Osez Sucker Punch

Des guerrières en guêpière, de la fight, des images de tarés. O.K., ce blockbuster ne plaira pas aux Cahiers du cinéma. Mais qu'il est jouissif!

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Quelle douleur peut tolérer une jeune femme? Et, plus important, où se réfugie-t-elle lorsqu'elle ne supporte plus l'existence? Zach Snyder (à qui l'on doit 300 et The Watchmen) a son petit avis sur la question: "Elle se réfugie dans un monde parallèle plus dangereux que la vraie vie. Mais où elle va pouvoir entrer dans l'action, combattre, cesser d'être une victime pour devenir la femme qu'elle doit être."

Si Los Angeles est actuellement touchée par des pluies diluviennes et le nuage radioactif japonais, c'est un tout autre sujet qui affole Hollywood: cinq jeunes gonzesses en tenues affriolantes (croisement entre les Pussycat Dolls et les Forces G) qui dézinguent à tout-va dans un film baptisé Sucker Punch. Et même si le scénario est aussi fin que la ficelle d'un string, le film réussit son coup: mettre de côté l'histoire pour ne privilégier que les formes. Et créer un vrai phénomène ciné.

Ainsi, les déclarations lénifiantes récitées par une partie des comédiennes à l’affiche (du genre "Sucker Punch se veut un plaidoyer contre l’exploitation des femmes puisque, cette fois, ce sont elles qui mènent les hommes à la baguette") ne doivent abuser personne. En fait, cet ovni pousse encore un peu plus loin la logique initiée par son réalisateur Zack Snyder avec 300 ou Watchmen: transformer un long métrage en une suite de clips vidéo nerveux, stylisés à l’extrême et dopés par des effets spéciaux qui mettent le spectateur K.-O. Résultat: Sucker Punch est un film un peu creux mais qui se regarde avec un plaisir coupable durant près de deux heures. Et comme on a un peu honte d'avoir aimé, on a trouvé quelques excuses pour se justifier!

Emily est une bombe anatomique

C'est Emily Browning qui incarne le rôle principal, Babydoll, sorte de Barbarella 2.0. Une jeune fille qui tente de s’échapper du pensionnat, genre le dortoir d’Harry Potter peuplé uniquement d’adolescentes en sous-vêtements, dans lequel elle est enfermée et subit les avances de ses geôliers. Browning s’est fait les dents dans des séries télé mineures. Et "quelques adaptations approximatives d’Hamlet lorsque j’étais à l’école". Avec son minois affichant la candeur d’une Françoise Hardy sixties et ses courbes façon Jessica Alba, l’Australienne possède deux atouts majeurs. D’abord, il suffit de la voir à l’écran pour se laisser hypnotiser et oublier que son personnage est d'un vide sans fond. Ensuite, son physique avantageux se prête parfaitement à des affiches et autres visuels promotionnels incendiaires, qui sont en train d'envahir les centres-villes du monde entier.

Elle a des copines

Si Browning soulèvera chez les hommes un certain désir coupable, Zach Snyder n'a pas voulu s'en tenir là et lui a offert quatre chouettes copines. Au premier rang desquelles Vanessa Hudgens (la petite pépée de High School Musical) qui s’affranchit de la sagesse Walt Disney pour se mêler à la bagarre et y entraîner ses fans des débuts. Des fans qui ont grandi eux aussi et sont donc prêts à la suivre dans ses nouvelles aventures. "Je ne suis pas naïve, je sais que j’ai surtout été sélectionnée sur la base de mon physique. Mais s’il me permet dorénavant de toucher un public plus adulte, pourquoi pas?" Même son de cloche pour Jamie Chung, un mètre septante de jambes et de beauté asiatique, dont les principaux faits d’armes furent l’animation d’une émission sur MTV America et quelques brèves apparitions dans des séries télé (Grey’s Anatomy et CSI: NY). "Le réalisateur Zack Snyder n’a jamais caché qu’il voulait des guerrières en guêpière. Ce serait hypocrite de jouer les effrontées maintenant que le film est fini."

Le film sait parler aux geeks

Grâce à son esthétique entre le jeu vidéo Kill Zone (pour le look des méchants), le manga (pour les donzelles), et les jeux de rôle, Sucker Punch donne au jeune public la sensation d’évoluer en terrain connu et d’adhérer à un univers qu’il connaît déjà. Résultat: les seules photos du film ouvriront l'appétit des ados (qui sont le public numéro un des salles de cinéma). De plus, tous les parents du monde trouveront ça "un peu nul". Et quand les parents détestent, les mômes adorent, c'est bien connu.

Zach Snyder ose tout

Fort de 300 et de Watchmen, superproductions pop-corn et décomplexées, Zack Snyder a poussé sa conception du cinéma jusque dans ses derniers retranchements. "Je trouve que le cinéma possède une dimension assez ironique quand on y réfléchit bien. Puisqu’il pousse les gens à se déplacer pour voir des histoires qui n’existent pas." Cette fois, il va encore plus loin: Sucker Punch ne contient carrément plus d’histoire du tout. Mais Zack Snyder signe un tel tourbillon d’images sublimes et de scènes stupéfiantes qu’on succombe quand même.

 

Sucker Punch
Réalisé par Zack Snyder (2010). Avec Emily Browning, Vanessa Hudgens, Jamie Chung – 110’.

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