Pad’R: nous vivons le 11 septembre des dessinateur de presse

Le dessinateur de Sud Presse mais aussi de la Tribune sur la RTBF est particulièrement touché par les événements même s'il n'est pas, par ses dessins très peu politiques, sur la même ligne de front.

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Comment réagissez-vous par rapport à la nouvelle ?

Je ne vais pas vous cacher que je le vis très mal. J’ai même pris un calmant. C’est un truc de dingue. Je lisais justement l’interview de Cabu dans le Moustique ce matin et puis j’apprends pour l’attentat sur Twitter… Ca m’a coupé les jambes.

La mort de ces dessinateurs représente quelque chose de personnel pour vous ?

Wolinski, il représente quelque chose pour moi notamment via sa carrière cinématographique. La disparition de Cabu est un vrai drame pour moi. Pas qu’il soit plus important que les autres bien sûr mais c’était un peu le Geluck français. Cabu avec Dorothée dans Récré A2, Geluck avec Lollipop, ces deux hommes font des choses merveilleuses pour les enfants comme pour les adultes. C’est fou. Je l’ai encore cité comme inspiration dans une interview il y a une semaine.

Et en tant que caricaturiste?

Je n’ai pas tellement de lien direct avec les événements car mon travail touche plus au football et reste donc bien moins politisé. Mais c’est sûr que tous les dessinateurs de presse doivent tous se sentir un peu visés et touchés par cet événement.

Faites-vous attention vous même à ne pas franchir certaines lignes ?

Déjà ma femme est derrière moi. Elle me dit de penser à elle, à la famille… (pause)… Ces paroles prennent une dimension toute particulière aujourd’hui.

Vous avez vous même déjà été menacé ou inquiété à cause de vos dessins ?

Cet été, sur le plateau de Viva Brasil (RTBF) durant la coupe du monde, j’ai dessiné un dessin montrant les membres de l’équipe colombienne « sniffer » la fameuse poudre blanche destinée à tracer des lignes sur le terrain. Dès la publication, via les réseaux sociaux, les insultes ont commencé à voler mais j’ai aussi reçu plusieurs menaces de mort dont trois ont été prises au sérieux par la police après ma plainte.

Vous avez donc un vécu qui se rapproche un peu de certains journalistes de Charlie Hebdo ?

(il coupe). Non, non, il faut garder le sens des proportions ! Ce n’est pas comparable, c’est bien plus grave ici. Mais je dois bien avouer que j’ai vécu une période très difficile au niveau personnel. Je suis devenu parano pendant plusieurs mois. Ca m’a d’ailleurs bien calmé et quitte à passer pour un froussard, je n’y vais plus aussi franchement depuis.

Quelque part, l’attentat me donne le sentiment de rouvrir des plaies à peine refermées.

Pensez-vous que les caricaturistes vont réagir ?

Evidemment. Il faut faire le deuil mais nous ne pouvons pas courber l’échine, rester gueule en terre. Franchement pour moi, c’est un peu comme le 11 septembre des dessinateurs de presse. Il y aura un avant et un après. Je suis sûr que nous allons tous réagir avec force. Mais je souhaite vraiment que nous le fassions intelligemment et que nous évitions la provocation. Mais je suis sûr que ce sera le cas. Nous sommes assez malins.

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