Nuits Botanique – Vendredi 23/5, Samedi 24/5, Dimanche 25/5

Le dernier week-end des Nuits Botanique nous a offert quelques surprises : un périple musical à travers le monde, une rencontre avec des martiens et une soirée de rêve au bras d’une femme fatale.

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Tout a commencé vendredi, au Cirque Royal, sur le coup de 20h00. Seule dans la pénombre, assise au milieu d’une scène trop grande pour elle, une petite Suédoise s’affaire derrière sa guitare acoustique.  Elle s’appelle Sumie et chuchote des chansons douces dans la langue de Carole King. La recette est élégante, apaisante, mais déjà entendue mille fois par ailleurs. Avant de prendre congé de son public, Sumie pose la voix sur un morceau chanté en suédois. On n’y comprend absolument rien. Mais, pour le coup, la magie opère. Après ce détour scandinave, on décolle pour le Brésil avec Rodrigo Amarante. Célébrité au pays de la coupe du monde, le barbu de la soirée a déjà soulevé de nombreux trophées nationaux et empilé les disques d’or avec son groupe Los Hermanos. Aux Etats-Unis, le guitariste s’est également distingué dans le projet Little Joy en compagnie de Fabrizio Moretti, le batteur des Strokes. En solo, Amarante malaxe la mélancolie sous le soleil de Rio. Chaloupée, enivrante, sa musique souffle sur les braises de la bossa nova et ravive la légende de Caetano Veloso. Entre folk tropical et rock coupé à la caipirinha, le Carioca enchante son monde et emporte les cœurs. Superbe prestation. Sur un autre continent et dans un registre différent, le vibraphoniste Mulatu Astatke débarque ensuite sur scène. Entouré de sept musiciens chevronnés, le (grand-)père fondateur de l’éthio-jazz enveloppe le Cirque de ses compositions royales. Depuis qu’elle a accompagné les pas de Bill Murray dans le film "Broken Flowers"en 2005, la musique du septuagénaire éthiopien n’a plus jamais quitté l’actualité. Secoués de rythmiques africaines, de cuivres arides et de crissements de trompette aussi époustouflants que les barrissements d’un éléphant, les morceaux du vieux Mulatu entrevoient le jazz de Miles Davis et Charlie Parker par le prisme de la savane. Ici, le public ne s’y trompe pas : chaque moment (de grâce) est entrecoupé d’une avalanche d’applaudissements. Amplement mérités.

 

Le samedi soir sur la Terre, c’est le débarquement des extra-terrestres. Les Flaming Lips déboulent sur la scène du Cirque Royal avec ballons, confettis, Aliens et rayons laser. A 53 ans, l’increvable Wayne Coyne tient la forme, le micro et un sacré déguisement : une combinaison de chair et de sang rehaussée d’une superbe cape disco. Au carrefour du show à l’américaine et du rock alternatif, le concert commence par un lâcher de tubes lumineux (She Don’t Use Jelly, Do You Realize?, Watching The Planets), suivi du traditionnel lancé de ballons géants. Les Flaming Lips s’en donnent à cœur joie. Pendant ce temps-là, des créatures gonflées à l’hélium arpentent la scène : un soleil au sourire extatique, des martiens intergalactiques et autres personnages farfelus dansent au milieu des guitares électriques. Au creux de cette débauche colorée, Wayne Coyne chante faussement juste (ou justement faux ?) et supplie quasiment l’assistance de participer à la fête. Malgré ses bombardements de « come-on-come-on-come-on-come-on », la foule ne décollera jamais. La faute à qui ? La faute à quoi ? Difficile à dire, mais voilà : les Flaming Lips passent souvent par chez nous et le public belge se lasse peut-être gentiment des concerts carnavalesques de la troupe psychédélique. C’est que la machine (à confettis) tourne parfois en rond. Les effets spéciaux et autres tripotées de lumières cachent mal certains passages à vide d’un show chronométré à la seconde près. Après 90 minutes de luminothérapie et une reprise de Lucy In The Sky With Diamonds, l’affaire est pliée, entendue. Pour la fièvre du samedi soir, c’est raté. Un concert fou, mais pas dingue.

 

Le dimanche, suspendu aux lèvres de Sharon Van Etten, on a vécu l’un des meilleurs concerts du festival. Dans un Grand Salon rempli de haut en bas, l’Américaine a mis le monde à ses pieds. Épaulée de trois musiciens et d’une choriste au timbre angélique, l’artiste se pose derrière le micro en toute simplicité et étale ses états d’âme en toute sincérité. Voix traînante, inflexion nonchalante, la belle brune enveloppe ses déboires sentimentaux dans des mélodies tirées à quatre épingles. Secoué par tant d’émotions, le public succombe peu à peu aux charmes insensés des chansons. Assis ou débout, entre chair de poule et larme à l’œil, chacun se laisse emporter par ces déferlantes de mélancolie. Venue présenter son nouvel album ("Are We There") quelques jours avant sa sortie officielle, Sharon Van Etten serre le cœur de ses auditeurs avec des titres forts (Taking Chances, Your Love Is Killing Me, I Love You But I’m Lost ) et une interprétation majestueuse. Maîtrisé comme jamais, ses anciens morceaux touchent ce soir au sublime. Give Out, notamment, occupe l’espace et suspend le temps pendant de précieuses minutes. Sans doute les plus belles de ces Nuits Botanique 2014. 

 

Dans l’Orangerie, Jungle pose les bases d’un succès annoncé. Catapulté en tête d’affiche de la soirée sans album – uniquement par l’entremise de clips vidéo où l’on tape le break-dance sur la tête ou en patin à roulettes –, le groupe anglais s’est imposé comme un des grands mystères de l’année. Pendant longtemps, les réseaux sociaux se sont interrogés sur l’identité des auteurs du buzz : qui se cache réellement derrière ces tubes transgéniques imaginés à la croisée de la pop anglaise et de la soul américaine? Quelque part entre Curtis Mayfield, Gorillaz, Marvin Gaye et Gnarls Barkley, on découvre une musique mise en scène par sept blancs-becs emmenés par deux Londoniens (Josh et Tom) à l’énergie contagieuse. Dans le public, les bras se lèvent, les jambes s’agitent : la fête est totale. Congas, percussions sur bouteilles en verre, guitares électriques sur envolées synthétiques, c’est la recette miracle des tubes funky-fresh  (Busy Earnin’, Platoon). Le concert s’achève sur une certitude : Jungle sera l’une des grosses sensations de l’été.

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