Pearl Jam: « En Belgique, de nouvelles générations apprécient nos chansons »

Unique survivant de l'ère grunge, le groupe américain reste un modèle d'éthique rock. A Werchter ce vendredi.

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En vingt ans d’une carrière sans compromis, Pearl Jam a su inventer une nouvelle manière de concevoir le rock. Discrets, fuyant les médias autant que possible, les membres du groupe ont longtemps souffert d’un commentaire peu amène à leur sujet de la part de Kurt Cobain qui ne voyait en eux qu’un simple groupe de hard rock opportuniste. Au contraire, Pearl Jam n’a jamais ménagé sa peine pour garder une éthique issue du mouvement punk américain, pour s’engager politiquement ou encore pour refuser obstinément les lois du marketing rock.

Cette approche humble du métier passe notamment par des concerts à prix cassés, des albums live innombrables et une réelle modestie dans l’attitude. "Pearl Jam s’est toujours dressé pour défendre ce qui nous semblait juste", écrivaient-ils récemment sur leur compte Twitter. Unis, les musiciens ont souvent su prendre du champ. Eddie Vedder en partant en tournée solo (ce sera à la rentrée) ou avant cela en signant des chansons pour les films Dead Man Walking ou Into The Wild. Matt Cameron, lui, ex-batteur de Soundgarden qui avait rejoint Pearl Jam en 1998, se partage cet été entre les tournées des deux groupes. On l'a vu à la Boutique Rock en mai dernier avec Soundgarden. Il jouera ce vendredi à Werchter avec Pearl Jam.

Quant à Stone Gossard – qui, avec son collègue de Pearl Jam Mike McCready, a été classé dans le Top 20 des New Guitar Gods par le magazine Rolling Stone, il est le plus actif en ce printemps et rappelle qu’il est aussi membre des trop méconnus Brad depuis près de vingt ans. Après deux albums distribués par Sony au milieu des années 90, Brad avait un peu disparu du radar avec des disques sortis confidentiellement. Cette fois, le charmant "United We Stand" nous vaut une rencontre avec le guitariste. "J’avais besoin de sortir un peu de l’univers Pearl Jam,dit-il, et je pense que le moment était venu de prendre Brad plus sérieusement. Nous ne vendons pas beaucoup de disques, mais nous sommes fiers de ce que nous faisons. Jouer dans deux groupes aussi différents que Brad et Pearl Jam fait de moi l’homme le plus heureux du rock!"

L'année dernière, Pearl Jam fêtait le 20e anniversaire de la sortie de son premier album, "Ten". Il paraît que vous vous trouviez nuls à l'époque…
Stone Gossard – Je ne pense pas que nous étions géniaux. On avait beaucoup de pression. "Ten" aurait pu être plus réussi musicalement. Nos concerts soufflaient, eux aussi, le chaud et le froid. J’éprouve plus de plaisir depuis une dizaine d’années. Je me sens plus léger, plus heureux et moins dans le stress. Aujourd’hui, je veux être aussi bon que Led Zeppelin… Personne n’arrivera jamais à ça, donc c’est une pression supportable. (Rire.)

Est-ce difficile pour le guitariste de Pearl Jam d’être pris au sérieux avec votre autre groupe, Brad?
Je ne joue pas avec Brad pour être pris au sérieux mais pour être heureux. Brad, c’est l’histoire d’une amitié de plus de vingt ans. Les musiciens qui font partie de ce projet ont tous d'autres activités et prennent simplement du plaisir à se retrouver entre potes pour jouer. J’ai de l’admiration pour Regan Hagar depuis l’époque où il était dans le groupe Malfunktion dans les années 80. Comme j’en ai pour Shawn Smith qui possède une voix et un style uniques, au même titre qu'Eddie Vedder.

La chanson A Reason To Be In My Skin de Brad est, selon vous, votre meilleure imitation de The Edge. Qu'est-ce qui vous séduit chez le guitariste de U2?
Je ne sais pas si je sonne comme The Edge dans cette chanson, mais il reste une influence principale. Je considère The Edge comme le "maître de la soustraction". Il est le spécialiste de la simplicité, il n’en fait jamais trop, il a toujours l’accord juste au bon moment. Si les albums de U2 sont si bons, c’est grâce à lui.

Les musiciens de Pearl Jam ont accompagné Neil Young en 1996 durant la tournée Mirror Ball. Est-ce le meilleur moment de votre vie artistique?
Oui. Etre dans son environnement musical m’a permis de toucher à une profondeur inouïe dans l’expression musicale. Son approche naïve, quasi enfantine de la musique, sa compréhension de Jimi Hendrix et des mélodies, sa voix, ses solos, ses textes en font ce à quoi tout artiste aspire. Et, comme The Edge, c’est aussi un maître de la soustraction en musique. Il m’a fallu des années pour saisir ce que Neil Young exprime en trois accords. Simplifier de cette manière est un génie difficile à atteindre pour un musicien.

Pourquoi Pearl Jam est-il toujours au sommet aujourd'hui?
Nous avons dû attendre plusieurs années avant d'atteindre notre maturité. Ce n'est pas arrivé du jour au lendemain et pour un groupe c'est important. Aujourd'hui, j’ai encore parfois du mal à discerner ce qui est vraiment qualitatif chez Pearl Jam et ce que j’apprécie chez nous. Pearl Jam est un tel mélange, un tel fatras d’influences, que le résultat n’est jamais immédiat. C’est ce qui nous différencie de Nirvana par exemple. Nirvana était très ancré dans le blues et le chant était très direct. Et je pense que ce que notre chanteur Eddie Vedder offre est bien différent. Il est très attaché au texte et à la mélodie. Il est capable de chanter de tas de manières différentes, d'avoir une perspective masculine ou féminine. C’est ce qui en fait un chanteur interprète exceptionnel. Il ne prend jamais le chemin le plus simple et ce qu’il propose est souvent exigeant.

Eddie Vedder semble avoir toujours eu un réel problème avec le succès. Comment le vit-il de l'intérieur?
Peu de gens peuvent comprendre ça, car personne ne le vit comme lui au quotidien. La vie d'Eddie et sa façon de concevoir le succès sont peut-être plus complexes que la moyenne. Ça nous ramène sans doute au vieil adage qui conseille d’être prudent avec les choses que l’on souhaite car on risque de passer à côté de l’essentiel. Cela dit, je ne pense pas que quiconque au sein du groupe vive mal le succès et la notoriété. Nous avons mené un beau parcours, nous sortons encore des disques et nous venons jouer en Belgique où de nouvelles générations apprécient nos chansons. Je crois que notre angoisse existentielle est partie depuis longtemps. Ce n’est pas tant le succès qui nous pose problème, mais plutôt la célébrité.

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