait le convaincre de tout miser sur le mois de juillet et d'oublier les classiques printanières. Difficile, vu sa boulimie actuelle: il court de février à octobre. Reste son grand rêve, pas irréaliste, de décrocher le maillot arc-en-ciel au Mondial où il n’a jamais fait mieux qu’une 6e place (en 2009)…

A-t-il fait le bon choix pour l'avenir?

En 2012, il quittera Omega Pharma-Lotto pour BMC. Pour Cédric Vasseur, consultant de la RTBF, "il abandonne une équipe dévolue à sa cause pour une dream team, puisqu’il sera aux côtés de Cadel Evans et de Thor Hushovd. Avec trois leaders pareils, Philippe aura moins de pression mais il devra apprendre à partager. À cause de ça, il aura du mal à faire aussi bien qu’en 2011". Ce choix reste en tout cas sportif, car les 8 à 10 millions d’euros qu’il touchera par an, il aurait pu les gagner dans presque toutes les équipes. Lampre et Euskaltel sont les deux seuls teams à ne pas lui avoir fait de proposition! Mais chez BMC, le Belge pourra compter sur un encadrement inédit pour lui. Ainsi aura-t-il un directeur sportif spécialement à ses côtés à Monaco.

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