Nucléaire: Quels risques?

Un accident comme celui de Fukushima en Belgique, et tout le pays serait touché par les radiations. Avec d'effroyables effets sur la santé.

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Pas besoin de posséder un doctorat en psycho pour le comprendre: les événements qui se déroulent au Japon suscitent d’autant plus d’effroi qu’ils nous renvoient, largement, à nos propres angoisses nucléaires. Seulement trois jours après les explosions dans les centrales de Fukushima-Daiichi, la plus grande ville du pays, Tokyo connaissait un taux de radiation plus important qu’à l’accoutumée. Samedi dernier, le gouvernement nippon annonçait la présence de traces d’iode radioactif dans l'eau courante de la capitale, tandis que des niveaux de radioactivité supérieurs aux seuils autorisés étaient mesurés dans des épinards récoltés à une petite centaine de kilomètres du complexe. Or, Tokyo est situé à 225 km de Fukushima. Ramené à la géographie belge, c’est un peu comme si, en 72 heures, l’eau du robinet de votre appartement à La Panne était partiellement infectée après un accident nucléaire à Tihange, ou si votre chalet à Bastogne était contaminé suite à une panne dans un des quatre réacteurs de la centrale de Doel, au nord d’Anvers…

A Fukushima-Daiichi même, les choses sont évidemment autrement plus sérieuses. Sur l’échelle INES établie après la catastrophe de Tchernobyl en 1986, l’incident de Fukushima atteint désormais le niveau 5. Il était encore de 4 fin de la semaine dernière. Or, chaque passage à un niveau supérieur multiplie la gravité par dix! A l’heure de boucler ce Moustique, les particules radioactives qui se dégagent des réacteurs touchés par le tsunami atteignaient localement des doses de 400 millisieverts (mSv) par heure. Soit 20 fois la dose moyenne que nous recevons sur une année. Que risquent dès lors les 33 millions d’habitants de Tokyo? Et que risqueraient les 10 millions de Belges (et leurs voisins) en cas de défaillance semblable d’un des sept réacteurs du pays? Comme le rappelle François Jamar, chef de service aux Cliniques universitaires Saint-Luc, on peut distinguer trois niveaux d’effets de la radioactivité sur la santé: aigus, aléatoires et indirects. Et les plus graves ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Effets aigus: Vomissements, perte des cheveux

Selon l’Agence internationale pour l’énergie atomique, une centrale frappée d’un incident de "simple" niveau 3 expose ses employés à des radiations de 400 mSv. "Cela signifie qu’en seulement deux heures trente d’exposition on atteint 1 sievert (1.000 mSv), explique François Jamar. C’est une dose à partir de laquelle des effets immédiats sont constatés chez l’homme: vomissements, altération de la formule sanguine, voire perte des cheveux. Plus la dose augmente, plus les effets sont marqués. Ils apparaissent généralement quelques heures ou quelques jours après l’exposition. La mortalité augmente également de moitié à partir de 4 sieverts. Donc, dans ce cas-ci, après dix heures d’exposition continue."

Heureusement, si on peut dire, les travailleurs opèrent en cycles de travail réduits. Une fois une dose dite "d’urgence" mesurée chez eux, ils quittent les lieux et n’y reviennent plus. En principe… "Car en situation de catastrophe, on n’opère pas toujours dans les règles".

Effets aléatoires: Risques de cancer dans les 2 à 15 ans

Il existe aussi, surtout, des effets à plus long terme, étudiés en regard des accidents passés. "Quelques pourcentages de cancers ont été induits avec déjà une dose de 1 sievert, confirme le professeur. La grosse différence avec les effets aigus est qu’il n’y a pas de seuil: toute personne qui reçoit une dose indue va avoir un risque de cancer accru dans sa vie, statistiquement dans les 2 à 15 ans qui suivent l’exposition." Autre effet aléatoire pernicieux: l’hérédité. Aucun symptôme visible, mais des anomalies génétiques à la naissance. Ces effets aléatoires, toute personne qui vit ou vivait entre 2 et 30 km autour de la centrale de Fukushima les encourt.

Effets indirects: Thyroïde en danger, partout

Ici, ce ne sont plus les travailleurs d’une centrale en perdition ni les populations dans un rayon de 30 km autour qui sont seuls concernés, mais potentiellement tous les Japonais. Voire au-delà. En cas d’explosion de réacteur, les éléments nucléaires que sont l’iode 131, le strontium ou le césium se diffusent par voie aérienne sous la forme d’un nuage radioactif. Lorsqu’il pleut (comme cela a été le cas lundi à Fukushima et à Tokyo), les retombées de ce nuage sont encore plus dangereuses pour les populations. L’iode atteint directement la glande thyroïde. Certes, 90 % des cancers de la thyroïde se soignent très bien, mais ils se révèlent par contre très agressifs chez les enfants.

Si la centrale explosait, ce nuage s’étendrait bien au-delà du Japon. Il mettrait un jour ou deux, en fonction de la météo, pour atteindre les Etats-Unis. Et sans doute plus de 10 jours pour toucher l’Europe. Avec un impact écologique garanti: chaîne alimentaire menacée, cheptels plus exploitables, pêches perdues… "Cette contamination de la chaîne alimentaire est déjà en route",explique le professeur Jamar. Dimanche, les autorités taïwanaises affirmaient avoir détecté une radioactivité anormale sur des fèves importées du Japon. Elles avaient pourtant été récoltées tout au sud de l’archipel, à près de 1.500 km de Fukushima!
 

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