Patrick Sébastien, c’est tout un programme

A tout juste 60 ans, le trublion du PAF fête ses quarante ans de carrière. On fait tourner les serviettes. Et sa boule à facettes.

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Cœur de petit bonhomme en mousse

Né à Brive-la-Gaillarde en 1953, pas loin de Bordeaux, là où il fait bon vivre et où le vin coule à flots, le petit Patrick Sébastien s'appelle encore Patrick Boutot. Très vite il s'imaginera une vie sous les projecteurs. Seule sa mère célibataire s'assure qu'il ne fasse pas trop de conneries, son père, il ne le connaît pas ou presque. Et pour cause: c'est un prêtre qui officie en Corse. Séducteur dans l'âme, à seulement 14 ans Patrick court déjà les jupons et les balles de rugby. Trois ans plus tard, il endosse lui-même la casquette de paternel avec la naissance de son fils Sébastien alors qu'il est encore mineur. Pourtant, ses rêves de paillettes ne s'évanouissent pas… Mieux, il échange son nom de famille avec le prénom de son enfant pour devenir l'homme qu'on connaît tous: Patrick Sébastien. Monté à la capitale, ce roi de la fiesta fait le tour des cabarets et monnaie quelques pitreries contre deux francs six sous jusqu'au jour où un certain Guy Lux l'invite sur son plateau. Le cirque est lancé.

Chaussons de caméléon

"La télé, c'est un accident. Pourtant plein de gosses ne me connaissent que par ce biais-là. Moi, mon vrai métier, c'est imitateur. Showman quoi." Comme il l'explique, Patrick Sébastien ne s'amuse vraiment que lorsqu'il singe d'autres personnages. Et si la télé n'était pas prévue dans son planning d'envie, c'est pourtant elle qui le pousse à se réinventer dans Carnaval ou Sébastien c'est fou. Mais surtout, il aime se glisser dans la peau d'anonymes. Ce qu'il fera sur le plateau de plusieurs émissions de TF1 comme Tournez manège,Stars 90,La roue de la fortune, mais aussi Une famille en or. Déguisé et grotesque, personne ne le repère. Tous les animateurs de l'époque, comme le père Drucker, se font piéger pour le plus grand bonheur de ce caméléon qui diffuse les séquences bidon dans son émission Le grand bluff en 1992. Les audiences explosent et atteignent le score record de 18 millions de téléspectateurs: le public adore. En parallèle de sa carrière d'animateur, Patrick Sébastien ne lâche pas ses déguisements et se grime dès qu'il en a l'occasion.

Esprit popu

Souvent raillé par le Paris snob parce que trop potache, l'humour de Patrick Sébastien mélange les genres. Populaire et souvent vulgaire, l'animateur affirme qu'il veut juste faire plaisir aux gens sans se prendre la tête à coups de blagues faciles. Il ose, tout simplement. Il a une cause: le sort des gens d’en bas. Son leitmotiv. Son côté franchouillard plaît au public qui le lui rend bien, scotché à ses émissions comme l'incontournable Le plus grand cabaret du monde sur France 2 qui rameute près de 4 millions de téléspectateurs le samedi. La télé de service public, consciente de cette force de frappe, couve son poulain à grand renfort de billets doux et un salaire de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Un côté "gras de jambon" très apprécié par Cyril Hanouna, qui le fait redécouvrir aux plus jeunes.

Mieux, cette facette populaire explose dans des chansons parfaitement taillées pour faire griller des côtelettes en famille au temps des barbecues ou du camping. Comme Les sardines, Il fait chaud, On est des dingues ou Tourner les serviettes. "Les journalistes disent que j'écris des textes débiles. Mais c'est pas plus débile que ce que j'entends autour et puis le message, il est toujours le même: c'est profiter de la vie."

