Omar m’a tuer

L'affaire Omar Raddad secoua l'opinion publique en 1991. Roschdy Zem la raconte dans son deuxième film, sobre et émouvant.

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Face au jardinier marocain accusé du meurtre de sa patronne, le film oppose un personnage de romancier parisien et bavard, inspiré de l'académicien Jean-Marie Rouart. Celui-ci s'était passionné pour l'affaire et en avait tiré une enquête passionnante visant à démontrer l'innocence d'Omar (Omar ou la construction d'un coupable). Sans surprise, Roschdy Zem, derrière la caméra pour la deuxième fois, prend le parti d'Omar, mais sans jamais l'imposer totalement ni se placer en moralisateur. Il s'intéresse surtout – et c'est ce qui fait la réussite du film – à la manière dont un jeune homme immigré et analphabète se fait broyer par la machine judiciaire.

Ce qu'il reste de cet homme broyé, c'est toute l'humanité, fébrile et douce, que dégage Sami Bouajila. Contenu, rageur, enfantin, et au final d'une pureté inouïe, l'acteur livre incontestablement sa meilleure performance, sans jamais tomber dans la victimisation. "Je suis entré dans l'affaire Raddad sans me mettre à la merci des émotions. J'ai cherché à travers lui la candeur des petites gens", confie l'acteur. Face à lui, Denis Podalydès excelle en écrivain snob et généreux, insupportable et humaniste. Un très beau duo d'acteurs, accompagné par un Maurice Benichou très bon en Jacques Vergès (avocat d'Omar). C'est peut-être lui qui livre le message du film: "Acquitter Omar, ça serait acquitter la France". Et Roschdy Zem de poursuivre à travers ses films (comme acteur ou réalisateur, d'Indigènes à Mauvaise foi) son interrogation sans fard sur l'identité maghrébine en France.

Omar m'a tuer
Réalisé par Roschdy Zem (2011). Avec Sami Bouajila, Denis Podalydès, Maurice Bénichou, Salomé Stévenin – 85'.

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