Olivia Ruiz: « Les gens heureux m’ont toujours inspirée »

Après avoir assuré la promotion de la comédie Un jour mon père viendra dans laquelle elle faisait ses premiers pas d'actrice, Olivia Ruiz a rassemblé quelques affaires dans un sac à dos et s'est envolée pour Cuba en février 2012.

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Seule, sans réservation d’hôtel et sans billet de retour. À l’époque, la rumeur parlait d’une fuite pour cicatriser sa rupture avec son compagnon Matthias Malzieu (Dionysos). Elle corrige aujourd’hui: "Je ne me suis pas enfuie, je suis partie à la découverte des autres, de l’inconnu, d’un équilibre. Je dormais chez l’habitant, je suivais des cours de salsa, je dansais jour et nuit. Ça m’a fait un bien fou. Après Cuba, il y a eu Los Angeles où j’ai loué une petite maison dans le quartier bohème de Venice Beach. Finalement, quand je suis rentrée en France, j’ai fait le tri des fichiers dans mon ordinateur et je me suis rendu compte que j’avais assez de chansons pour faire un album toute seule sans aller taper aux portes."

Ce nouveau disque – le quatrième – s’intitule "Le calme et la tempête", un titre symbolisant la dichotomie des sentiments qui habitent la femme chocolat. À trente-deux ans, elle signe pour la première fois tous les textes et les musiques. Mais on reste en territoires connus. Les premières fuites sur Internet laissaient entrevoir un disque sombre. C’est complètement faux. Cet album n’est ni triste, ni ténébreux, il est équilibré. À la fois léger et profond. Évoquant des hauts et des bas. La vie, quoi.

"Le calme et la tempête" est peuplé de personnages comme seule cette fille du Sud peut les inventer. Et si ses chansons relèvent souvent de l’imaginaire, son auteur sait aussi distiller quelques messages. Musicalement, la Ruiz version 2013 navigue à l’instinct. Aux airs des Balkans succèdent ainsi des guitares tex-mex évoquant Calexico, des tangos mélancoliques, des soundtracks façon Morricone et de la bonne variété française pour s’éclater dans les bals populaires.

Alors, heureuse?
Olivia Ruiz – Heureuse et pleine de vie. Le titre de mon album, "Le calme et la tempête", s’est imposé comme une évidence parce qu’il résume parfaitement mon état d’esprit lorsque je l’ai conçu. J’étais arrivée à une période de mon existence où je sentais que ça basculait. Je me disais: "Ma fille, tu as été gâtée jusqu’à présent, mais la roue tourne. Fais gaffe et réagis". Je venais de rompre, j’avais perdu quelqu’un de proche, la vie me jouait des sales coups, mais je ne me suis pas laissé faire, je suis restée debout et j’ai avancé. J’ai tourné dans un film, je suis partie en voyage, j’ai collaboré avec le Red Star Orchestra et j’ai travaillé sur mon propre disque. C’est en multipliant les projets que j’ai réussi à lutter contre mes vieux démons. Ce n’est pas un album sur lequel j’étale mes plaies, c’est plutôt celui de la renaissance.

La plupart de vos chansons mettent en scène des héros imaginaires. Est-ce qu’il y a un peu de vous dans ces histoires?
C’est presque devenu une marque de fabrique. Dans tous mes disques, je propose une galerie de personnages. Il s’agit de héros névrosés, un peu tordus, mais toujours attachants. J’ai besoin de les aimer car je sais que je vais vivre longtemps avec eux. Mais même si je nourris leur histoire de mon propre vécu, je ne peux pas dire que je me raconte beaucoup dans mes chansons. Sur ce disque, il y a une seule exception, Volver,écrit après la disparition de quelqu’un qui m’était très proche. J’y ai mis toute mon émotion tout en sachant que j’allais devoir l’interpréter sur scène chaque soir. Et tant pis si je dois éclater en sanglots quand je la chante.

L’héroïne de la chanson My Lomo & Me photographie des gens heureux pour s’inspirer. Drôle d’idée, non?
Les gens heureux ou amoureux m’ont toujours inspirée, mais pas au point de les photographier ou de fantasmer sur eux. Il faut relativiser… Un couple qui s’embrasse dans la rue ou se retrouve sur le quai d’une gare, c’est beau à voir et ça met de bonne humeur, mais pour moi, ce n’est pas encore l’image ultime du bonheur. Le bonheur, c’est plus profond.

Une chanson s’intitule Plus j’aime, plus je pique. C’est pour faire plaisir à Moustique?
C’est une réflexion sur l’adolescence. À l’âge de 12-13 ans, mon sport favori était de piquer pour faire mal. Et c’était toujours mon entourage qui devait encaisser: mon mec, mes parents, mes amis. Avec l’âge, j’ai réalisé que neuf fois sur dix, cette colère n’était que l’expression de la tristesse. Je trouvais ça regrettable de ne pas être capable de dire: "Ouvre les bras et laisse-moi pleurer un bon coup". Au lieu de ça, je devais piquer.

La femme chocolat vous a rendue populaire auprès des enfants. Vous pensez à eux lorsque vous écrivez?
Je n’ai jamais cru qu’une chanson s’adressait à un public cible. Elle touche ou elle ne touche pas. Je raconte des histoires, mais elles ne sont pas interprétées de la même manière par les gens. De mon point de vue, La femme chocolat est une chanson politique qui fustige la manière dont on nous renvoie l’image de la femme. Mais pour des tas d’autres raisons, et surtout pour le chocolat, c’est devenu un succès chez les enfants qui l’ont comprise à leur manière. Elle panique ou Les crêpes aux champignons touchent aussi beaucoup de gosses. Et j’imagine qu’ils vont aussi adorer sur mon nouvel album La voleuse de baisers ou Larmes de crocodiles. J’espère que dans quinze ans, ces enfants devenus adultes réécouteront ces chansons et comprendront qu’elles avaient une autre signification. Mais vous savez, je connais aussi beaucoup d’adultes qui ont pris La femme chocolat au premier degré.

Pour vous, il y a eu une indigestion de Femme chocolat?
La femme chocolat est devenu un phénomène et j’en ai perdu le contrôle. Quand vous êtes jeune et qu’un tel succès vous tombe dessus, vous n’osez pas dire non. J’étais sollicitée de partout et ça me plaisait. Sauf qu’à un moment, je n’avais plus une once de force, je pesais 43 kilos et je m’effondrais presque après les concerts. Mon manque d’expérience m’a amenée loin, trop loin, bien au-delà de mes limites physiques et mentales. Mais je n’ai aucun problème à la chanter encore aujourd’hui sur scène.

Qu’est-ce qu’il y a dans le iPod d’Olivia Ruiz?
Il n’y a pas un style musical que j’aime plus qu’un autre. Je peux passer d’Eminem à Bécaud, de la bande originale du film Le bon, la brute et le truand à celle de La mélodie du bonheur. Je pratique ce mélange des genres depuis mon enfance. Mon père, qui était musicien, dirigeait une radio locale dans le village de Marseillette où j’ai grandi. De l’âge de six ans jusqu’à mes quatorze ans, j’y officiais comme animatrice. J’enchaînais un disque de Jacques Higelin, un truc barré de La Mano Negra et une rengaine de Dorothée. Tout et n’importe quoi. Comme aujourd’hui…

Le 15/2 à l’Ancienne Belgique.

Olivia Ruiz
Le calme et la tempête
Universal

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