Nicole Kidman et Grace de Monaco ouvrent le bal à Cannes, sans les Grimaldi.

Ce sont quelques sifflets et un silence de plomb qui ont accompagné la présentation cannoise du très attendu biopic sur la princesse Grâce de Monaco réalisé par Olivier Dahan.

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Le film a souffert avant la cérémonie d’ouverture d’une double polémique. La première a opposé son réalisateur Olivier Dahan (La Môme) au producteur américain Harvey Weinstein sur le final cut du film, finalement obtenu par Dahan. La seconde polémique oppose Dahan à la famille princière, qui s’estime trahie par le film. Dans Monaco Hebdo, la princesse Stéphanie s’est dite « choquée » par le casting, et la manière dont le film « transforme » le patrimoine et l’intimité des Grimaldi. Alors ce film, ça dit quoi ?

Le choix de Grace

Le film d’Olivier Dahan repose sur l’année 1961, année charnière pour l’actrice américaine Grace Kelly (devenue Grace de Monaco en 1956 après), qui se voit proposer par Alfred Hitchcock (avec qui elle avait déjà tourné notamment Fenêtre sur cour) le rôle de Pas de printemps pour Marnie, décrite dans le film comme « une cleptomane frigide », et que Grace finira par refuser (au profit de Tippi Hedren). Pourquoi ? Pression d’un mari possessif, d’une population monégasque qui ne se sent pas proche d’une « princesse qui ne parle même pas français », ou complot Gaullien impliquant la sœur de Rainier, et qui viserait à affaiblir un prince soupçonné d’être « antifrançais » en pleine guerre d’Algérie ? Un peu tout à la fois.

Surnommé « Ray » et incarné par un Tim Roth détonnant (tant l’acteur de Reservoir Dogs ne ressemble par à Rainier), le souverain monégasque défend « un état souverain » dans lequel Grace doit encore se battre pour trouver sa place. Le scénario tente de dénouer les ficelles politiques du choix de Grace, celui de renoncer ou pas à Hollywood. Guidée dans son dilemme par un prêtre qui lui apprend la dévotion à son peuple et à son titre de princesse, le film montre une Grace qui trouve dans l’engagement humanitaire plus que dans la famille la force de quitter le cinéma. Intéressantes, ces approches sont malheureusement amenées de manière bien trop caricaturale. Le dernier discours de Grace Kelly au bal de la Croix rouge, où de Gaulle la décrit comme « une Aphrodite américaine » est interprété par une Nicole Kidman assez effrayante de mièvrerie. Trop hagiographique (pour Kidman plus que pour Grace), le film ne cesse de mettre en question l’entourage de Grace (notamment la sœur de Rainier, accusée clairement de vouloir piquer la place de son frère), au lieu de s’intéresser au mystère Grace Kelly. Et à son statut, inaltérable, d’icône hollywoodienne au destin ironiquement brisé à 52 ans par un accident de voiture sur une route de la French Riviera, la même qui avait servi de décor à La Main au collet d’Alfred Hitchcock. De ces vertiges du cinéma et de la vie, le film ne montre pas grand chose. A part une conversation assez cliché entre Grace de Monaco à cheval avec sa copine La Callas (interprétée par Paz Vega), « Nous sommes des artistes, nous n’abandonnerons pas ». Le cinéma lui, se souvient pour l’éternité de celle qu’Hitchcock décrivait comme « le feu sous la glace ». Vous l’aurez compris, le meilleur hommage qu’on puisse rendre à Grace Kelly et sa beauté parfaite, c’est au maître du suspense qu’on le doit. J.G

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