Nuits Botanique – Une soirée d’ouverture contrastée

Grosse foule et gros frisson avec les prestations de Ghostpoet et du Wild Classical Musical Ensemble. Le troubadour soul Benjamin Clementine a déçu.

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Il y a un batteur, un chanteur avec melodica, un claviériste/sampler, un guitariste électrique, un tromboniste en nœud pap’ et une chanteuse qui souffle dans un tuyau. Ils jouent en cercle sur des tapis au milieu du public. C’est un joyeux bordel, c’est frais, complètement hors norme, mais ça reste profondément musical. Bienvenue dans l’univers tarabiscoté du Wild Classical Music Ensemble qui a suscité un grand frisson au Salon du Botanique, en ce samedi d’ouverture. Voilà un projet comme nous aimerions en voir plus souvent dans des festivals. Une création qui, bien qu’appuyée par la sortie récente de leur deuxième album « Tapping is clappin » (sur le label Humpty Dumpty) ,  offre la part belle aux improvisations et au lâcher prise. Puisant ses influences chez Dali, dans la musique classique, le rock tordu minimaliste ou la world,  ce collectif est une version noir-jaune-rouge, et donc un peu surréaliste,  du Fantomas de Mike Patton. Leurs chansons parlent d’Indiens sans les cow-boys, de démocratie, voire de  champignons. Bref, c’est complètement loufoque.  Ah oui, sachez que ce groupe créé par le batteur Damien Magnette est formé d’artistes touchés à des degrés divers de déficience mentale, que le chanteur est trisomique et que le claviériste sapé comme un prince est non voyant.  Oui, complètement loufoque mais top classe…

En lever de rideau de cette première soirée, nous sommes partis à la découverte de Blondy Brownie, nouveau projet de Catherine De Biasio (oui,  la sœur de Mélanie) et d’Aurélie Muller. La dernière fois que nous avons vu ces deux vocalistes/multi-instrumentistes accomplies, c’était avec Noa Moon. Elles occupent cette fois les devants de la scène pour proposer des chansons originales (dans les deux sens du terme) dans la langue de Lio. Aidé du batteur de Paon, les deux filles séduisent par la fraîcheur électro/pop de leurs mélodies qu’on ne manquera pas de comparer aux vignettes langoureuses délivrées par les Américaines d’Au Revoir Simone.

Côté textes,  on est dans la pop faussement candide qui croiserait les bons mots de Jacques Duvall aux dialogues Nouvelle vague de Truffaut.  Un premier single Lapin Lapin, sur lequel s’invite Antoine des Girls in Hawaï, vient de sortir du terrier et une collaboration avec Katerine est attendu pour la rentrée. Comme on dit dans ces cas là, histoire à suivre…

Pour passer de la french pop synthétique de Blondy Brownie  à la poésie urbaine de Ghost Poet, il n’y avait qu’une cinquantaine de mètres à faire. Mais les univers sont bien plus éloignés. Habitué de la Belgique et du Bota où il s’est encore produit voici deux ans, Obaro Ejimiwe a le mérite de présenter aux Nuits un show parfaitement rôdé qui inclut déjà de nombreuses perles tirées de son dernier album « Shedding Skin » paru en mars. Plus récité que chanté, son flow chirurgical impressionne par son magnétisme. Le Poète Fantôme est entouré de quatre musiciens (basse, claviers, batterie, guitare) qui insufflent nuances et subtilités à sa prose. Une version hip-hop teintée de jazz de ce que propose en version dub le maître Linton Kwesi Johnson.

Et alors, ce concert de Benjamin Clementine? Eh ben,  nous avouerons qu’il nous a laissé un peu sur notre faim.  Balayé par le vent et revêtu d’un plancher en bois qui craque, le Chapiteau n’est, il est vrai,  peut-être pas le lieu qui convient le mieux pour se perdre dans la soul glamour et contemporaine du jeune artiste anglais.  L’année dernière, nous étions une trentaine seulement à le voir jouer en ouverture des Nuits au Cirque Royal. Ce samedi, c’était archi-complet mais ça ne semble pas perturber Benjamin. C’est que le garçon est dans sa bulle. Il refuse les photographes de presse,  se lève souvent de son tabouret pour régler un spot qui l’éclaire trop ou un retour son mal dirigé. Il (se) raconte en spasmes murmurés beaucoup d’histoires entre ses chansons et c’est quand il se concentre sur ses morceaux qu’il tutoie les anges.  Il y a un peu de Basquiat dans le look, de Screamin’ Jay Hawkins dans le jeu et beaucoup de Nina Simone dans son âme. Les mélodies de son premier album « At Least For Now », encensé à juste titre, un peu partout passent bien mais il y a aussi beaucoup de déchet dans sa prestation. Même lorsqu’il invite des cordes sur scène, il reste enfermé dans son petit monde. Une démarche qui a son charme pertinent, certes, mais qui pourrait très vite lasser aussi.

 

 

                                                                                                     

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