Nos comiques en politique?

En Italie, l'humoriste Beppe Grillo revendique la tête de l'Etat après son incroyable percée aux élections. Chez nous, nos amuseurs publics seraient-ils tentés de prendre le pouvoir? 

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On leur a posé la question et, surprise, certains paraissent même très intéressés…

[…]

Vincent Peiffer

Chroniqueur à Moustique, auteur à Votez pour moi

"Je pense à m'engager… tous les trois jours. Même si je m'en moque souvent, j'ai un profond respect pour la fonction politique, sans doute la plus dure qui existe. Je garde de l'admiration pour ces gens. Ensuite, comme citoyen, j'ai envie que certaines choses avancent, alors pourquoi pas les faire avancer soi-même. Prenez les intérêts notionnels. Leur concepteur lui-même (l'économiste Bruno Colmant) avoue que ça ne marche pas, tout le monde est d'accord sur ce constat depuis deux ans, mais la lenteur politique de ce pays empêche tout progrès. Ça me rend dingue…"

Pourquoi n'y allez-vous pas alors?
D'abord, je vais bientôt fêter mes 50 ans. Mais, surtout, vous devriez voir comme je m'emporte quand s'engage une discussion politique. Je prendrais ça bien trop au sérieux et ça finirait par miner mon moral et ma santé. C'est une lâcheté de ma part, je l'avoue.

Avez-vous déjà reçu des propositions?
Oui, on m'a proposé de figurer sur des listes. Le problème, c'est que ma profession, c'était à l'époque journaliste. Aujourd'hui, je suis chroniqueur. Donc, dans un cas comme dans l'autre, je devrais arrêter pour d'évidentes raisons déontologiques. Mais alors, je vis comment?

Vous avez quand même réfléchi à un programme…
Avouez qu'on est au pays des tergiversations insupportables, quand même, non? Je veux pas faire mon y-a-qu'à, mais on pourrait s'accorder sur quelques constats évidents et une volonté de se mettre tous à table pour en sortir. A quoi ça sert de se retrouver tous les dimanches midi sur les plateaux de télé pour geindre tous ensemble? Mais qu'on s'y mette, au moins!

Bert Kruismans – Humoriste bilingue

"On me l'a déjà demandé plusieurs fois. Plusieurs partis. A un échelon plus élevé aussi, d'ailleurs. Par des approches disons… moins formelles. Mais pour le moment, je ne le souhaite pas. Je m'amuse trop avec ce que je fais en ce moment. Et puis, aujourd'hui, les gens m'écoutent, me regardent, me suivent. Demain, si j'entre en politique, c'est moins sûr. Et puis ce serait certainement beaucoup moins drôle."

Pour vous ou pour nous?
Bert Kruismans – Pour moi d'abord! C'est une vie impossible: debout à six heures, couché après minuit, sans parler des nuits de négociations sans sommeil…

Pourtant, on vous sent tenté…
Eh bien, pourquoi pas? Se présenter à un âge où les enfants sont grands, avec des idées claires sur ce qu'on veut faire, c'est pas si bête… Dans mes spectacles, je discute beaucoup de politique. A Bruxelles, le public aime ça, surtout quand c'est du communautaire. En Wallonie ou en Flandre, quand j'aborde cette question, je sens des murmures de désapprobation dans le public. Comme si ça ne se faisait pas dans le milieu du divertissement. Mais moi, j'ai des questions à poser ou des choses à dire, alors je continue… 

Ce serait une liste Kruismans ou dans un parti existant?
Hmm… Si on intègre une formation existante, les gens s'écrient immédiatement: je le savais qu'il était socialiste! Ou libéral. Ou autre. Et puis on se crée déjà des ennemis dans son propre parti avant même de commencer. Bien sûr, quand on monte une liste soi-même, on commence sans structure ni expérience. D'un autre côté, parfois, un pays a besoin de ça, d'un type qui réveille un peu son monde pendant quelques années. Pas un dieu, hein! En Flandre, on a parfois cette tendance à croire en un homme providentiel, de Steve Stevaert à Bart De Wever en passant par Yves Leterme… Mais ce serait sans doute une bonne chose. Rien n'effraie plus les politiciens que de perdre des électeurs. Ce serait le genre d'électrochoc qui les obligerait à écouter les citoyens.

Vous avez réfléchi à un programme?
Eh bien, par exemple, on aurait besoin dans ce pays de responsables qui suppriment des lois plutôt que d'en imposer de nouvelles. Chaque année, le Moniteur belge devrait être moins épais que l'année précédente. Il faut de plus en plus de conseillers juridiques et des comptables pour assister les particuliers ou l'Etat. Ces gens existent uniquement parce que le système est trop compliqué. C'est aussi une question de justice sociale. Prenez la question des impôts: les moins favorisés n'ont pas les moyens de se payer les experts qui leur permettraient d'éviter de payer certaines taxes.

Dans le Moustique du 20 mars, retrouvez également les témoignages de Pierre Kroll, Philippe Geluck, François Pirette, Jérome de Warzée, Thomas Gunzig et Bruno Taloche.

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