Olivier Maingain: « Dormez, dormez, braves gens »

Mais à quoi sert encore le président du FDF? Bart De Wever fait une rentrée fracassante dans les médias du sud du pays alors que son quasi-pendant francophone ne semble plus intéresser personne. Rencontre.

809659

[…]

On voulait vous donner la parole parce que vous semblez bien inexistant en ce moment. Comme si vous n’intéressiez plus personne…
Olivier Maigain – Pourtant, par le travail que je fais au Parlement et par mes prises de position, nous couvrons tout le spectre de l’actualité politique. Mais, c’est vrai, je dois constater que nous n’avons pas le même écho que certaines formations politiques. J’en prends acte, mais ça ne m’empêche pas de vouloir faire entendre certaines vérités sur l’avenir de la Belgique… Ce que je veux dire, c’est que le gouvernement Di Rupo et la majorité actuelle ont lourdement trompé l’opinion publique sur la réalité de leurs accords politiques.

C’est-à-dire?
Un: la situation institutionnelle n’est pas stabilisée, la N-VA peut toujours demander plus et il y aura toujours des francophones pour leur donner satisfaction. Deux: sur le plan socioéconomique, ce gouvernement n’a pas eu l’audace de poser les vraies réformes nécessaires à la viabilité du pays… On nous a expliqué qu’il fallait d’abord s’occuper de dégager l’horizon institutionnel pour pouvoir enfin parler du socioéconomique, mais la vérité est tout autre. L’institutionnel n’est pas réglé puisque la N-VA est de plus en plus menaçante. Et en plus, le pays est totalement impréparé pour aborder les défis économiques à venir…

Oui, enfin, la N-VA est là… mais on ne pouvait pas continuer à vivre sans gouvernement comme on l’a fait pendant plus d’un an.
On a raconté aux gens, de manière fausse, qu’il fallait, toutes affaires cessantes, faire un accord institutionnel et que cela allait faire tomber la température au nord du pays. C’est exactement l’inverse qui s’est produit. On s’est engagé dans une logique infernale de détricotage du pays en courant derrière la dernière exigence flamande. Il fallait s’occuper du socioéconomique d’abord. Si on l’avait fait, on aurait jugulé la montée de la N-VA.

Vous pensez que le gouvernement Di Rupo est le tremplin du succès futur de la N-VA en 2014?
Aujourd’hui, la N-VA est forte en raison des erreurs de jugement de l’équipe Di Rupo et de sa majorité… et je ne parle même pas des derniers épisodes liés à l’ex-ministre des Finances Steven Vanackere (que la N-VA a poussé à la démission dans l’affaire ACW-Belfius). C’était une erreur de croire que la N-VA était le seul parti à vouloir le confédéralisme: c’est le CD&V qui en premier, avant même l’existence de la N-VA, a parlé de la "coquille vide" que devait être l’Etat fédéral. Le CD&V veut la même chose que la N-VA, ils sont seulement plus hypocrites et plus malins…

Vous trouvez que le CD&V est réellement plus malin que la N-VA? On pourrait en douter vu la prospérité du second aux dépens du premier…
Ils avancent masqués mais, en effet, ils font ou ils ont fait sans doute une erreur. Yves Leterme a fait ce choix-là à l’époque. Quand Yves Leterme a dit que la Belgique n’était pas une plus-value pour la Flandre, ça en disait long sur ce qu’il pensait. Au-delà du fond de cette pensée – scandaleuse pour quelqu’un qui a été Premier ministre de notre pays – dans la forme, ça a été un tapis rouge que le CD&V a déroulé devant la N-VA qui s’est empressée, évidemment, de s’y engouffrer. C’était une erreur pour le CD&V. Comme c’est une erreur pour nous, francophones, de croire que sacrifier nos intérêts calmerait l’appétit des Flamands nationalistes.

Tout de même, on peut comprendre une certaine partie des revendications flamandes…
Il faut changer la gestion publique au sud du pays, c’est certain. Tous les partis francophones, même Ecolo, sont complices de la gestion partisane voulue par le PS. On le voit encore maintenant dans la haute fonction publique: le CDH et Ecolo ramassent les miettes que le PS veut bien leur laisser et ils veillent à avoir des miettes plus substantielles quand ils sont au pouvoir. On n’a en rien dépolitisé la fonction publique. On n’a en rien simplifié les institutions… Il faut le faire. Pas pour plaire à Bart De Wever, mais par nécessité pour nous-mêmes. Et c’est pareil pour Bruxelles, évidemment. On a un défi d’excellence pour assurer notre avenir.

Pour Bruxelles, c’est un peu spécial: les Flamands sont partiellement aux commandes…
Mais on en revient au cœur du problème: Di Rupo a peut-être sauvé les apparences mais, dans le fond, il n’a rien réglé. Et comme rien n’est réglé, que croyez-vous qu’il va se passer en 2014? La N-VA sera en mesure de dire: pas de gouvernement au fédéral. Et sera en mesure de bloquer les institutions à Bruxelles. Le problème en Belgique, c’est que les politiques s’arrangent pour vendre, un temps, de fausses solutions. Et ils ont le sens de la communication. M. Di Rupo est un magicien de ce point de vue. Les retraites: problème pas réglé. La sécurité sociale: pas réglée. La fiscalité pratiquement supportée uniquement par la ponction sur les revenus du travail: pas réglée. Dans ce pays, on préfère sauver les apparences: "dormez, braves gens" nous dit-on mais, derrière, il reste un décor en carton-pâte. Et puis le décor s’écroule quand même. Les Flamands ont comme agenda: le contrôle de l’Etat fédéral et la mainmise sur Bruxelles. Pas l’indépendance: ils ont actuellement deux Etats à leur service. La Flandre et la Belgique. Quand il s’agit de supporter Herman Van Rompuy comme président de l’Europe, ça c’est au nom de la Belgique. Quand il s’agit de supporter Yves Leterme à l’OCDE, ça, c’est aussi au nom de la Belgique. Mais alors quand il s’agit du reste, on "exige" au nom de la Flandre. Tout d’un coup, on redevient "Flamand", Bruxelles est "flamand"… Ça suffit, cette duplicité!

[…]

Sur le même sujet
Plus d'actualité