Nuits Bota : Hot Chip, Ibeyi et Kevin Morby en apothéose

Avalanche de concerts joués à guichets fermés : le dernier jour des Nuits Bota a tenu toutes ses promesses le temps d’une soirée riche et variée. Hot Chip, Ibeyi et Kevin Morby ont épaté la galerie et provoqué de nombreuses réactions épidermiques : des applaudissements avec le cœur sur la main et quelques jeux de jambes tout-terrain. Bonne ambiance.

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Programmé en tête d’affiche d’un chapiteau super blindé, Hot Chip profite du dimanche soir pour déballer ses hymnes électro-pop et exposer sa science du tube scintillant devant une assemblée comblée-serrée. Premier constat : les années passent et les Londoniens ne ressemblent toujours à rien. Le groupe se dresse à l’antithèse du glamour, mais représente une certaine quintessence du cool : un collectif un peu improbable, composé de geeks (extra)ordinaires. Des gens qu’on a envie de serrer dans ses bras, même quand l’excitation redescend d’un cran – un truc qui, chez eux, arrive tout de même assez rarement. Un nouvel album dans les bagages ("Why Make Sense ?"), la formation s’anime derrière les voix androgynes du rondouillard Joe Goddard et du binoclard Alexis Taylor. Dans un registre ultra dansant et hyper sensible, les sept musiciens humanisent la mécanique électronique. Ils lui donnent un corps et de l’esprit. Ici, pas question de glisser une clé USB dans la mémoire vive d’un ordinateur. Hot Chip branche ses désirs sur de véritables instruments et frétille derrière une impressionnante collection de synthés. Le groupe incarne l’électro et affiche un goût prononcé pour les écarts de conduite : dépassement des limitations de vitesse, marche-arrière en côte et freins à main à bord d’un fourgon tout-terrain. Hot Chip s’autorise toutes les sorties de route, jonglant adroitement avec des mélodies piochées dans le R&B, le funk, le disco, le rock et une pop à fleur de peau. Les hits s’enchaînent à fond de balle (Huarache Lights, Flutes, Over And Over, Ready For The Floor) et guident les guiboles jusqu’aux rappels et l’excellente version live du morceau Why Make Sense? Une bonne question et une solide prestation.

Un peu plus tôt, c’est Kevin Morby qui nous a vendu du rêve (américain) sous la boule à facettes de la Rotonde. Pantalon immaculé, chemise de cow-boy d’une blancheur éclatante, ce mec a "la classe à Dallas" : le look d’un dandy qui vient de monter sa vachette au traditionnel rodéo du dimanche après-midi. Accompagné d’un batteur – qui n’est pas là pour rire – et d’une bassiste au chœur angélique, le guitariste chante sa vie de bourlingueur sur les routes d’Amérique. En quelques morceaux secoués (bien comme il faut) d’embardées électriques, l’ancien musicien du groupe Woods confronte sa personnalité romantique à quelques mythes de la grande histoire du rock. Les ombres de Jonathan Richman, Bob Dylan, Lou Reed ou Leonard Cohen valsent sous les mots hallucinants de Kevin Morby. En point d’orgue, Harlem River illumine la soirée et s’impose comme l’un des meilleurs morceaux entendus lors des Nuits 2015. Énorme concert.

Dans l’Orangerie, Ibeyi récolte des applaudissements nourris. Les jumelles Naomi et Lisa-Kaïndé Diaz égrainent la soul chaloupée de leur premier essai (le recommandé "Ibeyi").Dans un dépouillement sidérant, les deux sœurs unissent leurs chants et décochent des harmonies vocales envoûtantes. On se situe ici au carrefour des mondes : entre trip-hop spirituel et incantations vaudous. L’âme tournée vers leurs origines cubaines, les jeunes filles titillent l’imaginaire. D’ailleurs, quand on ferme les yeux, la musique nous emmène ailleurs, quelque part, sous le soleil de La Havane. Là-bas, on aperçoit Norah Jones en train de fumer un cigare avec Tricky. Plus loin, Björk retrace l’histoire du Buena Vista Social Club en compagnie de Massive Attack. Piano, cajón et infrasons d’une profondeur abyssale vibrent au firmament des Nuits Botanique. Le festival vient ainsi confirmer l’évidence : c es deux petites ont un grand avenir devant elles. Impressionnant.

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