Pascale Ferran déroute avec Bird people

Drôle d’oiseau. Après le très bel "Amant de Lady Chatterley", Pascale Ferran se lance dans un très étrange film fantastico-réaliste tourné dans un hôtel d’aéroport.

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Audrey (virevoltante Anaïs Demoustier), la vingtaine, est femme de chambre dans un grand hôtel de l’aéroport de Roissy Charles De Gaulle pour payer des études qu’elle a pourtant laissé tomber. Chaque jour, dans son petit uniforme blanc et noir qui rappelle La fille seule de Benoît Jacquot (avec Virginie Ledoyen), elle fait place nette dans cet hôtel où ne circulent que des gens en transit existentiel. Comme elle. Et comme cet Américain Gary (Josh Charles, charmant), qu’elle finira par croiser dans ce Pretty Woman détourné. Lui, en pleine crise personnelle et en partance pour Dubaï, et qui décide de tout larguer – femme et boulot – au moyen de coups de fils (à ses avocats de San Fransisco) et de Skype (à sa femme –  peu crédible scène de rupture avec Radha Mitchell, où la question des enfants arrive après celle des factures et de la voiture).

 

Voltigeant au-dessus de ces paramètres très terre à terre, Pascale Ferran s’autorise soudain un twist fantastique plus que merveilleux qu’on ne révèlera pas, et bascule soudain dans l’expérimental plus ou moins bien senti. On assiste alors à des scènes étranges (vues aériennes des pistes atterrissage sur le tube de Bowie Ground control to Major Tom, voix off tardive et elliptique d’un Mathieu Amalric fatigué, peintre aquarelliste japonais peignant un moineau qui mange des chipsters, Roshdy Zem portier de nuit dormant seul dans une voiture, femme d’âge mûr murmurant des trucs salaces à son amant au téléphone), qui certes impriment la rétine mais peinent à toucher leur cible. C’est à dire montrer, sans ridicule, la solitude des êtres anonymes que nous sommes tous quand nous traversons les aéroports. Censé dénoncer l’anonymat de ces grands hubs de connexion mondialisées que sont les aéroports (avec leurs affiches mensongères style « un monde d’opportunités s’offre à vous »), le film décolle un peu, médite sur les deux sens du mot « personne » (quelqu’un et puis rien du tout), mais ne nous emporte pas au vol.

Bande-annonce Bird People :

 

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