Nos ados et le sexe

Ils ne sont pas nécessairement plus précoces que leurs parents. En revanche, leurs pratiques sont bien différentes. Portrait contrasté des habitudes sexuelles de la génération twitto-porno-dodo.

483566

Oubliez vos ébats coupables et bâclés à la sauvette sur la banquette arrière. Le sexe, aujourd'hui, on le découvre à la maison, sous le nez de papa-maman. Selon une étude officielle française, 70 % des adolescents choisissent leur domicile ou celui de leur partenaire pour leurs premiers ébats. Mai 68 puis un demi-siècle d'assouplissement moral ont dû passer par là… Mais si aujourd'hui les parents, les enfants et leurs amants se retrouvent parfois autour d'un petit déjeuner, l'époque soulève néanmoins son lot d'interrogations. "Mon fils se prend-il pour une star du porno?" "Est-ce seulement son âme que ma fille met à nu sur Twitter ou Facebook?" Sans oublier l'indémodable et classique "A quel âge passent-ils à la chose?".

Cela en rassurera peut-être certains: en 25 ans, l’âge du premier rapport sexuel est resté stable. Les adolescents, comme leurs parents, font l’amour à 17 ans en moyenne. Sauf que ce chiffre est trompeur. Plusieurs sociologues ont pointé l'influence croissante de l’islam sur certaines populations de jeunes, qui s’adonneraient à la sexualité plus tard, autour de 19 ou 20 ans. Cela laisse supposer qu’à l’inverse, certains s’y frottent beaucoup plus tôt, avant 15 ans. En outre, "on couche toujours à 17 ans, mais il se passe des tas de choses avant", selon le sexologue Pascal de Sutter. L’âge des premiers attouchements, lui, a chuté.

Oui, la sexualité des jeunes n’est plus la même qu’autrefois. La faute sans doute à une puberté qui se déclenche beaucoup plus tôt. Une alimentation plus riche, des conditions de vie plus favorables et une plus grande exposition aux hormones ont fait qu’en un siècle, l'âge des premières règles est passé de 16 à 12 ans. Celle qui, à 14 ans, était une fillette à l’époque est aujourd’hui une petite femme, dans l’apparence et le comportement. Il en va de même pour les garçons, avec l’apparition plus précoce des poils et la voix qui mue dès 12 ans, parfois.

La faute aussi à Internet, qui expose plus vite les jeunes à la sexualité, mais qui a aussi révolutionné les relations, de la rencontre à la rupture en passant par la séduction. Et même l’amour aussi. "Avant, tout était clair, on évoluait avec son âge. Aujourd'hui, Internet a généralisé les pratiques sexuelles à tous les âges", analyse Philippe van Meerbeeck, psychiatre spécialiste de l’adolescence. Deux ans à peine après son premier baiser, Robin, 15 ans, a eu cette année son premier rapport sexuel. "Ça s'est enchaîné très vite. On entend tellement parler de sexe partout que, forcément, on y pense. Alors, quand j’ai eu une copine, c’est venu naturellement, j’ai voulu essayer."

Chez d’autres, l’omniprésence du sexe via la Toile provoque l’effet inverse. "A 15 ans, j’étais super-amoureuse de mon copain, on s’embrassait, mais je ne voulais pas penser à autre chose, même à des préliminaires. Je trouvais ça crade!", raconte Audrey, 19 ans aujourd’hui. "Mon ex, je l’ai connu à l’école. On s’est ajoutés sur Facebook et on a commencé à chatter", poursuit Audrey. Sa copine Laura, 19 ans elle aussi, a eu un copain qu’elle n’a vu en vrai que quelques fois. "Il était en internat, donc c’était une relation par chat et messages. Ça ne ressemblait à rien!", rigole-t-elle quelques années après.

 

Génération pornographique

Des relations virtuelles, platoniques, c’est aussi ça l’amour des ados d’aujourd’hui. Et on oublie peut-être trop souvent de le préciser à l’heure où l’on associe presque systématiquement les nouvelles technologies à leur dérive principale, la pornographie. Educateurs, parents et médias parlent souvent de la sexualité des ados en termes de débauche et de perversions dans une société prétendument hyper-sexualisée. Les adolescents d’aujourd’hui, "la génération pornographique" comme les nomme Philippe van Meerbeeck, subiraient les ravages d’une sexualité surexposée, mise en scène, codifiée, parfois violente, qu’ils n’arriveraient pas à distinguer de la vraie vie. Il est vrai que les chiffres sont alarmants: un enfant de 10 ans sur deux aurait déjà vu des images à caractère pornographique. En témoigne le phénomène James Deen, cet acteur porno américain aux allures de gentil garçon très actif sur les réseaux sociaux, avec qui nombre d'adolescentes US voudraient perdre leur virginité et en passe de devenir aujourd'hui l'idole des teen-agers européennes. Dans les centres de planning familial, on s’inquiète de voir se multiplier les exemples d’expériences extrêmes, comme les tournantes, les concours de pipes ou les actes sexuels filmés entre ados.

"Les images pornographiques donnent des émotions trop puissantes à un moment où l’on se cherche", décrypte Philippe van Meerbeeck. "Le danger survient lorsque la sexualité devient automatisée par le porno, lorsque le jeune entre dans une mécanique masturbatoire en se fixant sur des images, comme la bestialité par exemple. Cela l’empêche de construire d’autres types de fantasmes, de se forger d’autres sources d’excitation." En donnant une image partielle et simpliste du rapport sexuel, la pornographie duperait le jeune et compliquerait ainsi sa croissance. "Elle fait croire, à tort, que le sexe est le prélude amoureux", conclut le psychiatre. Robin était un peu surpris la première fois qu’il a fait l’amour. "C’était très calme par rapport à ce que j’avais vu du sexe auparavant", avoue-t-il. C'était mieux, aussi. "Parce que dans le porno, on ne voit pas d'amour."

D’autres chercheurs sont beaucoup plus nuancés sur l’influence de la pornographie. "Le seul problème, c’est la violence. Un jeune qui apprend à s’exciter et conditionne son cerveau sur une scène de viol, ça c’est dangereux", affirme Pascal de Sutter. Mais, selon lui, on dramatise et on juge, à tort, la sexualité des jeunes. "On tolère la sexualité des ados à condition qu'elle s'exerce dans le cadre d'un couple. Ce n’est pas logique." De la même manière, on considère comme une dérive le fait que la fellation, par exemple, soit beaucoup plus pratiquée qu'autrefois. "Mais pourquoi cela serait-il malsain, amoral ou dangereux?", s’interroge-t-il. Laura ne s’est pas posé de questions quand elle a fait pour la première fois une fellation à son copain. "Peut-être que certains trouvent ça humiliant, mais moi je sais que ça lui fait plaisir, donc je ne réfléchis pas trop." Il en va de même pour la sodomie, les jeux sexuels en groupe ou l’échangisme, de plus en plus répandus parmi les ados. "En une génération, les tabous et les pratiques ont changé, les interdits et les autorisés se sont transformés", analyse le sexologue. Exemple flagrant de ces évolutions: l’homosexualité, nettement plus tolérée et parfois même "devenue une mode", à l’image de cette équipe de jeunes basketteuses qui s’amusaient à provoquer les gens en s’embrassant langoureusement entre elles lorsqu’elles sortaient en bande.

 

Retrouvez le reste de cet article dans votre Télé Moustique du 22 août!

Sur le même sujet
Plus d'actualité