Pensions: La Grande inquiétude

Que pensent les Belges de leur pension? S'en inquiètent-ils? Connaissent-ils son futur montant? Sera-t-elle suffisante à leurs yeux? Quel est l'âge idéal pour y accéder?

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L'allongement des carrières, c'est fait. Elles dureront dorénavant 40 ans (pour 35 auparavant). L'âge minimum de la pension anticipée aussi. Ce sera désormais 62 ans. Et c'est loin d'être fini. Le mois dernier, les ministres des Pensions et des Indépendants, Alexander De Croo et Sabine Laruelle, ont chargé une commission d'experts de préparer une deuxième vague de réforme des pensions. Au printemps 2014, ces mêmes spécialistes rendront les résultats de leurs cogitations. On ne sait quelles pistes concrètes seront proposées. Encore moins lesquelles seront réellement adoptées. Mais Alexander De Croo, que nous avons par ailleurs rencontré en marge du sondage dont vous découvrirez les résultats au cours des pages suivantes, ne se contentera pas, a-t-il prévenu, d'un "simple état des lieux". Ces mesures, quelles qu'elles soient, prendront effet durant la période 2020-2040, durant laquelle bon nombre d'entre vous partiront sans doute à la retraite. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner qu'il faudra sans doute travailler plus tard et plus longtemps. Ce qui ne devrait pas faire l'affaire de beaucoup d'entre vous.

L'enquête Moustique/Fintro que nous vous présentons cette semaine avait pour but de déceler le niveau d'information des Belges quant à leur pension. Et ce qu'ils avaient déjà entamé comme démarche pour garantir leurs vieux jours. Mais on ne peut s'empêcher de percevoir en filigrane des résultats à quel point le travail pèse à nos compatriotes. Dans l'ensemble, et en totale contradiction avec le discours ambiant favorable à l'augmentation de l'âge de la retraite et à l'allongement des carrières, les Belges estiment qu'ils devraient pouvoir décrocher plus tôt et prester moins d'années que le minimum requis aujourd'hui pour mériter une pension "complète". Réaliste? Sans doute pas.

Pour autant, les Belges ne sont certainement pas des doux rêveurs. Comme l'indique notre enquête, dans leur immense majorité, ceux qui exercent aujourd'hui une activité professionnelle pensent d'ores et déjà à préparer financièrement leurs vieux jours. Quel que soit le moyen (épargne-pension, assurance-pension, épargne personnelle, etc.), ils accumulent, dès leur plus jeune âge, de quoi compléter une pension légale qu'ils imaginent plutôt maigre.
C'est que, en attendant la quille, nos compatriotes sont plutôt pessimistes. Et inquiets. Quant aux montants qu'ils percevront réellement, quant au style de vie qu'ils pourront se permettre, quant à l'éventualité que les pensions légales soient réduites, voire n'existent même plus quand leurs enfants prendront partiront à leur tour à la retraite.

Autre fait remarquable, cette inquiétude transparaît des deux côtés de la frontière linguistique. Certes, des différences apparaissent parfois entre des Flamands globalement plus aisés et des francophones plus anxieux quant à leur avenir financier et celui de leur Région. Mais rien qui puisse infléchir ce constat en forme de paradoxe: aussi pressés soient-ils d'en finir avec la vie professionnelle, les futurs pensionnés n'ont pas nécessairement foi en l'avenir. Et encore moins en leur gouvernement, pourtant chargé du défi colossal posé par le vieillissement de la population: d'ici à 2060, le nombre des plus de 65 ans aura encore augmenté de moitié. Un Belge sur quatre sera alors retraité.

Sondage Moustique/Humo/Fintro
Réalisé auprès de 2050 répondants actifs professionnellement, de 25 à 60 ans, dans les trois régions du pays.

Thomas Mignon (st.) et Jean-Laurent Van Lint

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