Orval – Chez les trappistes du Val d’or

Au fil des siècles, nos abbayes n’ont rien perdu de leur superbe. Cette semaine, halte à Orval. Célèbre pour son monastère, ses ruines médiévales, son jardin de plantes médicinales et ses spécialités… divines.

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À Orval, les vestiges du monastère médiéval jouxtent les bâtiments des moines cisterciens, bâtiments érigés sur les fondations de l’abbaye détruite à la Révolution française. Vous suivez? Non? On l’explique autrement alors, en quatre dates. 1132: arrivée des premiers cisterciens qui fondent un modeste monastère. 1760: vu l’importance prise par la communauté (jusqu’à 130 membres en 1723), décision est prise d’édifier une vaste abbaye. 1793: les révolutionnaires français bombardent et incendient Orval, le site n’est plus que ruines. 1926: retour des moines et début de la construction de l’abbaye actuelle.

Cette dernière mêle les styles roman bourguignon et art déco. Elément "phare", la vierge de 17 mètres de hauteur qui garnit la façade de l’église abbatiale. Mais cette abbaye du XXe siècle, vous ne ferez que l’apercevoir… à moins d’assister à une messe ou de séjourner à l’hôtellerie.

Douze moines et un village

Les journées des moines s’égrènent dans le silence et le recueillement, rythmées par les temps de prières, d’étude et de travail. "Nous accomplissons les tâches liées à ce qu’on pourrait appeler la vie de famille, comme la préparation des repas ou la taille du bois en forêt, note frère Xavier. Mais chacun a aussi des attributions propres. Moi, l’économe, je prends en charge le côté matériel, notamment l’entretien des bâtiments. Un frère peint des icônes, un autre gère l’atelier de reliure, un autre encore fabrique des bonbons au miel…"

Quand on lui fait remarquer que ces bâtiments sont bien vastes pour douze personnes, frère Xavier remet les choses en perspective: "L’abbaye, c’est presque un village. Jusqu’à 200 personnes y vivent et travaillent au quotidien. La brasserie et la fromagerie occupent une quarantaine de salariés, l’hôtellerie peut accueillir jusqu’à 50 personnes à l’occasion de retraites. Et elle est souvent complète!"

Forges et eau d'arquebusade

De l’abbaye du XVIIIe siècle, on l’a dit, ne subsiste pas grand-chose. Quelques morceaux de colonnes, un magnifique chêne de 300 ans, le bâtiment "Communs Abraham" désormais dédié à l’histoire brassicole du site et les vastes sous-sols transformés en musée. Parmi les objets exposés, de magnifiques taques de cheminée en fonte, la spécialité de l’abbaye. Orval était un important centre sidérurgique à l’époque. De ses forges sortaient aussi des pièces de ferronnerie d'art et des ustensiles de cuisine. À admirer également, plusieurs maquettes du site et un portrait du père abbé exhibant les plans de l’abbaye. La Toile date de 1764. Trente ans plus tard, Orval n’était plus que gravats…

La reconstitution de l’officine pharmaceutique du XVIIIe siècle rappelle que les moines dispensaient des soins en ces temps-là. L’abbaye était renommée pour ses potions, notamment son eau d'arquebusade. Parmi les objets exposés, des piluliers, des balances ornementées, des seringues à sangsues (brrr!) et une collection de pots en céramique qui contenaient les herbes. Des herbes que l’on retrouve dans le jardin des plantes médicinales voisin.

Place ensuite aux ruines médiévales avec son église du XIIe siècle. "Observez le transept gauche, indique frère Xavier. Cette grande rosace à six lobes, ces trois fenêtres, ces fines colonnettes sont caractéristiques des abbayes cisterciennes. On les retrouve par exemple à Sénanque, en Provence." Les chapiteaux se parent de motifs végétaux. Et dans le chœur trône le sarcophage de Wenceslas, premier duc de Luxembourg mort en 1383.

Mathilde et sa légende

Un peu plus loin, la salle du chapitre dont la voûte a été reconstituée, l’ancien réfectoire et les restes du cloître et de sa fontaine. Tant qu’à parler d’eau, une halte s’impose au petit bassin de la source Mathilde. Selon la légende, c’est à cette comtesse de Toscane et duchesse de Lotharingie que l’on doit le nom d’Orval. Un jour, assise au bord de la source, Mathilde (1046-1115), qui avait perdu son époux, laisse tomber par mégarde son anneau nuptial dans l’eau. Au comble du désespoir, elle va implorer la Vierge dans l’oratoire tout proche. Et là, miracle! De retour à la source, une truite émerge de l’eau et lui rend son bijou. Mathilde s’exclame alors: "Heureuse vallée qui me l’a rendu! Désormais et pour toujours, je voudrais qu’on l’appelle Val d’or". À l’époque "aurea vallis". D’où le nom d’Orval. Et d’où le blason de l’abbaye où figurent l’eau, la truite et l’anneau.

> ABBAYE D’ORVAL, ouvert l’été de 9h30 à 18h30, visites guidées (2 heures) les après-midi. 6 € l’entrée, 3 € les 7-14 ans. 061/31.10.60. www.orval.be

 

On en profite pour ramener

de la bière et du fromage

À Orval, la fabrication du fromage a démarré en 1928, celle de la bière en 1931. Les revenus de la brasserie ont permis de financer l’énorme chantier de reconstruction. Aujourd’hui, ils sont affectés à l’entretien des bâtiments et distribués à des œuvres sociales. Tout est encore produit sur place, mais les frères ne se consacrent plus à cette activité depuis 2001. Une activité en plein boom: les quantités brassées sont passées de 40.000 hectolitres en 2000 à 70.000 hectolitres en 2013! Mais on n’ira pas plus haut, foi de moine. N’en déplaise aux nombreux amateurs qui remplissent leur coffre à la porterie de l’abbaye…

Le fromage, lui, est fabriqué à base de lait de vache récolté dans les fermes des environs, suivant la recette mise au point en 1816 par les moines trappistes de l’abbaye de Port-du-Salut. Sa pâte pressée, non cuite et à croûte naturelle lavée se distingue par son onctuosité. Comme la bière, le fromage est vendu au magasin de l’abbaye où vous trouverez en exclusivité du Vieil or (davantage affiné) et de l’Orval à la bière.

On en profite pour découvrir

la nature alentour

Comme nombre d’abbayes, Orval est nichée dans un site exceptionnel, une vallée humide entourée de bois. Une promenade balisée de 5,5 kilomètres parcourt la réserve naturelle domaniale des Prés d’Orval où, curiosité, paît un troupeau de vaches Highland. Autres stars du coin, les chauves-souris, qui chassent dans le vallon, hibernent dans les caves du XVIIIe siècle et se reproduisent dans le grenier de la bibliothèque.

une bonne table

Après la visite, attablez-vous donc à la terrasse de l’Ange gardien, à 100 mètres de l’abbaye. À la carte, multi-déclinaison des deux produits phare hérités de la tradition monastique. Le fromage est servi sur tartines, en croque-monsieur, en "orvaliflette" ou en omelette. La bière, elle, relève la sauce des boulettes. Et pour clôturer le repas, pourquoi ne pas se laisser tenter par une crème brûlée à l’Orval?

Orval en BD

On doit à ce merveilleux conteur qu’est Jean-Claude Servais deux tomesd’Orval (Dupuis), une BD évoquant l’histoire de l’abbaye au fil des siècles. Pour l’anecdote, l’auteur réside à Jamoigne, à une dizaine de kilomètres de là.

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