Philippe Geluck: « Ma seule angoisse, c’est de décevoir »

Il publie Le Chat passe à table, friandises acides de saison, il signe notre couverture de Noël et il est connu pour être célèbre. Mais qui se cache vraiment derrière l'homme qui dit ne rien respecter? Esquisse de réponse...

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Philippe Geluck ne respecte rien. Et le Chat, son double félin, encore moins. Bulldozer raffiné du politiquement correct et philosophe de comptoir, il n'a aucune pitié pour la contrefaçon de la pensée, ni pour la bêtise que l'on respire par ces temps de crise. Une intoxication dont ses dessins sont l'antidote. L'homme, qui dégaine plus vite que les cons ne pensent, très présent dans les médias, pas loin d'être considéré comme trésor national, est aussi un type normal qui n'en est pas à faire ses trente-huit heures semaine, mais presque…

Derrière le Geluck transgressif et volontairement dérangeant se cache en effet un monsieur tout ce qu'il y a de plus monsieur. Un père qui met un point d'honneur à défendre certaines valeurs familiales, et un ami peu avare d'affection, penchant qui le fait passer aux aveux: "Je suis un vrai émotif". Ex-papa poule et nouveau grand-père gâteau (il l'est deux fois et bientôt trois), le vrai Geluck (l'autre n'étant certainement pas faux), c'est certainement celui-là… Celui que l'on surprend à s'entretenir avec son fils, le chanteur Antoine Chance, à propos de son petit-fils Marcel, qu'il a accompagné le matin même à l'école après une nuit un peu mouvementée à cause du vent. "Il avait un petit coup de mou, il avait froid, il n'avait pas envie, dit l'horrible créateur du Chat. J'avais le cœur gros en le voyant partir avec son petit air triste." Et Marcel, deux ans et demi, n'a pas tort: aujourd'hui, la météo est à se flinguer. Le ciel est lourd et gras comme le son du glas, l'horizon est sombre comme dans un caveau et le vent n'arrête pas de fouetter ce qu'il reste de feuilles sur les arbres. Un jour rêvé pour le deuil national…   

Notre rencontre a lieu le jour des obsèques de la reine Fabiola. Une petite pensée peut-être?

Philippe Geluck – Je m'habille en noir depuis quelques années, en prévision. Je savais que ça pouvait arriver à tout moment. Mais non, je préfère ne rien dire…

Avez-vous déjà fantasmé vos funérailles?

P.G. – Fantasmer, non, mais j'y ai déjà pensé. Et c'est vrai, Sainte-Gudule, ça a de la gueule… Mais je ne sais pas si le chagrin, lors de ma disparition, sera de cette ampleur qui nécessite la cathédrale. Peut-être que la chapelle de Boondael suffira… (Rire.) Je sais que les artistes et les acteurs avaient le droit d'avoir leur cérémonie à Sainte-Gudule – et comme la Belgique n'a pas beaucoup de considération pour ses artistes de leur vivant, au moins leur octroyait-elle le droit de se faire enterrer en grande pompe. Alors, après ma mort, j'aimerais qu'on se réunisse entre amis pour passer un morceau d'éternité ensemble – au cimetière d'Ixelles, par exemple -, mais pour ça, il faudrait déplacer Marc Moulin. J'aimerais être dans un caveau d'amis, avec Jacques Mercier aussi, ça aurait du sens. Quant à mon épitaphe, elle s'adresserait à ceux qui viendraient me rendre visite, quelque chose comme "Vous ne pouvez pas imaginer comme je vous ai aimés". Un message du mort qui réconforte les vivants. Ce qui me plairait aussi c'est laisser un message sur ma boîte vocale: "Bonjour, vous êtes bien sur le portable de Philippe Geluck, malheureusement, je ne peux plus vous répondre, je viens de décéder, veuillez vous adresser à…". En revanche, il y a une chose que je ne veux pas, surtout pas: pas de chat sur ma tombe.  

La mort vous fait-elle peur?

P.G. – Pendant longtemps, oui, plus maintenant. C'est la disparition des autres qui me fait peur, la séparation. A la naissance de mes deux enfants (Antoine, 31 ans et Lila, 29 ans – NDLR), la peur de la mort s'est estompée. Ma vie a pris du sens quand celle des autres – celle de ceux que j'aime – est devenue plus importante que la mienne. Mais imaginez, le jour où on trouvera le médicament contre la mort… Déjà comme ça, quand on voit l'état des très vieux dans les maisons de repos… Deux fois plus vieux, ça va être épouvantable. Et ne parlons pas des retraites!

On a beaucoup entendu et vu votre fils cette année, le chanteur Antoine Chance. Quels mots utiliseriez-vous pour exprimer votre fierté vis-à-vis de lui? 

La suite de l'interview dans le Moustique du 24 décembre 2014.

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