Parole d’asexuel: « Je n’aime pas le sexe, c’est tout. »

Faire l'amour les laisse froids. Ils réfutent être malades ou traumatisés. Ils revendiquent juste le droit de s'en foutre.

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Ils n'éprouvent pas de désir sexuel pour quelqu'un d'autre, c'est leur point commun. Mais, dans leurs (non-) pratiques, les asexuels forment une galaxie hétéroclite. Certains se masturbent, d'autres connaissent la jouissance à l'éjaculation, certains ont des fantasmes, mais tous parlent d'"effet mécanique", non relié à une pulsion pour l'autre. Régis (prénom d'emprunt), 25 ans, confie par exemple avoir déjà simulé le désir, par amour.

"Aussi loin que remontent mes souvenirs, je ne me rappelle pas avoir déjà eu du désir sexuel pour quelqu'un." Par curiosité, il entame cependant ses premières relations vers 19 ans. "Sans jamais aller jusqu'à faire l'amour", précise-t-il. Jusqu'à ce qu'il rencontre une fille avec laquelle il restera en couple un an. "Ma copine était très branchée sexe. Moi, je n'avais aucune attirance. Nous avons quand même fait l'amour, mais c'était uniquement pour lui faire plaisir. Elle était très en demande et me reprochait de ne jamais aller vers elle. Alors, j'ai fait semblant d'en avoir envie et nous avions des rapports très réguliers. Trop, à mon goût. Quand elle me faisait des reproches sur mon manque d'envie, je me sentais anormal. Mais je refusais de l'admettre."

Cette situation de "déni" a duré jusqu'il y a presque un an. Le jeune homme tombe sur une émission de télé qui évoque l'asexualité et parle du site de l'Aven. C'est le soulagement. "Enfin, je me rendais compte que je n'étais pas anormal, que j'avais une identité: j'étais asexuel, comme d'autres sont hétérosexuels ou homosexuels." Pour Régis, l'asexualité n'est pas quelque chose qu'on choisit. On est comme ça, c'est tout. "Pour moi, l'asexualité n'est pas une maladie physique ou psychologique. Je n'aime pas le sexe, voilà tout."

La communauté asexuelle rappelle régulièrement que cette "non-orientation" existerait aussi dans le règne animal. Chez les béliers, elle atteindrait 2 à 3 %, et chez les rats, elle irait jusqu'à 12 %. N'empêche, ces gens sains, et pas moins attirants que d'autres, que le sexe laisse froids, intriguent. Sont-ils frigides? Ont-ils été traumatisés? Dans le manuel des désordres mentaux, véritable bible des psychiatres, un "désir sexuel hypoactif" est considéré comme une pathologie. "On présente l'asexualité comme un problème, une maladie psychiatrique ou un trouble de la personnalité, s'insurge Florian, Bruxellois asexuel de 23 ans. Mais il n'y a pas d'un côté les sexuels et de l'autre les asexuels. Ni les homos et les hétéros. La sexualité fait partie de la personnalité, il y a de nombreuses variantes selon les individus."

Quant aux médecins et sexologues, leurs avis varient. "Certains avancent l'hypothèse d'une connexion qui ne se ferait pas au niveau du cerveau, empêchant d'associer un stimulus sexuel à la sensation de plaisir, explique Iv Psalti, professeur de sexologie clinique à l'ULB. Mais rien n'a été prouvé. Les situations sont très variées et les parcours tous différents. Il est en tout cas positif de les voir briser un tabou."

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