Sourire incorrect 

S'il affirme n'être "ni de droite, ni de gauche", Patrick Sébastien a longtemps flirté avec le monde de la politique. Souvent pour faire marrer, parfois pour faire réfléchir. Il est l'un des premiers à pousser les politiques à quitter leurs mines austères et leurs discours sérieux. On l'a vu avec Jack Lang, l'ex-ministre de la Culture, à qui il a fait jouer un sketch de Guy Bedos avec Miou-Miou, mais aussi avec Jacques Chirac qui accepte pour l'occasion de se faire interviewer par Tatayet. Mieux, l'animateur-producteur pousse encore plus loin son goût du rire en 1995 et lance la candidature de Marlène Mourreau, ex-animatrice d'émissions de charme, aux présidentielles. Investie dans le très sexy Parti de la liberté et de l'amour, la plantureuse propose l'introduction d'une journée de l'amour, mais soutient, déjà!, le mariage pour tous. Une candidature-gag qui fait du bruit dans l'assemblée. En 2010, le trublion de l'écran remet le couvert et fonde le mouvement politique D.A.R.D. (Droit au respect et à la dignité). "Le but est de remettre l'être humain au centre des décisions politiques. Le D.A.R.D., ce n'est pas la lutte des classes. Ce n'est pas "salauds de riches" ou "donnez de l'argent aux pauvres". C'est une considération plus générale: il y a beaucoup de gens qui pensent qu'on agit sans leur demander leur avis, qu'ils n'existent pas."  Malheureusement, moqué par le trio bobo Télérama-Inrocks-Libération et une déferlante d'internautes haineux, ce "parti" se dissout seulement trois mois plus tard. Un coup dans l'eau.

Œil de professionnel

Ses contorsionnistes qui se déboîtent sous des milliers de lampions, ses danseurs étoiles qui planent, ses dresseurs de fauves virtuoses… Tout ce  petit monde de cirque qui se dévoile chaque samedi dans Le plus grand cabaret du monde, Patrick Sébastien ne le doit qu'à lui-même. "Toute l'émission est fabriquée autour de moi, ces numéros, c'est moi qui les choisis, c'est moi qui mets en scène." Et 'y a pas à dire, les gens adorent. Pourtant, le succès de cette émission est un mystère, un tour de force qu'il n'aurait sans doute pas réalisé s'il n'était pas lui-même le propre producteur de son émission. C'est d'ailleurs pour garder sa liberté et proposer des contenus qui ne seraient pas acceptés ailleurs que l'animateur a fondé sa propre société de production en 1993: Magic TV. Depuis, la petite boîte qu'il gère produit la plupart de ses émissions et lui offre un très joli pactole à la fin de l'année. Totalement indépendant, le bonhomme s'avoue perfectionniste et surveille tout ce qui bouge. Pour être clair et malgré les rumeurs, jamais il ne vendra ce précieux trésor.

Tripes d'auteur

Là où Patrick Sébastien étonne, c'est dans ses écrits. Lui qui se tape sur la cuisse et hurle de rire quand résonne le mot "pet", se montre délicat et sensible en privé. Il le prouve avec Tu m'appelles en arrivant? dédié à sa mère, où il conte les deux mois qui ont précédé sa mort. Il y est aussi question de la relation avec ses enfants, et surtout de la mort tragique de son fils dans un accident de moto en 1990. De sa vie sexuelle hot, de ses histoires d'amour, comme de sa femme Nana. L'homme – qui avait déjà sorti Putain d'audience en 2006, puis La cellule de Zarkane en 2007 paru sous le pseudo Joseph Lubsky (personnage de romancier qu'il s'est amusé à jouer) – joue avec les mots avec grâce et étonne le grand public. Style vif, précis, Patrick Sébastien fait un pied de nez aux médias un poil hautains qui l'avaient jusqu'alors négligé. Il s'offre encore une publication souvenir pour célébrer ses quarante ans de carrière avec Même que ça s'peut pas! "Des nouvelles, des pièces, des scénarios, j'en écris tout le temps! Dont certaines que je porte sur scène parfois, comme Monsieur Max et la rumeur", devenu un récent téléfilm.Une jolie revanche sur sa carrière au cinéma, avortée dans l'œuf avec T'aime sorti en 1999 etdescendu par les critiques pour cause de "mièvrerie".

 

MEME QUE ÇA S'PEUT PAS!, éditions XO.

Parution le 6 novembre.

 

ZE FIESTA 40 ANS APRES

FRANCE 2 VENDREDI 14 20H30

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