Nominations politiques: Non, non, rien n’a changé

La nouvelle affaire Donfut vient prouver que les parachutages politiques n'ont jamais cessé en Wallonie. Malgré les belles promesses de nouvelle gouvernance.

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Il est décidément bien encombrant pour son parti, Didier Donfut, ex-ministre fédéral et régional socialiste. Lors de la dernière campagne électorale régionale, il avait démissionné pour conflit d'intérêts entre son poste de ministre wallon de l'Action sociale et sa fonction d'expert pour l'intercommunale IGH. Le voilà à présent au centre d'un nouveau scandale: son parachutage à la tête de la société de logement social "Toit et Moi". Son concurrent, Pierre Claerbout, l'avait pourtant devancé aux épreuves écrites et orales (94 % contre 82 %). Qu'à cela ne tienne: à la surprise générale, le conseil d'administration de "Toit et Moi" a désigné l'ex-ministre comme nouveau directeur-gérant. Cette décision, depuis suspendue, est très mal passée. Et Donfut, proche d'Elio Di Rupo, passe plus que jamais pour le symbole de ces vilaines mœurs que la population prête volontiers au monde politique: copinage, passe-droit et piston.

Pour les adversaires politiques de Donfut, l'explication de ce couac est toute simple: il fallait "recaser" le camarade, pourtant déjà président de l'IGH et administrateur de la Société de gestion des participations de la Région wallonne (Sogepa). Cette nomination permettait également au PS de s'assurer la mainmise sur "Toit et Moi", beau panier à voix.

Un vœu pieux

Le gouvernement wallon n'avait-il pas fait de la bonne gouvernance, et donc de la fin des nominations politiques, une de ses priorités? "La volonté de changement était là. Mais, en fait, rien n'a changé." La sentence de Michel Legrand, président du Groupe d'étude et de réforme de la fonction administrative (Gerfa), est implacable. Difficile, en effet, de changer un comportement inscrit dans les gènes de la politique régionale. Lors des débuts politiques et administratifs de la Région, PS, PSC (devenu CDH) et PRL s'étaient partagé le gâteau. Depuis lors, on n'est jamais sorti de cette logique. "Dans les années 1990 et 2000, l'engagement massif de contractuels dans les administrations a politisé la base. Parce qu'on n'est pas engagé sous contrat si on n'a pas la bonne carte de parti." Un phénomène d'autant plus marquant que le niveau de pouvoir est local.

Willy Borsus, chef de groupe MR au Parlement wallon, se fait évidemment un plaisir d'enfoncer le clou: "Il y a, par exemple, des marchandages et des blocages qui empêchent des nominations à la tête de deux directions générales du service public wallon ou d'un organisme aussi important que le Forem. C'est injustifiable: l'administration doit être le fer de lance du redéploiement wallon."

De précieux relais

Cette politisation des nominations poursuit évidemment des objectifs bien précis. Elle permet aux partis de s'assurer de précieux relais dans les administrations chargées de mettre les décisions politiques en œuvre mais aussi de contrôler ces rouages. Il y a des traditions en la matière. Comme celle voulant qu'à la veille d'élections, les partis de la majorité sortante s'empressent de parachuter des membres de cabinet dans les administrations et organismes publics. Un petit cadeau pour service rendu mais aussi une manière de noyauter le système.

Avoir des affinités électives n'est pas gage d'incompétence. Mais la politisation comporte tout de même, aux yeux de Michel Legrand, deux gros inconvénients. Le premier est le plus concret: en ne garantissant pas une égalité de traitement entre tous les citoyens, elle discrédite la politique voire l'Etat de droit. "En plus, cela nourrit le clientélisme." Mais elle coûte aussi cher: "Pour caser tout le monde, on en arrive à créer des machins inefficaces, quand ils ne font pas doublon avec des structures déjà existantes."

Plutôt que de poser un constat d'échec, Jean-Marc Nollet (Ecolo), ministre wallon de la Fonction publique, préfère penser à l'avenir. "Nous savions que la dépolitisation prendrait du temps. On hérite d'une situation et, avec 10.000 fonctionnaires à la Région et 5.000 à la Communauté française, le travail est de taille." Mais c'est promis: après les prochaines élections régionales de 2014, la Wallonie entrera dans une autre ère. Les mandats des hauts fonctionnaires ne courront plus que sur une législature. Finies les "rentes à vie". Et, surtout, pour les décrocher, il faudra passer par une nouvelle école d'administration publique qui, après 240 heures de cours en gestion publique de niveau universitaire, délivrera un diplôme. De quoi résoudre une partie du problème. Mais une partie seulement: l'éthique ne s'apprend malheureusement pas sur les bancs d'une école.

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