Olivier Godfroid – Comment être Wallon et candidat NVA

Il faut de tout pour faire un parti nationaliste flamand. Même des francophones. Exemple avec un ex-Carolo devenu NVA pur jus. A entendre notre homme, une trajectoire pas très étonnante.

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Rendez-vous dans un café branché de Bruxelles avec Olivier Godfroid. Qui cela? Olivier Godfroid: un francophone de 44 ans, originaire de Charleroi, mais candidat bruxellois aux élections du 25 mai prochain pour le compte de… la NVA. Suffisamment audacieux et surprenant pour attirer notre attention. La rencontre a lieu dans le centre-ville, près du théâtre… flamand. Notre client n’est pas venu seul: un autre membre du parti nationaliste l’accompagne. Histoire de l'empêcher de dire des bêtises? C'est que question interview, Olivier Godfroid n'est pas une proie facile. Et il nous a fallu patienter plusieurs semaines avant que ce secrétaire de direction de formation, aujourd'hui "commercial", n'accepte de répondre à nos questions. Mais là, plus possible de reculer. D'autant qu'entre-temps, Godfroid a involontairement fait parler de lui, en étant agressé en rue, à Bruxelles, sans doute à cause de son orientation sexuelle. Encore une autre raison de s'intéresser à son cas…

Vous êtes Carolo d’origine et aujourd’hui candidat NVA à la Chambre, parti que vous avez rejoint en 2009. Vous ne trouvez pas cela curieux?

Olivier Godfroid – Non. La NVA est le seul parti qui veut vraiment changer les choses et qui a un plan pour ça. PS et MR ont des programmes différents mais un bilan identique. Mes origines carolos? J’ai grandi à Charleroi, je suis venu à Bruxelles pour des raisons privées il y a 15 ans et je me suis intégré dans la Communauté flamande en travaillant. Bon, j’étais sans doute naïf mais en arrivant dans la capitale, j’imaginais que tout le monde était bilingue ici. Je suis la preuve qu’une intégration est possible, mais j’ai effectivement pris des cours pour bien pratiquer la langue.

Vous avez milité pour d’autres causes ou partis avant de choisir la NVA?

O.G. – Jamais. A moins que ma grand-mère qui était socialiste carolo ne m’ait affilié à mon insu quand j’étais petit (rire). Sérieusement, j’ai toujours avant tout voté pour des personnes, souvent SPA ou Groen! Ce qui m’a séduit dans la NVA, c’est sa volonté de changer les choses qui ne vont pas à Bruxelles. On veut remettre en question le système, pas les gens.

Mais qu'est-ce qui vous paraît important dans le programme de la NVA?

O.G. – Nous proposons des mesures sur la sécurité, l’intégration. Notamment par les langues. Je n’ai jamais vu un parti francophone dire aux gens "apprenez le flamand et vous aurez un job". Et puis je dénonce beaucoup la complexité des institution bruxelloises: 19 communes, autant de CPAS, six zones de police… C’est trop.

En tant que francophone, vous dénotez dans le parti. Vous n'avez pas peur d’avoir été repris sur une liste électorale juste comme attrape-voix?

O.G. – C’est moi qui ai voulu être candidat. Je l’ai été aux communales il y a deux ans. Je suis aujourd’hui secrétaire de ma section locale, j’ai donc répondu à un appel interne. Je peux d’ailleurs vous dire que pas mal de gens m’écrivent pour me soutenir dans la volonté de changement du parti.

Comment réagissent les membres de la NVA quand vous leur dites que vous êtes Wallon d’origine?

O.G. – Très bien. Evidemment ils sont parfois surpris mais je leur explique mon chemin, mes quinze ans à Bruxelles et ils comprennent. Ce sont des gens ouverts.

Parlez-nous de Charleroi, la ville de vos origines. On la décrit souvent comme sale, pauvre, remplie de chômeurs… Pour vous, c’est un cliché ou c’est véridique?

O.G. – Je n’y retourne que rarement mais quand je vois le quartier de la ville basse, c’est à se demander si elle n’a pas été bombardée. Plus jeune, j’y ai travaillé dans le secteur du métal, je voyais tous ces gens sans diplôme qui pourtant trouvaient un travail. Mais ça c’était avant. Aujourd’hui, il faut des formations. Bouger avec son temps.

La NVA est un parti nationaliste. Vous comprenez que les francophones vous voient comme des extrémistes?

O.G. – On nous associe au Vlaams Belang. Certains médias francophones aiment laisser planer ce flou. Or personne ne lit vraiment notre programme: la NVA est un parti qui veut inclure les gens, pas les exclure. C’est pour changer cette vision erronée que je m’engage.

Certes, mais l’article 1er des statuts de la NVA prône l’indépendance de la Flandre. Vous êtes séparatiste?

O.G. – Vous savez, la Belgique – que certains nationalistes défendent en chantant La brabançonne et en criant "Vive le roi!" – est née d’un processus séparatiste… Mais vous ne me ferez pas dire que mon idéal est la Flandre indépendante. Je ne rêve pas de ça la nuit. Mon idéal, c’est qu’elle puisse décider de ce qu’elle veut faire et qu’elle puisse le faire sans devoir marchander avec les Wallons qui n’ont pas forcément envie de la même chose. Voilà pourquoi le confédéralisme est le bon chemin à mon sens.

Et en cas de séparation du pays, Bruxelles devrait-elle être rattachée à la Flandre?

O.G. – Le clash, je n’y crois pas. S’il devait venir, ce serait peut-être des Wallons, voyez d’ailleurs la violence de certains à l’encontre des Flamands sur Internet. Concrètement, la Flandre veut investir à Bruxelles, dans l’enseignement notamment. Elle ne peut pas simplement donner un chèque.

Vous n’avez pas peur qu’un jour le vent tourne et qu’on vous reproche d’avoir choisi le mauvais camp?

O.G. – Et d’avoir le crâne rasé comme les collabos après la guerre? Cette comparaison est interpellante. Ce n’est pas une question de camp, mais de solutions aux problèmes. Pour moi, la NVA a les bonnes solutions.

Les nationalistes montent un peu partout en Europe. Le grand soir approche?

O.G. – Je regrette qu’en Belgique être nationaliste soit une insulte. En Espagne ou en Ecosse, les gens ont le droit d’aimer leur nation.

Vous avez été agressé très récemment sur un trottoir du centre de Bruxelles. Parce que vous êtes NVA?

O.G. – Non, une agression homophobe. Je suis gay et avec un ami nous avons été insultés puis entourés par une bande de jeunes du quartier, restés sans surveillance adulte. Tout a été très vite: l’un d’eux nous a attaqués de dos, jetés au sol. On a été roués de coups. Le lendemain, des mères du quartier sont venues me parler, elles étaient choquées. Fondamentalement, tout ça montre l’importance de l’éducation pour les jeunes.

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