Nikos Aliagas, « Dans ma loge, il y a seulement trois icônes, de l’encens et de la musique traditionnelle de mon village. »

Il n'est pas que l'animateur populaire de TF1. Nikos, c'est un papa, un Grec et un philosophe inattendu.

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The Voice, 50 mn inside, C'est Canteloup … En 2014, 60 millions de Français et Belges ont passé au moins dix secondes avec Nikos, ou plutôt avec "le Monsieur du travail". C'est comme cela qu'il aime désigner sa facette personnage public, ce "malentendu", loin du fils d'immigrés passionné de philo, attaché tant à l'identité qu'à l'intégration, à l'instinct et au travail.

Vous avez publié une sorte de manuel d’éthique, destiné à votre fille (CE QUE J'AIMERAIS TE DIRE, Nikos Aliagas, Nil Editions, 196 p.). Dans la préface, Jean-Christophe Rufin vous compare à Diogène, vous êtes un cynique?

Nikos Aliagas – Diogène n’était pas un cynique comme on l'entend aujourd'hui, c'était l'art de la distance, de la remise en question. Son école philosophique méprisait les conventions sociales. Ils affichaient leur indépendance d'esprit. En ce sens je le suis peut-être. Je ne peux pas me limiter à un carcan, une étiquette, j'exprime parfois mes doutes sans ménagement. Diogène dans son tonneau, c'était un effronté, un marginal.

Pas vous?

N.A. – Moi, je suis dans le château. A la question: fais-tu les révolutions dans le château ou en dehors du château, au sens kafkaïen? Je réponds: je préfère être dans le château, dans l'arène, dans la convention. C'est peut-être là, un jour, que chacun peut être amené à faire sa petite révolution. Etre dans le château ne signifie pas qu'on soit dans la complaisance. C'est plutôt un hyperréalisme, on sait que c'est là que ça se passe. Je ne suis pas un révolutionnaire, je suis un coureur de fond.

De quoi a l'air votre petite révolution de l’intérieur?

N.A. – Ce n’est pas parce que tu es à la télévision en direct à 20h50 que tu dois mettre de côté le bon sens de l'humain. Tu n’es pas obligé quand tu fais des interviews d'être méchant. La bienveillance ouvre l'autre à te dire des choses. Il y a eu l’époque du je rentre dedans pour exister, je fais mon gras sur le corps de l'autre. J'en suis incapable. Ça ne m'intéresse pas. J'ai même pris le risque de paraître plus lisse mais en étant plus patient. J'ai joué et je joue encore le long terme plus que le hold-up.

Né en France, vous dites "porter l’exil du père". Comment résonne chez vous le débat relancé sur l’intégration?

N.A. – J'ai été bouleversé par tout ce que j'ai lu, entendu et vécu. Le pire ennemi n'est même pas le fondamentalisme religieux ou les extrémismes qui ce ne sont que des conséquences. Le pire ennemi, c'est l'ignorance. Pour être aimé par ce pays, il faut aussi faire une démarche d'amour. L'Etat a failli quelque part car la politique d'intégration n'était pas pensée ou surtout extrapolée, mais l'Etat ne peut pas tout faire. Le débat commence au fond de nous-mêmes: si tu veux t'intégrer, tu peux t'intégrer.

C’est possible pour tout le monde?

N.A. – Je ne veux pas jouer les Cosette mais je suis né dans un 20 m2, on était cinq et je ne me suis jamais senti pauvre parce qu'il y avait de l'éducation, de la culture et de l'amour. On a travaillé dur et je travaille encore dur. J'ai eu de la chance, mais je l’ai provoquée aussi et j'ai aimé ce pays comme il m'a aimé. C'est possible! Pourtant je m'appelle Nikolaos Aliagas, pas Jean-Pierre Duval. Il faut beaucoup d'abnégation et d'humilité. Quand le système ne te propose pas la porte évidente vers du travail, pour reconnaître tes diplômes, à toi de passer par la fenêtre.

Enfant, vous avez étudié avec des prêtres orthodoxes. La religion est-elle un bon moyen de se connecter à ses racines?

