Pari improbable, la cage aux folles en direct

Reprenez un triomphe théâtral des années 70'. Dépoussiérez le texte vieux de 37 ans et qui aborde le thème,délicat de l'homosexualité. Puis choisissez deux comédiens, Christian Clavier et Didier Bourdon, plus tout à fait dans le coup mais suffisamment populaires, pour succéder à Serrault et Poiret.

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Reprenez d’abord un triomphe théâtral des années septante, joué deux mille fois devant un million de spectateurs pendant cinq ans (!), adapté avec autant de succès au cinéma et même nommé trois fois aux Oscars. Dépoussiérez ensuite le texte, vieux de trente-sept ans et qui aborde le thème, délicat à l’époque, de l’homosexualité. Puis choisissez deux comédiens, Christian Clavier et Didier Bourdon, plus tout à fait dans le coup mais suffisamment populaires, pour succéder à deux monstres sacrés, Michel Serrault et Jean Poiret. Emballez enfin le tout avec un million d’euros de budget, – le triple d’une pièce classique -, à grands coups de buzz médiatiques (TF1 de préférence), et vous obtiendrez, sans difficulté, un succès populaire moderne.

Ce n’est pas Jean-Claude Camus, initiateur de la chose et ami mégalo de Johnny Hallyday (pour qui il organisait des spectacles) qui prétendra le contraire. Avant même la première représentation en septembre 2009, le Théâtre de la Porte Saint-Martin enregistrait un mois de locations à guichets fermés!

Pour les moins de cinquante ans n’ayant jamais vu la pièce, pour les moins de vingt n’ayant jamais vu le film, rappelons l’argumentaire: Renato et Zaza sont propriétaires de La Cage aux Folles, cabaret de danseurs travestis. Hormis quelques scènes de ménage, tout se passe à merveille dans ce monde nocturne. Un jour, Renato reçoit la visite de son fils Laurent venu lui annoncer son mariage. Problème: les parents de la fiancée, ultraconservateurs, sont à mille lieues d’imaginer la réelle activité des futurs « beaux-parents » de leur fille. Ils les croient attaché d’ambassade et mère au foyer! Il s’agira d’urgence de sauver les apparences, en inventant une situation plus « normale ». D’où gaffes et quiproquos à souhait.

Joué cette fois devant 300.000 personnes (pour 300 représentations), la pièce bouclera donc sa tournée ce soir en direct, face aux caméras de TF1 et à un Nikos Aliagas qu’on devine déjà surexcité en coulisses. Si l’intention de la télé privée de diffuser de grands spectacles en direct est louable, on ne saluera pas forcément le choix de ce soir. Costumes et décors clinquants ne suffisent pas à camoufler ce qui ressemble à une pantalonnade, reposant sur un duo préfabriqué et sans vraie complicité. On aura sans doute du mal à rire de ce texte aujourd’hui saupoudré de Loft Story et de Madonna! De son paradis, Jean Poiret, l’auteur, risque bien d’en casser sa biscotte. – David Hainaut

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