Olivier Gourmet : « Il n’y a jamais eu que le plaisir… »

Il impressionne une nouvelle fois dans Jamais de la vie, de Pierre Jolivet. Nous l'avons rencontré chez lui, à Mirwart. Pour prendre le temps. Le plus important.

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J'arrive", hurle une voix venant de la cave. Quelques secondes plus tard, Olivier Gourmet déboule en bleu de travail, les lunettes opaques de poussière. "Je suis en train de casser des trucs dans une vieille cave voûtée. J'en peux plus. J'ai mal au dos!" Un petit rinçage plus tard, nous nous installons devant une trappiste. La vue est magnifique sur les prairies du petit village de Mirwart, près de Saint-Hubert. C'est ici qu'Olivier a grandi. Dans l'hôtel familial qu'il a porté à bout de bras avec son épouse ces seize dernières années. "C'était devenu trop, commente le propriétaire des lieux. On a décidé de fermer. C'est fini. Terminé. On arrête l'hôtel pour ne garder que les chambres d'hôtes. C'était devenu contraignant. Je travaille beaucoup. La plupart du temps, je reviens le samedi matin des tournages et je repars le dimanche soir. Quand je suis ici, je fais les entretiens de routine, la vaisselle, un peu de service. Et il est déjà temps de repartir. Résultat, j'ai à peine vu ma femme et mes enfants. On a fait seize ans comme ça, mais là, j'en avais marre. Ça n'a pas été une décision facile à prendre car cet hôtel est une vieille affaire de famille. Ça a été mon arrière-grand-mère tout d'abord. Et puis ma grand-mère et ma mère, qui me disait toujours: "Tu vois cette maison, dans chaque pierre, il y a une goutte de mon sang!" Donc, on réfléchit un peu. Et puis, on ne sait jamais… Je suis un paysan, moi, cet hôtel, c'était aussi une poire pour la soif! Mais aujourd'hui, la décision est prise et c'est très bien comme ça!"

Il tourne effectivement beaucoup, Olivier Gourmet. Pour ne pas dire tout le temps. De dix à onze mois par an, ce qui est exceptionnel pour un acteur de cinéma. Révélé par les frères Dardenne avec lesquels il a fait six films (dont La promesse et Le fils, qui lui a valu le prix d'interprétation au festival de Cannes), il est aujourd'hui demandé par les plus grands réalisateurs belges et français. Surtout par les plus intéressants: Patrice Chéreau (Ceux qui m'aiment prendront le train), Jacques Audiard (Sur mes lèvres), Costa-Gavras (Le couperet), Régis Wargnier (Pars vite et reviens tard), Abdellatif Kechiche (Vénus noire) ou Pierre Schoeller (L'exercice de l'Etat). Olivier Gourmet ne s'enferme pas pour autant dans le cinéma d'auteur puisqu'on l'a vu par ailleurs dans de grosses productions populaires comme Mesrine, Rien à déclarer ou Cloclo. Aujourd'hui, c'est en ancien syndicaliste devenu gardien de nuit qu'il brille dans le nouveau film de Pierre Jolivet, Jamais de la vie. Ou l'histoire d'un homme qui se croyait perdu et qui va redonner peu à peu un sens à sa vie. Il y est une fois de plus magistral. Les cigarettes et la trappiste sont sur la table. On peut parler de lui.

Travailler avec vos mains, c'est un plaisir ou une obligation?

Olivier Gourmet – C'est un plaisir. Je ne peux pas m'en passer parce que j'ai grandi comme ça. Quand je ne suis pas en tournage, je bosse avec mes mains! C'est une fuite comme une autre. Ne pas prendre le temps de s'asseoir, de réfléchir et de penser. Quand je m'assois, j'angoisse. Donc, je reste actif. J'ai grandi entre la ferme de mon père à seize kilomètres et ma mère qui était ici à l'hôtel. On a toujours été obligés de travailler. Petit à petit, c'est devenu un vrai plaisir. Un loisir…

Comment se fait-il qu'un garçon qui aimait travailler de ses mains ait voulu faire du théâtre?

O.G. – J'avais des aptitudes à l'école primaire. Mes parents m'ont poussé sur le chemin des études parce qu'en tant que paysans, il y avait une fierté d'avoir un enfant qui peut faire autre chose! Mais je n'étais pas un élève assidu. J'étais timide et l'école m'a notamment permis de comprendre que j'étais capable de faire rire mes camarades de classe. Je me faisais coller sans arrêt, des retenues… Mais ça ne m'arrêtait pas. J'avais trouvé ma place. Le défi était de faire rire à la fois les camarades et les professeurs pour ne pas être collé.

Quel genre de bêtises faisiez-vous?

O.G. – Je me souviens d'un truc incroyable. A cette époque, il y avait encore une estrade en bois pour le professeur. J'avais emmené un marteau à l'école et j'avais décloué deux planches et m'étais alors glissé dessous. Quand le prof allait écrire au tableau, je passais ma main par un trou et je lui grattais le mollet. Le pire, c'est que je n'ai pas été collé car il a ri!

Et l'envie de devenir acteur, quand est-elle arrivée?

O.G. – Un jour, j'ai remplacé un élève pour un petit spectacle de théâtre. J'ai trouvé ça facile et amusant. J'y ai pris goût. Et en gros, je ne me suis plus jamais arrêté. Mon prof m'a emmené faire des concours de poésie wallonne parce que je parlais le patois. Et j'ai commencé comme ça.

Retrouvez la suite de l'interview dans votre Moustique du 6 mai 2015

 

Jamais de la vie

Réalisé par Pierre Jolivet. Avec Olivier Gourmet, Marc Zinga, Valérie Bonneton, Nader Boussandel – 95'.

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