Paul Ambach: « Un produit ne fait que passer, un artiste reste »

Le moins connu des jurés de Belgium's Got Talent est pourtant le mieux placé pour flairer les stars en puissance. Grâce à son parcours et ses convictions.

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A 64 ans, il s’attendait à tout sauf à un appel de Belgium’s Got Talent. Homme de défis, il a accepté les yeux fermés d’intégrer le jury de cette grosse débroussailleuse d’artistes. La majorité des téléspectateurs n’avaient jamais entendu son nom. Mais dans le monde du spectacle, le bonhomme aux lunettes rondes est une pointure.

C’est lui qui a fait venir en Belgique des machines de guerre nommées Michael Jackson, James Brown, Rolling Stones, Bruce Springsteen ou U2. Si, dans l’émission, son tempérament déstabilise parfois les candidats, c’est parce que le boogie boy ne connaît que trop bien la route escarpée qui mène au succès. Et que lorsqu’il s’agit d’écarter les mauvais élèves, son franc-parler détonne.

Peut-on dire que vous êtes tombé dans la musique quand vous étiez petit?
Paul Ambach – Oh oui! Mon grand-père allait déjà de fête en fête, dans les villages, pour jouer de la musique klezmer (tradition musicale juive ashkénaze – NDLR). Mon père était un passionné d’opéra. Pendant la guerre, en fuite vers la Suisse sous un faux nom pour éviter la déportation, le patron de l’opéra de Lyon l’a engagé et caché. La musique lui a sauvé la vie. Elle est le fil rouge de la famille Ambach.

Mais vous n’avez pas immédiatement choisi d’en vivre.
Non, car j’étais surtout doué pour les langues: j’en parle cinq. Donc, à l’université, j’ai étudié le russe, puis l’espagnol, etc. Pour être sincère, je voulais devenir journaliste télé. J’étais fasciné par Arsène Vaillant, René Thierry, Claude Delacroix et tous ces gens-là. Mais pendant mon temps libre, depuis l’âge de 12 ans, j’apprenais la guitare et le piano classique. Un jour, j’ai entendu John Lee Hooker et j’ai été complètement fasciné. Et quand j’ai découvert Ray Charles, un frisson intense m’a parcouru l’échine… J’ai compris que j’avais la "blue note" dans les mains et le corps. Je voulais être bluesman et rien d’autre.

Quand organisez-vous votre premier concert?
A l’université d’Anvers. J’ai appris que Bill Graham, le plus grand organisateur de concerts de l’époque, avait inventé le concept du "blues at university". Je l’ai imité, et ça a cartonné. Parmi tous les étudiants qui organisaient des fêtes à l’unif, j’étais le seul à ne pas perdre d’argent. Parce que j’avais déjà du flair et que j’étais doué pour attirer les foules…

Votre société, Make It Happen, n’existait pas encore…
Non. Il faut attendre ma rencontre avec James Brown, en 1972. Je décide de le faire venir en Belgique. Tout le monde me dit que ça ne marchera jamais, mais moi j’y crois. On discute, et il me comprend car je parle sa langue. Sa langue maternelle, mais aussi sa langue musicale, celle de la musique noire. A l’époque, il faut imaginer qu’on discute en tête-à-tête, sans promoteur ni intermédiaire. Je lui propose 10.000 dollars et il accepte. On a rempli Forest National! C’est ça qui a tout déclenché. J’ai alors créé, avec Michel Perl, notre boîte d’organisation de concerts…

Vous travaillez ensuite avec les plus grands: Joe Cocker, Genesis, Pink Floyd, U2, Supertramp…
Oui. Mais certaines rencontres vont être très déterminantes. On a fait venir les Rolling Stones en Belgique, puis une machine de guerre nommée Led Zeppelin. On a même réussi à faire venir l’artiste, à l’époque le plus cher du monde, alias Frank Sinatra. Avec lui, ça coûtait 5.000 FB (125 €) la place: énorme! Mais comme pour tous les autres, on a pris le risque et ça a marché. Attention: on a aussi bossé avec des plus petits artistes, hein.

Quelle a été votre plus belle rencontre?
Je dirais Bob Marley. Un type cool et talentueux. Et qui, dès son arrivée sur scène, envoûte complètement la salle. J’ai eu l’impression de rencontrer un dieu vivant… Un charisme et une aura incroyables!

Qui vous a déçu?
Oh… Disons que Lou Reed était parfois tellement camé que je devais le porter sur scène. Et les Sex Pistols, pour moi, avaient un côté malsain dans leur manière de vouloir détruire toutes les salles. Casser un endroit où d’autres doivent jouer le lendemain, c’est crétin et irrespectueux.

La manière de vendre des concerts a beaucoup changé…
Pas tellement. Ce qui a tout fait basculer, c’est l’arrivée de Clear Channel (ancien Live Nation – NDLR) en 2001. Avant cela, il y avait un côté artisanal et familial. Clear Channel a transformé tout ça en industrie, en englobant managers, promoteurs, organisateurs, sociétés de catering, parkings, bars et, bien sûr, espaces publicitaires. Ils ont tout racheté, avec le soutien des banques et des assurances en béton (ce que nous n’avions pas). Les artistes sont devenus des produits, qui n’ont plus le contrôle sur leur agenda, leurs shows, leurs envies ou le prix des tickets… Boum!

Du coup, le passionné de musique que vous êtes devient un businessman… C’est compatible?
Ne m’en parlez pas… C’est devenu un casse-tête freudien. Je ne sais plus qui je suis, mais je veux continuer ce métier tout en m’en éloignant doucement. Aujourd’hui, j’ai plus que jamais envie de vivre de ma passion première: le blues. Vous risquez donc d’entendre plus souvent mon nom d’artiste, Boogie Boy, avec lequel je tourne en hommage à ce génie de Ray Charles…

C’est aussi pour ça que vous avez accepté Belgium’s Got Talent?
Oui, bien sûr. Je touche à autre chose, mais sans quitter l’univers du spectacle. Et quoi qu’on en dise, c’est une belle émission. Un concours avec de l’émotion, de la belgitude, des paillettes et – j’allais oublier – un peu de talent.

[…]

L’interview complète dans le Moustique du 7 novembre

BELGIUM’S GOT TALENT
Lundi RTL-TVI 20h20

SPECIALE ROLLING STONES
Samedi 10 Bel RTL 18h30 – Paul Ambach et Serge Jonckers

Boogie Boy: My Tribute To Ray Charles. DVD sorti chez Belga.

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