N.A. – On confond tout. Moi, j'ai la religion tranquille. C'est-à-dire que j'ai la foi curieuse et aiguisée et en même temps je doute. La religion a plutôt été un accompagnement dans la tradition, avec les fêtes traditionnelles comme une madeleine de Proust qui nous relie à nos aînés. Mon credo est d'être un citoyen libre. Je crois en la méritocratie, en ma liberté de proposer, d'essayer, alors que je ne viens pas d'une classe aristocratique ni bourgeoise. Je crois en la transversalité sociale mais libre dans ma tête et pas aliéné à quelque fondamentalisme que ce soit.

Vous pointiez l’ignorance…

N.A. – Le grand danger est l'absence de culture. Je le dis aussi pour les jeunes qui veulent faire de la télé: faites des études! Cultivez-vous pour ne pas être dupes. Je ne supporte pas certains jeunes animateurs que je vois débarquer avec leurs dents blanches, UV (ce truc que Canteloup me balance à la gueule alors que je n’en fais pas). Ils ont passé leur vie devant le miroir. Ils ont le droit de le faire, mais ce n'est pas le bon chemin. Il faut d’abord penser ce métier, comprendre pourquoi tu es là: moi j'étais journaliste et reporter avant de faire l'animateur. A un moment, je n'ai pas eu peur de bifurquer et de dire O.K., ça m'amuse et mon instinct dit qu'il faut le faire, mais la base était construite, solide.

L’instinct, c’est votre moteur pour être sur tous les fronts: journaliste, animateur, et même auteur, photographe?

N.A. – C'est une histoire d'intuition et de Kairos, ce dieu grec qui passe devant toi de temps en temps. Il est chauve, il n'a qu'une mèche qui dépasse et cette mèche, il faut que tu la saisisses. Peu importe si tu n'as pas de garantie de succès, ce qui importe c'est de ne pas avoir de regret. J'ai toujours fonctionné à l'intuition et au besoin de faire plutôt que de juger. Je me souviens, gamin, j'étais délégué de classe et j'ai été éditeur à 18 ans d'une revue philosophique. J'allais dans les restos pour trouver des sponsors, j’y ai perdu l’argent mais j'ai eu besoin de le faire, de m'exprimer. Je publiais des poèmes, j'allais faire des interviews, j'avais une émission à 20 ans sur une radio arménienne à Paris où je faisais un programme franco-grec, j'ai toujours été très actif.

Même hyperactif, quand il s’agit de Twitter…

N.A. – Je me soigne! Ce qui m'intéresse, c'est de proposer des petites choses, même une citation de Plutarque. Et puis j'adore la photo, l'instant. Si je pouvais ne vivre que de la photo, j'adorerais. Quant à Twitter, c'est un vrai lien, virtuel certes, mais un lien actif. Ça m'aide pour mon métier. Cet échange m'en dit plus sur ce que reçoivent les gens de ce que je fais. C'est un sondage vivant et ça me parle.

Avec toujours la philo en toile de fond…

N.A. – Je ne suis pas philosophe mais je suis fasciné par ça, j'ai été élevé avec ça, avec la tradition orale aussi. Dans ma loge, ce n'est pas mondanités avec des gens qui tiennent une coupe de champagne en train de dire des "exceptionnel, formidable!". Dans ma loge, il y a seulement trois icônes, de l'encens et de la musique traditionnelle de mon village. Cinq minutes plus tard, je danse avec Beyoncé ou Rihanna sur le plateau. C'est possible d'être ces deux Nikos, d'être beaucoup de choses en même temps sans être victime du stéréotype.

Quel philosophe ou mythe vous irait bien?

N.A. – Le mythe de la caverne de Platon, car c'est ce que je vis avec mon travail. Ce sont des gens enchaînés dans une caverne, qui ne voient que des ombres et qui ne savent pas que ces ombres ne sont que la projection d'êtres humains qui passent, qui dansent devant les flammes. A la télé, tu n'es qu'un alias, une illusion, un malentendu, et j'aime ça. Un jour il y aura d'autres personnes, d'autres ombres. Quand on le sait, on ne s'accroche pas à ça. Dès que je sors d'un plateau, quelle que soit l’émission, elle ne m'appartient plus, je suis déjà passé à autre chose.

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