A Ottignies-LLN avec Jean-Luc Roland (Ecolo)

Comment un candidat bourgmestre vit-il ses derniers jours de campagne? On en a suivi quatre à la culotte. 

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1er bourgmestre Ecolo d’une grande commune de Belgique, en poste depuis 12 ans, ce physicien tentera de remporter pour la 3e fois de suite l’écharpe mayorale. Mais les libéraux sont là, en embuscade…

"A la gare d’Ottignies-Louvain-la-Neuve il faut faire jouer l’intermodalité". A quelques jours du scrutin communal, ce dernier mot, "intermodalité" fait froncer les sourcils des quelques électeurs potentiels qui sont venus écouter Jean-Luc Roland dans l’arrière-salle du bistrot La Clef de Sol à Ottignies. Les couches récentes de peinture ne parviennent pas à masquer les 30 ans de tabagie du bistrot. Des instruments décorent les murs, on croirait les naufragés d’une fanfare. Une vingtaine de personnes participent, ce soir, à cette rencontre citoyenne. Mais à y regarder de plus près, deux tiers sont des militants Ecolo ou des colistiers du bourgmestre – on les reconnaît parce qu’ils ne froncent pas les sourcils aux mots "assertivité" ou "intermodalité", justement. Jean-Luc Roland est quelqu’un de sympathique, d’ouvert et, à l’évidence, c’est un intellectuel. Si le teint de certains de ses collègues atteste une convivialité très brassicole, l’allure générale de Jean-Luc Bertrand évoque plutôt celle d’un étudiant quinquagénaire: sourire doux, silhouette mince, chemise et veston dépareillés, pour peu on l’imaginerait porter une paire de Kickers et un duffel-coat. Bref, il tranche. Peut-être énervé par le vocabulaire employé, un client accoudé au bar manifeste pâteusement son intention de "se faire" le bourgmestre… Celui-ci en a vu d’autres et ignore l’invective.

Maîtriser le chat!

C’est au journal Le Soir qu’on retrouve le lendemain Jean-Luc Roland. Il est opposé, lors d’un "chat" organisé par le grand quotidien, à son adversaire principal: Jacques Otlet, un libéral très populaire à Ottignies-Louvain-la-Neuve. Celui-ci qualifie son adversaire de "brillant mais détaché des préoccupations quotidiennes". Les échanges sont courtois. Et appréciés des internautes: ils seront des milliers à se connecter au chat, au grand dam du journaliste qui ne connaissait pas les deux hommes. Qui, après le débat, discutent de ce nouveau média Internet qui fait son apparition pour la 1re fois dans une élection communale: le "chat". Jean-Luc Roland ne dissimule pas sa surprise lorsqu’il apprend que son intervention a été filmée, que les internautes ont pu le voir en direct, et pourront le voir autant de fois qu’ils le veulent en consultant le site du Soir. "Mais j’ai été nul" répète-t-il. Son adversaire, sportivement, tente de le réconforter. Le bourgmestre remercie et quitte la compagnie: fidèle à ses convictions, il voyage en train et les trains ont des horaires… Au contraire du bourgmestre qui confie, le soir même, à Louvain-la-Neuve: "Même en ce moment, je tiens à remplir pleinement mes fonctions, donc je fais campagne le soir ou les week-ends". Un peu fatigué, il semble revigoré par l’assemblée: des universitaires comme lui, certains sont des camarades de fac. On lui explique alors qu’au bistrot de la veille, une expression comme "Des étapes architecturales dans un même moule urbanistique" n’aurait pas vraiment rencontré le succès qu’elle a eu ici. Même si, au fond, le bilan du bourgmestre n’est pas sans éclat. C’est presque gêné que Jean-Luc Roland rappellera que selon une étude universitaire, Ottignies-Louvain-la-Neuve fait partie du Top 5 des communes les mieux gérées de Wallonie ou qu’elle est la seule commune du Brabant wallon à avoir obtenu les trois fleurs du label "Villes et villages fleuris". Une modestie qui force le respect mais qui frise parfois l’inaudibilité voire l’invisibilité.

Il faut tout essayer

De fait, le lendemain soir, dans les locaux investis par le MOC, le Mouvement ouvrier chrétien, c’est à peine si on remarque Jean-Luc Roland lorsqu’il fait son entrée. Un homme politique au milieu d’autres hommes politiques, ça ne se remarque pas vraiment. Dans une ambiance surréaliste, entre hommes politiques et militants de tous les bords, on évoque le climat "tendu" de cette campagne, Anvers et le succès de la N-VA qui fait peur, et un changement dans les comportements des électeurs qu’on ne sait plus très bien comment toucher. Jean-Luc Roland ira sur un marché, c’est promis, "puisqu’on ne sait pas très bien comment convaincre, il faut tout essayer". Une chose est certaine, pour le débat télévisé du lendemain, il ne faudra pas rameuter le public: les téléspectateurs sont là. Le bourgmestre d’Ottignies-Louvain-la-Neuve est assez dubitatif sur la nouvelle formule proposée par la RTBF: faire débattre des candidats n’appartenant pas aux mêmes communes. "On verra bien ce que ça donnera" commente-t-il, un brin fataliste.

De fait, le lendemain, à quelques dizaines de minutes du débat, l’ambiance qui règne dans les coulisses de la RTBF ressemble fort à celle d’un couloir de faculté lors d’un examen oral, les petits-fours en moins, Maxime Prévot, Freddy Thielemans, Christine Defraigne, Jean-Luc Roland et d’autres. Dans le studio, douze écrans plats relaient les images devant un public largement dominé par les conseillers en communication. On peut d’ailleurs identifier leur affiliation politique: ils sourient imperceptiblement lorsque leur champion a la parole. Celui d’Ecolo viendra féliciter son champion: "Un début assez embrouillé, mais pour le reste des interventions: parfait, Jean-Luc"! Puis vient vers nous: "Alors, qu’est-ce que vous en pensez?" Ce qu’on en pense? C’est innovant, c’est frais et ça fonctionne. Enfin, c’est notre avis. Mais, à vous de voir. Et à vous de voter…

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